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La Route du Rock # 5

Publié le 17 août 2014 par Euphonies @euphoniesleblog

 

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La Route du Rock 2014 - Samedi 16 août 

Voilà la route du Rock 2014 c’est terminé. Enfin de retour chez soi. Le plaisir de retrouver le goût des choses simples : la position assise, les coussins, un éclairage décent. Finis le brossage de dents à la Cristalline, le pâté Henaff mangé au doigt à 5h00 du mat’ (il se reconnaitra) les fringues humides de pluie, de boue ou de bière (elle se reconnaitra).

Revenir de cette Route du Rock 2014, c’est comme revenir du Vietnam en 1975 : le superflu est essentiel. Se reconvaincre de géniales inventions comme les couverts, le parapluie, les bottes. Vous avez déjà essayé de prendre une douche dans un bac rempli de gadoue (et d’autres substances que je préfère ignorer) tout en essayant de préserver l’intégrité sèche de vos dernières fringues ? Combien de moments de solitude pour enfiler alors ne serait-ce qu’une paire de chaussettes ? Même si le temps s’est considérablement amélioré à partir de vendredi soir, incessamment la fange malouine s’est rappelée à notre bon souvenir, toujours là jusqu’à ce matin, tapie dans des recoins insoupçonnés. Il y avait dans le regard de certains festivaliers qui ont affronté ces trois jours le signe complice d’une guerre remportée de justesse. Ce regard disait : on y était, on l’a fait bordel, on a survécu. Maintenant on saura que recharger son Iphone n’est pas un geste anodin, maintenant on saura ce que signifient les mots promiscuité, confort, galère. La route du Rock comme une école de la vie.

Et parce qu’hier le soleil a réchauffé les cœurs, il régnait sur le Fort St Père un enthousiasme, une bonne humeur qui avait été tant mise à mal par ce jeudi noir. Tout à coup, le sourire revenait sur les visages, l’envie de communiquer, de partager redevenait nécessaire. Le sol enfin soutenait notre pas, favorisait les translations, les échanges. A tel point que le concert (apparemment foutraque, décalé et…rigolo) de Mac Demarco m’a complètement échappé alors que j’étais en route. Les gens redevenaient fous, généreux, hospitaliers. De jolies rencontres furtives, je t’offre une bière, tu m’offres une clope ? C’est donc par Baxter Dury que commence ce témoignage du dernier jour. Le chanteur et ses musiciens, dandys modernes, a présenté quelques morceaux de son prochain album, en alternance avec les standards d’Happy Soup. Plaisant, un peu kitsch par moments, le crooner low-Fi et un poil déglingué offre un concert sans fautes, conforme aux bricolages dépouillés et séduisants de son album. Certaines au premier rang n’hésitent pas à jeter sur scène leur soutien-gorge, au grand plaisir narquois du maître de cérémonie. Je ne leur jette pas la pierre, après tant d’ « à poil !!! » scandés  en concert par des mâles chauffés au houblon.

Le temps de manger un bout (Chez Mémé ? Pita ? Thaï ? Burger ?) et de commander une bière frelatée hors de prix, et il faut rejoindre la petite scène bondée pour Toy. Energie supersonique devant un public libérant encore quelques grammes d’énergie, les anglais livrent un concert compact, percutant, très efficace. Comme Cheveux un peu après.  Et les spectateurs semblent conquis,  les pieds encore dans la boue. Fin du set, on regarde son programme, on finit sa bière, sa galette-saucisse, on constate qu’on n’a plus que 10% de batteries, qu’on ne sait pas où est Martine, que David nous a appelé il y a cinq minutes, que Justine nous attend au stand des Balades Sonores. On a envie de pisser, mais on croise Matthieu, Simon ou Karine qu’on n’a pas vus depuis des lustres et qu’on retrouve dans la pénombre d’une fin de festival. On discute cinq minutes ou jusqu’au lendemain, mais on ne perd pas de vue qu’il ne nous reste que deux jetons dans les poches. On se dit que l’essentiel est fait, que l’édition 2014 est pliée. Mais la soirée n’est pas terminée et malgré les muscles endoloris, la fatigue et la lassitude de trois jours de boue, on va honorer la fin du festival.

Alors se diriger vers la Grande Scène pour voir Temples. Sans en attendre rien de spécial. Un album remarqué, un single remarquable. Il faut bien en passer par là : encore deux trois artistes pour aller au bout. On a déjà en tête nos chouchous de cette édition, on compare, on débat, on commence à résumer mentalement cette année 2014 au Fort St Père. Et puis la magie opère : d’un cd mal écouté on passe à une révélation. Patrick Watson m’avait fait le même effet en 2012. Temples a été magistral. Porté par un chanteur hybride à talonnettes, entre Marc Bolan et Robert Plant, le groupe a illuminé le Fort St Père d’une relecture d’un Sun Structures tubesque. Le plaisir d’entendre en trois soirs des chansons à l’ancienne, certes multi-influencées par les Beatles, T-Rex, les Byrds mais tellement revisitées, réappropriées, sublimées qu’on succombe à leur élégance naturelle. Temples a livré un concert plein de subtilités harmoniques, déroulant les douze morceaux de leur album avec une imprégnation fragile et parfois incisive. The Golden Thrones ou More With The Season ont sevré le public. Morceaux implacables. Pour certains, il était question de structure. Non, Temples n’a rien inventé : mais trouver d’aussi bons relayeurs d’une musique aussi inspirée, immédiate, référencée, a fait qu’on tenait ce soir-là la parenthèse enchantée d’une prestation parfaite. 

Après on tombe. On veut bien boire un dernier verre, on veut bien aller voir Jamie XX. Qui a été impérial mais trop long. Cela fait 18 heures qu’on accepte la boue, les gens qui bousculent. Mais quand on n’a pas pris de Beuh ou de Md, les 18h de concert sont rudes. Alors on préfère regagner la tente, dans un camping dévasté par les chants patriotiques, les interactions de tentes à tentes. Des potes reviennent en louant Todd Terje. Des ados squattent un canapé. On est fatigué mais on profite de l’engouement général. Demain, on va se coucher tôt, une tisane dans les pattes. Sans campeurs qui se lancent une bouée en dauphin tout en imitant le cri. Sans interprètes d’Aznavour, de Patrick Sébastien, cramés depuis trois heures dans une tente gigantesque. La Route du Rock est terminée, vivement l’année prochaine. Assis dans mon canapé, je commence à regretter les Quechuas mouillées.


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