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Ana Libertad vit en Europe et elle ne connaîtra pas sa grand-mère [Actu]

Publié le 23 août 2014 par Jyj9icx6
Ce n'est pas "l'effet Guido" mais un long travail d'enquête judiciaire qui a permis, avec l'aide des services consulaires en place dans un pays européen, de découvrir la 115ème des personnes recherchées par l'Association Abuelas de Plaza de Mayo. La jeune femme qui a récupéré hier son identité de naissance est la fille d'un couple de militants communistes purs et durs (parti communiste marxiste léniniste), Héctor Baratti (né le 27 mars 1949, dans la Province de Buenos Aires) et Elena de la Cuadra (née le 15 juin 1954, dans la Province de Corrientes), tous deux arrêtés le 23 février 1977 puis détenus sans procès à La Plata. On a retrouvé son corps à lui, qui a été dument identifié, mais elle reste disparue et on n'a aucune trace de ce qu'elle a pu devenir.
La maman de Elena, Alicia Zubasnadar, est décédée en juin 2008. Co-fondatrice de l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo, elle en avait été la première présidente.
Ana Libertad vit en Europe et elle ne connaîtra pas sa grand-mère [Actu]
La jeune femme a pu être identifiée grâce à un mail anonyme au contenu très précis parvenu à Abuelas en 2010. La justice a entamé alors son instruction et grâce aux services consulaires argentins, elle a pu informer de son identité probable l'intéressée qui a assez rapidement accepté de procéder à un prélèvement sanguin, réalisé le 25 avril dernier au consulat argentin de son pays de résidence (non révélé par Abuelas qui veut protéger l'intimité de cette personne et le processus psychologique difficile et complexe qu'elle aura à affronter dans les mois et les années qui viennent). L'échantillon sanguin a ensuite été acheminé par valise diplomatique pour aboutir courant mai à la Banque des Données Génétiques dont les services d'anthropologie judiciaires ont procédé aux analyses légales habituelles.
La jeune femme est née l6 juin 1977 dans un commissariat de La Plata, capitale provinciale et ville universitaire où vivaient les grands-parents De La Cuadra. A la suite de cette naissance, le couple a reçu des coups de fils anonymes et des bouts de papier griffonnés, glissés la nuit sous la porte : c'est ainsi qu'ils ont été informés de cette naissance de manière assez précise et qu'ils ont aussitôt entamé des recherches en tentant de remuer ciel et terre pour récupérer leur petite-fille. Sur l'attestation de naissance qui a servi à la déclaration d'état-civil falsifiée, apparaît le nom d'une sage-femme impliquée dans plusieurs rapts d'enfant sous la dictature (en Argentine, ces agissements tombent sous le coup d'une loi qui réprime la traite des personnes).
La jeune femme a été adoptée par un couple sans lien avec les institutions de la répression politico-militaire de ces années dictatoriale mais ces gens l'ont déclarée comme leur fille biologique, qu'elle n'était donc pas, ce qui constitue en Argentine (et ailleurs aussi) un crime dont ils auront à répondre devant un tribunal.
Un prêtre, condamné depuis pour crimes contre l'humanité (c'est la désignation des crimes perpétués par la dictature) a assez vite pris contact avec les De La Cuadra pour les tâcher de les persuader, à force d'arguments chrétiens pervertis, qu'il leur fallait cesser les recherches et se résigner à l'insoutenable disparition du couple et à celle de l'enfant dont ils savaient pourtant qu'elle vivait. La famille avait toutefois connu personnellement le père Pedro Arupe, alors général de la Compagnie de Jésus. Elle put donc entrer en communication avec lui à Rome et Arupe, depuis la maison générale de Rome, les renvoya à son tour vers le père Jorge Bergoglio, alors provincial d'Argentine. Il n'est donc pas impossible que ce dossier réveille, dans les colonnes de Página/12 ou tout au moins au sein de son comité de rédaction, les rumeurs sur ce que l'actuel Pape François a fait, n'a pas fait, a écrit, n'a pas écrit, a omis de faire, d'écrire ou de dire, aurait pu faire, écrire ou dire si et si et si... pendant les années de plomb. Sur cette affaire précise et sur la visite de cette grand-mère, l'un des tout premiers cas dont il ait eu connaissance, il s'est assez longuement expliqué dans un livre qui a été publié il y a plusieurs années, lorsqu'il était archevêque de Buenos Aires, à quelques mois de sa démission pour atteinte de la limite d'âge (les évêques en charge pastorale remettent tous leur démission lorsqu'ils atteignent 75 ans).
Par ailleurs dans le petit monde médiatique, on peut constater que l'effet Guido n'aura guère duré : seul Página/12 donne à l'information la place qui lui revient dans l'actualité du jour. Clarín et La Nación se disputent à qui fera l'entrefilet le plus discret et La Prensa n'en parle tout simplement même pas.
Toutefois, il n'est pas impossible que l'effet Guido se fasse sentir à travers une vague sans précédent d'identifications dans les mois qui viennent car les appels à Abuelas ont été nombreux dans les jours qui ont suivi l'annonce des retrouvailles entre Estela de Carlotto (qui reprenait hier son rôle institutionnel) et son petit-fils si longtemps recherché.
Pour aller plus loin : lire l'article de Página/12 lire l'article que ce journal a publié en 2006 pour parler de Alicia Zubasnadar de De La Cuadra, deux ans avant sa mort et que Página/12 a resorti de ses archives ce matin lire l'entrefilet de Clarín lire l'entrefilet de La Nación consulter la depêche de Telam avec vidéo intégrée de la conférence de presse donnée hier au siège de Abuelas lire le communiqué de Abuelas. Sur le site de Abuelas, vous pouvez également lire le billet que le Pape a personnellement adressée à Estela de Carlotto, après l'annonce de l'identification de Ignacio Guido Montoya Carlotto, et l'article que Página/12 a consacré à la publication de cette missive.

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