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Little odessa - 8/10

Par Aelezig

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Un film de James Gray (1995 - USA) avec Tim Roth, Edward Furlong, Maximilian Schell, Vanessa Redgrave, Paul Guilfoyle, Moira Kelly

Sombre et fort triste.

L'histoire : Josh est un tueur à gages. Une mission lui donne pour cible un commerçant de Brooklyn, plus précisément à Little Odessa, le quartier des immigrants juifs russes. Et il n'est pas très enclin à retourner dans ce quartier qui l'a vu grandir. Trop dangereux. Toute sa famille, tous ses amis vivent là et le reconnaîtraient. Ses ennemis aussi. Il accepte néanmoins. Lorsque son jeune frère Reuben apprend qu'il a été vu, il essaie de le retrouver. Reuben vit avec leur père, qui tient un modeste stand de journaux et cigarettes, et leur mère, qui souffre d'une tumeur au cerveau. Le fils aîné a disparu de leur vie il y a longtemps. Ils l'ont cru mort, mais des rumeurs disent qu'il est devenu un gangster. Josh joue les durs, mais il est heureux de revoir son petit frère...

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Mon avis : Je crois que c'est mon James Gray préféré. Une histoire lourde, dure, intense, magnifiquement filmée. La mélancolie dégagée par cette sombre tragédie est accentuée par une certaine lenteur, par la neige et le froid, et par une B.O. de choeurs russes. L'ambiance est très prenante, extrêmement triste. C'est sans doute le film le plus personnel du réalisateur puisque lui-même est d'ascendance juive, russe, et que ses grands-parents débarquèrent à Little Odessa en 1923... Lui a grandi dans le Queens, un quartier plus que modeste, et il rejoignait souvent ses copains à Little Odessa. On sent cette authenticité, cet attachement viscéral au souvenir de ces immigrants.

L'interprétation est remarquable. Peu de dialogues, presque tout passe par les regards et les gestes. Magistral ! Un des meilleurs rôles de Tim Roth, en loup solitaire, qui a volontairement pris la tangente, pour s'éloigner d'un père trop rigide. Pour sa famille, au choc de son départ, de l'orientation qu'il a choisie de donner à sa vie s'ajoutera une double peine : une deuxième destruction. C'est l'entre-deux que nous raconte le film... Un personnage très noir, dur et violent, qui pourtant quelque part nous émeut. Il y a en lui une sorte de désir de rédemption secret, mais il sait qu'il ne pourra plus jamais revenir en arrière. Les scènes avec son frère et sa mère sont bouleversantes. Celle où il menace et humilie son père est une des plus terribles du cinéma.

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Edward Furlong est également parfait... Qu'est donc devenu ce jeune acteur, alors âgé de dix-sept ans ? Renseignements pris, il a eu de gros problèmes de drogue et d'alcool dans sa jeunesse, ce qui a probablement nui à sa carrière qui a décliné. Plus récemment, il a de nouveau fait la une avec des soucis de violences conjugales... Il continue de tourner un peu mais il est probable que nous ne le reverrons plus dans un rôle phare. Dommage.

Spoiler. Une scène terrible à la fin. Josh prend le corps de son frère mort et l'emporte dans une vieille zone industrielle désaffectée où il le brûle. C'est déjà horrible, mais en plus on se demande pourquoi il fait ça ! Ces flammes, ce four, sont d'autant plus terribles qu'elles rappellent la Shoah ! Mon interprétation c'est qu'il veut épargner son père : au lieu de savoir que son jeune fils a été tué par la faute de l'aîné, au moins pourra-t-il croire à une fugue, qu'il est parti quelque part, qu'il reviendra... Mais il peut aussi se désespérer à l'idée qu'il ait décidé de suivre le même chemin que Josh. Bref, je n'ai pas vraiment compris et vos lumières seront précieuses, car cette scène est à tomber par terre ! Ou est-ce simplement parce qu'il a l'habitude brûler tous les cadavres qu'il laisse sur son chemin ? Comme pour effacer ce qu'il a fait, et qu'il n'assume pas réellement ? Fin du spoiler.

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Vous l'aurez compris, le film regorge de scènes incroyables. Et je ne peux finir ce billet sans évoque celle du "trou dans le drap" qui en rappelle une autre, au début : la pellicule du film que Reuben regarde au cinéma qui s'interrompt soudain parce qu'il y a un trou... Dément !

Un très très beau film. Quand on pense qu'il s'agit du premier film de Gray, vingt-quatre ans, tourné en trois semaines... diablement prometteur, le garçon !


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