Magazine Culture

Pourquoi les reprises ?

Publié le 05 septembre 2014 par Swann

Avec la réapparition au début des années 2000 des télé-crochets, rendus plus sexy avec l’arrivée de la télé réalité, l’art des reprises a pris une place toujours plus grandissante dans le paysage musical français. Pour certains une nouveauté, pour d’autres un retour, pour les plus jeunes une évidence, il n’en reste pas moins que reprendre une chanson écrite et créée par d’autre répond à une vieille tradition française et anglo-saxonne. Toutefois, est-il possible d’appeler “reprise” toute tentative de rejouer une chanson qui fut un jour un succès, ceci est bien moins sûr.

Le fait de reprendre une chanson d’un autre artiste est quelque chose qui avait disparu de la culture musicale française jusqu’au début des années 1990. Arrive alors notamment Miossec qui s’est amusé sur ses albums à reprendre des succès de la variété française (“Salut les amoureux” de Dassin, “La fille à qui je pense” de Johnny), mais également l’émission Taratata qui demanda alors aux artistes invités de réinterpréter une chanson de leur choix. Toutefois, cette pratique était largement répandue dès le début des années 50. Dans le Paris de la rive gauche, nombreux furent les artistes à reprendre les chansons de leurs aînés; soit pour s’extirper des planches difficiles des cabarets d’alors (Barbara reprenait les chansons de Brel et Brassens) soit pour étoffer son répertoire (Piaf reprenant une chanson argentine pour en faire la foule). Avec l’arrivée des Yéyés, la pratique se multiplie. Le répertoire américain difficile d’accès alors en France, sert de base à bon nombre d’artistes afin d’avoir du grain à moudre (notamment le spécialiste Claude François avec “si j’avais un marteau”, “Même si tu revenais”, “C’est la même chanson”…)

Elvis-Presley

Dans la culture anglo-saxonne, la chose a toujours été bien plus ancrée. En effet, les grands courants musicaux qui furent à la base de la musique populaire états-unienne, le blues et la country, ont toujours partagé leur répertoire entre composition personnelle et chanson traditionnelle. Dès lors, reprendre une chanson qui existe déjà pour en faire son propre succès est plus que commun. La première chanson d’Elvis, “That’s all right (mama)” était une reprise de Arthur Crudup ; Ray Charles multiplia les réinterprétations de standards entendus dans sa jeunesse comme le fameux “Georgia on my mind” ; le grand “Hallelujah” de Jeff Buckley est une oeuvre du non moins grand Leonard Cohen. Les exemples sont légion. La tradition traverse la manche et l’on retrouve également de nombreux d’exemples de la pratique dans la chanson britannique, à commencer par les deux groupes les plus emblématique : les Beatles (et notamment le fameux « Twist and Shout ») et les Rolling Stones qui commencèrent à enregistrer des albums de reprises de blues.

orig_JeffB01

Toutefois, peut-on mettre dans la même caisse de guitare la manière de rejouer Hallelujah de Cohen par Buckley, et le “si j’avais un marteau” de Cloclo ? Sont-ils dans la même démarche ? Nous nous devons d’être exigeants quand nous appelons une chanson “reprise”. La reprise doit se prévaloir d’un apport à la chanson originale, une nouveauté, un changement. Elle doit la modifier sensiblement ou par petite touche ; la réactualiser ou rendre hommage à une époque ; être reconnaissable dès le premier coup d’oreille ou seulement après de nombreuses écoutes. Pour faire une reprise, il faut apporter une nouvelle part artistique à un morceau déjà installé dans un univers, une époque, un style. Cette définition élimine donc de fait de cet art les albums “hommage” qui pullulent dernièrement et qui visent dans la plupart des cas plus à ressortir de l’anonymat de vieux chanteurs ou à (re)lancer la carrière de jeunes interprètes devenus has been dès le moment où ils se sont mis devant un micro. Disons donc de suite au revoir à “Génération Goldman”, “génération Moonwalk” (oui ça existe !!) ou encore le “duo de mes chansons” de Gérard le Norman : “voici les clefs”, et passez votre chemin, ces lignes ne vous regarde pas. En revanche, bonjour à, par exemple, aux Brigitte avec leur reprise de “Ma benz” de Ntm, ou encore à Julien Doré et ses “lolita” ou “Femme Like you”. La “reprise” doit faire entrer la chanson dans une nouvelle démarche artistique et lui permettre de se parer de nouveaux habits et non tenter de se rajeunir avec des vêtements mal rapiécés.

brigitte

Quelques reprises à mettre dans ton iPod :

Voici ici une liste de reprises. On aurait pu choisir les plus connues, mais le choix s’est plutôt porté sur les plus surprenantes, soit que leur interprète nous surprend, soit que nous soyons surpris que ce fût une reprise.

With A LittleHelpFromMyFriends – Joe Cocker ; version originale : Beatles

Hotel California-Gipsy Kings ; version originale, Eagles

Symphonie n°5 – Walter Murphy ; version originale Beethoven

La mer – Julio Iglesias ; version originale : Charles Trenet

The Star-Spangled Banner (hymne américain) – Jimmy Hendrix ;

Summertime – Mike Brant ; ; version originale :GeorgeGershwin

YourSong – Billy Paul ; version originale : EltonJohn

La liste est bien entendu subjective et loin d’être close….

Charles L.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Swann 78144 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte