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Sur les traces de la vérité

Publié le 01 septembre 2014 par Lecteur34000

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« Sur les traces de la vérité »

BERNHARD Thomas

(Arcades/Gallimard)

Ouvrage passionnant, ouvrage foisonnant, puisqu’il rassemble de nombreux textes, d’interviews, d’interventions, d’articles polémiques. Un ensemble prodigieux pour qui désire mieux connaître l’écrivain mais aussi de disposer d’un certain nombre des clés qui faciliteront l’accès à son œuvre. Confronté à un tel tumulte, une si belle et constante virulence, un humour d’exception, une fureur de vivre, le refus de la moindre concession au système, le Lecteur se contente ici d’extraire de ce magma quelques passages (lesquels relèvent bien évidemment de choix arbitraires !).

« Il ne faut pas trop parler de Rimbaud, il faut le lire, il faut le laisser agir dans son ensemble comme un rêve universel, il faut entrer dans son monde comme lui y est entré, les souliers crottés et le ventre affamé, tantôt sur la route de Mézières, tantôt à Paris, avec le même sentiment de détresse. Il faut, comme Rimbaud lui-même, entrer dans ses églises, ne pas contempler son œuvre, mais la vivre et la souffrir avec lui, simplement s’ouvrir à elle, comme une jeune fille regarde un papillon qui croise son chemin. »

(« Jean Arthur Rimbaud », 1954)

« … Dans le morne désert de notre république règnent alternativement, dans un climat moral des plus abominables et perfides, la vilenie et la stupidité. La semence révolutionnaire a germé en nous, mais de façon ruineuse. Nous entrerons dans l’histoire comme la génération sans génie, comme des détrousseurs de cadavres. La symétrie effrayante entre l’insuffisance et l’inexorabilité  de cette insuffisance est ce qui nous constitue désormais. Notre peuple est un peuple sans vision, sans inspiration, sans caractère. L’intelligence et l’imagination lui sont étrangères. Peuple de combinards et de dilettantes, il perpétue à tout instant son exclusive inanité alpine. Il s’exalte sur le territoire miniature qui lui reste (mélange de musée à ciel ouvert pour bourlingueurs vulgaires et d’asiles de fous), atrocement figé dans une sorte de mimétisme devenu une fin en soi. Le niveau général ne songe même pas à s’élever au-dessus de lui-même, tandis que les hommes politiques (car c’est des hommes politiques qu’il est question), comme les artistes (car c’est des artistes qu’il est question) – quant à la science, c’est un véritable exode ! – sont, comme je peux le constater tous les jours à mon effroi suprême, les inventeurs fonctionnarisés d’un monde s’enfonçant toujours plus dans la fatalité et le ridicule… »

(« Oraison politique du matin »)

« D’innsbruck j’ai reçu hier une carte postale

illustrée du petit toit d’or symbole de la ville,

et sur laquelle on lisait, sans plus d’explications :

Les gens comme toi devraient être gazés ! Tu ne paies rien pour attendre !

J’ai relu plusieurs fois la carte postale

et j’ai eu peur.

(« Manie de la persécution » 1982)

« La colère et le désespoir sont mes uniques stimulants et j’ai la chance d’avoir trouvé en Autriche le lieu idéal à cet égard. Connaissez-vous beaucoup de pays où un ministre se dérange spécialement pour saluer le « retour au bercail » d’un officier SS responsable du meurtre d’un millier de personnes ? Tout s’explique quand on sait que ce ministre vient de Salzbourg et que toute sa famille (que je connais très bien) est musicienne de père en fils. Au premier étage, on fait du violon. Au sous-sol, on ouvre les robinets à gaz. Un mélange typiquement autrichien. Oui, vraiment, si ce pays venait à changer, il ne me resterait plus qu’à émigrer. »


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