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Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

Publié le 27 août 2014 par Chatquilouche @chatquilouche

Cher Chat,

Aujourd’hui, même si je commence à avoir de la bouteille, j’ai peur de rester en carafe. Je pourrais vous proposer du

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réchauffé, mais vous resteriez sur votre faim, n’est-ce pas ? N’allez pas croire que je ne suis pas dans mon assiette ni que je veux rendre mon tablier. Non. En fait, si j’ai peur de me prendre une gamelle, c’est tout simplement parce que mon mari est actuellement absent.

Vous pensiez que j’écrivais seule ? Et bien, il est grand temps que je mette les cartes sur table. La recette du succès de ces chroniques tient à une collaboration avec mon maître queux. Bref, comme je ne peux pas le cuisiner en ce moment, je crains de ne produire qu’un court-bouillon et je ne voudrais surtout pas que vous me consommiez avec modération.

Mais passons cette révélation à la moulinette, voulez-vous ?

Dès mes premiers balbutiements, je me suis rendu compte, Le Chat, que vous aviez un sérieux coup de fourchette et après quelques mois à accommoder mes restes, le soufflé est malheureusement retombé ! J’aurais pu, comme aujourd’hui, vous convier à la fortune du pot, mais j’avais trop peur de faire un four.

C’est alors que j’ai invité mon mari à passer à la casserole en me disant qu’ainsi, vous feriez sans doute bonne chère. Je n’avais pas tort et c’est ainsi que depuis, je mets mes petits plats dans ses grands plats.

Je le cuisine généralement le samedi matin et alors que nos lardons dorment encore, il met généreusement la main à ma pâte. C’est lors de ces discussions toujours gargantuesques, quand on commence à casser la croûte de sujets divers et variés, quand on épluche nos tranches de vie et qu’on s’amuse à constater qu’on a toujours du pain sur la planche, que je me rappelle pourquoi je suis sa mie. Et pourtant, on ne mange pas du même pain. Il est table d’écoute, je suis batterie de cuisine, il est gastronomie, je suis pique-nique, il est marmite, je suis passoire, il est faitout, je suis cocotte, il est pomme de terre en robe de chambre et je suis patate sautée. Il mijote et moi, je boue. Pensez-vous que notre couple est grillé pour autant ?

Et bien, voilà que j’ose quand même une question. Je tenterai d’y répondre, voulez-vous, Chat ? Seule et à la bonne franquette.

Il semblerait donc que pour avancer main dans la main, il vaille mieux regarder dans la même direction. En effet, il est sans doute plus facile de faire face à sa couvée de durs à cuire quand on mitonne dans les mêmes valeurs éducatives. Mais, encore faut-il avoir envie de se dépasser en tant que parents. En étant identiques, ne perd-on pas justement les raisons de s’ouvrir l’esprit et donc de faire mieux ? Et puis, si on est pareils, même téflon, comment peut-on s’attacher à l’autre ? Ne pensez-vous pas qu’on s’ennuierait si on ne pouvait pas de temps en temps cracher dans la soupe de l’autre, si on n’avait pas eu une fois envie de lui offrir un bouillon de sept heures, si enfin on devait constamment mâcher nos mots et faire table rase de nos différences ? Pour moi, la différence dans le couple n’est pas un défaut. Bien au contraire, les défauts font la différence parce que ces divergences invitent à la surprise. La part de mystère a son charme, non ? N’est-il pas préférable que l’amour soit une alchimie plutôt qu’une science des relations ? Et n’est-ce pas parce qu’on pense autrement qu’on peut se compléter ?

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Enfin, c’est parce qu’on peut confronter nos tables des matières que je le cuisine régulièrement pour vous. N’allez pas croire qu’il me mène à la baguette, il me laisse souvent chanter comme une casserole et puis finalement, je me rends compte que c’est souvent dans ses vieux pots que je fais les meilleures soupes !

J’aime ces samedis, ces petits matins qu’on épluche ensemble devant un bol d’optimisme. Le café a toujours bon goût tandis que je l’invite à mettre les pieds dans votre plat. C’est un joyeux bouffe-en-train, alors, vous pensez bien que je n’en perds pas une miette. Il me reste ensuite à émincer le tout et à l’assaisonner, car le secret de ces balbutiements est aussi dans ma sauce.

Sophie

Notice biographique

Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…
Sophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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