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Le massacre de l’île Biria

Publié le 11 août 2014 par Oliaiklod @Olia_i_Klod

Nous vous emmenons aujourd’hui dans une partie de Venise que vous allez devoir imaginer, car, de nos jour, elle est entièrement transformée.

S. Zanipolo

Dans ce bout de Cannaregio, à proximité de l’église Santa Maria dei Miracoli, coule encore de nos jours le canale Widmann qui passe devant le palais construit par la famille de riches marchands homonyme. Le long du palazzo Widmann, en prolongement du pont, une étroite ruelle mène au campo d’où le puits a disparu. Pour revenir à l’époque où les faits sont survennus, vous devrez déjà imaginer le campiello Widmann comme un petit pré herbeux, parcouru par un sentier de pierres qui mène de la calle Widmann au campiello Stella.

Jusque là, rien de très compliqué…

Sauf que, au XVIIème siècle, quand on regardait sur le droite du campiello, derrière le puits s’ouvrait un pont de bois au dessus d’un rio qui alimentait un moulin situé sur la droite. Le nom du canal, à l’origine Biria, aurait été une cacographie de Bierum (Alveus aquæ, cujus impulsu versatur rota molendini) ce qui confirme bien que les deux rii parallèles (Le Birri grande et le Birri piccolo) alimentaient ces fameux moulins. Dans les chroniques de Trevisan, on peut lire à propos de l’endroit "s’ingolfava una sacca con una velma et un canale detto Biria, che forma quella parte che oggidì Birri si chiama"

Entre le rio Biria et le rio de la Panada nous avions alors une ile de forme allongée. Depuis la fondamenta du Magazen, une étroite fondamenta longeait le rio Biria jusqu’au moulin, permettant l’accès aux maisons qui existent toujours dans le début de l’actuel rio terra Biri.

L’autre façade du moulin sous lequel passait le canal, donnait donc sur le campiello Widmann, herbeux à l’époque, mais pourvu de son puits en pierre d’Istrie aujourd’hui disparu.

Antico molino

Vous y êtes ?

Sur la gauche de l’île, après avoir traversé le pont on trouvait : une paire de squeri où l’on fabriquait des barques pour les pêcheurs, et les fameuses barques destinée à transporter l’eau douce depuis le continent.

Puis un sentier s’enfonçait jusqu’à la pointe entre deux rangées de potagers et quelques cabanes d’indigents. Cette île Biria avait été crée aux XIème siècle, quand, en plein moyen âge, on a commencé à étendre la ville dans ce secteur autrefois occupé par des roselières et des barene.

Le rio Biria à été comblé au tout début du XIXème siècle, et, depuis la grande maison rouge qui borde le campiello, toutes les jolies maisons sur le côté droit du rio terra ont été construites depuis le XIXème siècle. Quand à la belle bâtisse blanche en face du restaurant (et le restaurant), ils ont été construits sur l’emplacement du moulin détruit par un incendie dans la nuit du Jeudi Saint 1691 à 22:00 heures.

Dans ce secteur de Venise il y avait plusieurs moulins dont on peut retrouver la trace dans les Archives de Venise, aux Frari.

Mais en fait, à présent que nous campé le décor, c’est un drame épouvantable que nous allons vous narrer…

Il faut donc remonter au au XVIIème siècle, dans ce secteur de Venise où chacun s’active durement. Dans le moulin on fabrique de la farine qui est chargée sur des barques. Dans les jardins on cultive des légumes qui sont vendus au Rialto ou sur les marchés de la ville. Il y a quelques smerdariol qui viennent revendre leur récolte du jour, utilisée pour fumer les jardins.

Et puis il y a le squerro…

Depuis 1593 l’abbé Stepfano souhaitait transférer les moines bourguignons de San Tommaso de Torcello dans un nouveau monastère construit dans Venise, dans la paroisse de Santa Margerita, mais le projet ne put se faire à cette époque.

Vers 1650, les moines envisagent de nouveau de quitter définitivement Torcello pour s’installer à Venise, cette fois, ils ont jeté leur dévolu sur la Madonna dell’Orto.

Déménager tout un couvent avec ses religieux et ses richesses n’est pas une mince affaire. Et, en cette année 1651, une petite délégation de moines vient à Venise, prendre contact avec les fabricants de barques de l’île Biria pour leur demander la construction de deux grande nave (deux sortes de barges).

Après d’âpres négociations avec ces moines qui, vu leur richesse, savaient s’y prendre dans les affaires, il fut convenu que le prix négocié serait porté six mois plus tard, avant la livraison des embarcations.

Lorsque les bateaux furent terminés, trois religieux revinrent à Venise, le Jeudi Saint 1652, avec une caisse remplie d’or pour payer la commande. Juste après avoir traversé le pont, il durent constater que le squerro était fermé. Alors qu’ils tambourinaient encore à la porte, ils furent attaqués par revers par une bande de coupe jarrets qui les passèrent par trépas avant de s’enfuir avec la caisse pleine d’or.

Les voleurs ne furent jamais arrêtés, et les moines furent forcés de payer leur commande, avec un nouvel envoi d’or aux artisans.

C’est pourquoi on dit que l’âme des trois moines bourguignon erre encore sur l’île Biria, où, chaque Jeudi Saint, des évènements étranges et parfois dramatiques se produisent.

Demandez donc aux habitants de la grande maison rouge située au civico 5393 Cannaregio et dont la façade donne sur le campiello Widmann. Ils vous raconteront ces sons de cloches entendus dans la nuit du Jeudi Saint, et la longue litanie des évènements étranges, morts suspectes, suicides, accidentelles et autre drames survenus chaque fois, ce jour-là, en plein Carnaval, dans cette maison tout juste centenaire.

molino dei biria


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