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Aphex Twin – Syro

Publié le 07 septembre 2014 par Hartzine

« VESTIAIRE OBLIGATOIRES. Téléphones et enregistreurs interdits ».

L’ordre est inscrit en gras sur les affiches. Le règlement est clair. Il n’y aura pas de fuite. Les vigiles n’iront pas jusqu’à fouiller les participants mais l’atmosphère est installée. Difficile de ne pas avoir la curiosité piquée par tant de mystères et de mise en scène. Face à la profusion des sorties quotidiennes, il faut bien avouer que la stratégie de distribution adoptée par Warp a le mérite de mettre l’auditeur dans des conditions de disponibilité optimales. Pour une fois, l’album ne sera pas découvert de l’oreille gauche, en louvoyant entre Facebook, Gmail et son portable.

Il est déjà vingt heure lorsque nous pénètrons enfin dans l’enceinte de Glazart. La foule s’amasse calmement. Des transats ont été disséminés pour l’occasion. Ceux qui n’ont pas eu la chance de mettre la main sur une chaise longue sont assis par terre. On a presque du mal à reconnaître la salle – plus accoutumée aux martelement frénétiques des fana du bpm qu’à une séance d’écoute post new age à la Haydée. En guise de scène, un drap inondé de jaune canari arbore le logo bien connu du producteur anglais.

Une vingtaine de minutes plus tard, le volume monte et le brouhaha s’affaisse. Il n’y a plus de place pour l’équivoque, la diffusion a commencé. On va enfin savoir si le jeu en valait la chandelle.

Aphex Twin - Syro

Oscillant entre rythmiques drum&bass aux accents industriels et grosses nappes synthétiques planantes, l’ensemble se caractérise par une hésitation permanente entre electronica ornée et dance music pure et dure. Les vocaux, particulièrement présents dans les fins de morceaux, confèrent une dimension très atmosphérique à l’album. Passé une introduction qui va crescendo, l’ensemble file à grande vitesse – supporté par des lignes de basses rapides et puissantes. Le charlet claque et le pied frappe lourd. Les synthés enfilent des phrases un peu kitsch, délicieusement obsolètes, en parfait décalage avec les courants à la mode sur le continent. L’album est pour le moins… insulaire. Les morceaux adoptent une structure très narrative qui laisse peu de place à la répétition. Tout évolue très vite et les tracks sont assez chargées. Le tout dégage une énergie sauvage et libérée. A la manière de ce qui pouvait sortir dans le milieu des années 90. Les montées en intensité sont légions et certaines progressions harmoniques puisent littéralement dans le registre épique. Finalement, après une heure d’écoute, Syro s’achève sur une composition pour piano. Très douce. Très épurée. Sous les applaudissements d’un public réactif et visiblement satisfait d’avoir fait le déplacement.

Bien évidemment, il est impensable de prétendre juger un album à la première écoute. Du moins pas de ce genre là. Les conditions particulières de diffusion, l’ambiance et le poids du mystère ont sans doute fortement impacté la réception de l’album. A-t-on passé un bon moment ? Sans aucun doute. L’album marquera-t-il un tournant majeur pour les années à venir ? C’est peu probable. En dépit d’une bonne première impression, les « mâchoires ne nous sont pas tombées », comme l’explique longuement Joe Clay dans son article pour The Quietus. Reste à savoir désormais si Syro tiendra dans la durée et si cet ambitieux dispositif marketing n’a pas porté un peu trop haut les attentes des auditeurs qui, fasse à un tel déploiement, seront probablement peu enclin à l’indulgence.

En attendant le 22 septembre, on vous propose de vous (re)faire les dents sur l’unique track officielle sur le marché. Merci Glazart.

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