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[Critique] FUNNY PEOPLE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] FUNNY PEOPLE

Titre original : Funny People

Note:

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Origine : États-Unis
Réalisateur : Judd Apatow
Distribution : Adam Sandler, Seth Rogen, Leslie Mann, Jonah Hill, Jason Schwartzman, Aubrey Plaza, Eric Bana…
Genre : Comédie/Drame
Date de sortie : 7 octobre 2009

Le Pitch :
George Simmons est un dégonflé. Avant, c’était un grand comédien, une superstar. Maintenant, il vit à Los Angeles, seul, égocentrique, loin de sa famille. Ayant fait sa fortune grâce à une série de navets hollywoodiens, il se retrouve prisonnier dans le monde hermétique de l’humoriste à succès, où même la sincérité est une blague et il n’a personne à qui parler, ce qui est encore pire quand il apprend qu’il souffre d’une maladie rare du sang qui lui laisse très peu de chances de guérison. Seul face à sa mortalité, Simmons décide de recommencer à zéro avec les choses qui comptaient le plus à ses débuts : le stand-up, et l’amour de sa vie. Rencontrant un jeune ambitieux du nom d’Ira sur le circuit du show-business, il se trouve à la fois un assistant idéal et quelqu’un qui pourra partager le fardeau de ses soucis. Et puis il y a cette fille issue du passé, Laura, désormais mariée à un australien macho avec qui elle a fondée une famille. George, qui pouvait se confier à Laura avant que le succès ne l’éloigne d’elle, est prêt à retenter le coup. Mais c’est ce qu’il y a de plus drôle quand on est aux frontières d’une mort imminente : est-ce qu’on est vraiment capable de changer, ou est-ce qu’on est condamné à revenir à la case départ ? George Simmons va trouver une réponse qui ne lui conviendra peut-être pas…

La Critique :
Bâclé, décousu et complaisant, le troisième film écrit et réalisé par Judd Apatow augmente néanmoins les enjeux et trouve un nouveau terrain radical pour le super-producteur et sa patte d’humour virile et vulgaire connue de tous. Funny People a beau être maladroit et biscornu, il est aussi traversé d’un esprit tranchant, marqué par le désespoir. Brutalement perspicace à propos des conséquences de l’adolescence perpétuelle vécue par les personnages d’Apatow, c’est un film sombre et assez désagréable qui semble venir d’un endroit très personnel. Pour une fois, le saint patron de la comédie moderne des grands gamins décide que cette fois-ci, ses personnages ne seront pas tirés d’affaire aussi facilement, et le résultat est un regard inflexible sur la haine de soi et l’idéalisation romantique.

Le personnage en question, c’est Adam Sandler : figure emblématique de toute une génération de grandes gueules, Casablanca du pipi-caca et ancien colocataire d’Apatow lui-même, il se rapproche le plus possible d’un autoportrait dans le rôle de George Simmons, une star de cinéma au bout du rouleau, célèbre grâce à une série de films merdiques diffusés en quasi-permanence à télé ou sur des posters en arrière plan, et qui sont presque indiscernables des comédies récentes de Sandler. Après avoir reçu un diagnostic le déclarant atteint d’un cancer rare et potentiellement mortel, Simmons va essayer de recoller les morceaux de sa vie gâchée, retentant un nouveau départ avec ses deux premiers amours: le stand-up, et une ex-fiancée jouée par Leslie Mann.

George embauche alors Ira, comédien débutant (Seth Rogen, qui calme le jeu et arrive toujours à rester marrant) pour lui écrire des gags et devenir son souffre-douleur, le matraquant jour et nuit d’un comportement passif-agressif qui alterne entre l’indigence et la cruauté, parce qu’il sait que le gus vient de rencontrer son idole et n’aura pas le culot de répliquer. L’audace de Sandler et son jeu d’acteur est extraordinaire, puisque Simmons est déjà un connard égocentrique et une catastrophe ambulante quand le film ne fait que commencer, et avec le cancer son comportement ne fait qu’empirer.

Ira est entouré d’un ensemble surpeuplé d’humoristes comme lui (parmi eux, Jason Schwartzman, Jonah Hill et la toujours intrigante Aubrey Plaza), et Funny People ne se fait d’illusions romantiques par rapport au monde de la comédie. Ces gens sont tous vicieux et obsédés par la compétition, et leurs scènes de spectacle ont un côté agressif qui fait que les belles poilades qu’on pourrait avoir au début du film finissent par nous rester en travers de la gorge.

Dommage qu’Apatow le réalisateur ne soit pas aussi courageux qu’Apatow le scénariste. Même avec l’aide de Janusz Kaminski, le chef-opérateur favori de Steven Spielberg, Funny People souffre d’une mise en scène assez plate et ressemble trop souvent à une sitcom. Apatow a aussi le penchant regrettable de trop s’appuyer sur la musique et les séquences de montage, comme s’il tentait d’émousser le scénario qu’il a écrit pour rendre les choses légèrement plus appétissantes.

Heureusement, Sandler est intrépide. N’y allant pas avec le dos de la cuillère, le bonhomme est sans peur, convaincant jusqu’au bout dans la peau d’un comédien affichant un tel mépris pour son public que son dégoût lui colle à la peau comme de la sueur. Et pourtant, même en salaud détestable, il nous montre juste assez de l’âme triste et perdue à l’intérieur du personnage de Simmons pour qu’on puisse presque tolérer son égoïsme titanesque. Les meilleurs rôles de Sandler, comme celui de Punch-Drunk Love, sont rares et il faut les savourer. Scabreuse et brillante, sa prestation dans Funny People mérite d’y être comptée. Elle est extraordinaire.

Les films d’Apatow sont connus pour leur longueur, et si le rythme, la structure et les visuels sont imparfaits, Funny People frôle quand-même le statut de chef-d’œuvre. Bordélique et génialement inconfortable, c’est le genre de film sous-estimé qui s’améliore à chaque visionnage. Apatow n’arrive pas toujours à naviguer entre les changements de tonalités, mais on n’oublie pas le caractère désagréable du film et sa moralité trouble qui n’offre pas de résolutions faciles. Déroutant sa voie narrative vers une confrontation romantique un peu confuse dans l’acte final (quoique Eric Bana a un accent australien balèze), Funny People trébuche et crépite pour enfin s’éteindre sur une conclusion fascinante qui, émotionnellement parlant, est parfaitement logique. Comme la saison six des Soprano, c’est l’histoire d’un gars qui survit à une mort imminente, promet de devenir quelqu’un de meilleur, avant de découvrir qu’au final, il n’a rien appris du tout.

@ Daniel Rawnsley

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Crédits photos : Universal Pictures International France

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