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[anthologie permanente] Philippe Jaffeux

Par Florence Trocmé

Seul notre premier pas compte parce que c'était celui d'un enfant audacieux. 
L’équilibre du temps se renversa lorsqu’il fut surpris par le contraire d’une attente. 
Il devint étranger à son pays afin de définir une langue avec les frontières de son identité. 
Il obéissait à la logique de ses peurs pour être libéré par le non-sens de sa révolte. 
Ses pages reflétaient la caricature d’un manque décidé à magnifier l’exactitude de son absence. 
Parler était un supplice depuis qu’il punissait le silence avec un alphabet exalté. 
Son coeur battait au rythme de l’électricité tandis qu’un vide dansait entre chaque lettre. 
Il parlait de ses illusions avec ses tripes dans l’espoir de devenir un ventriloque passionné. 
L’air était souillé par sa parole lorsque son silence innocentait une respiration de ses visions. 
Il n’y a pas d’âge pour mourir depuis que les nombres mesurent un temps éternel. 
Il passait d’une lettre à l’autre pour immobiliser sa traversée vers un autre monde. 
Les cercles nous donnent la bonne direction lorsqu’ils trouvent un temps qui tourne en rond. 
Sa pensée était mise en musique depuis que sa parole battait au rythme d’un silence créateur. 
Ses réponses l’interrogeaient à l’instant où il questionnait l’élan de ses demandes irrecevables. 
Il s’amusait avec une kyrielle de temps impatients pendant qu’il attendait de s’ennuyer. 
Il récitait des noms d’aliments pour dévorer la gratuité d’une parole consommable. 
Son attente arrivait toujours à point depuis qu’il prenait partout du retard sur ce qu’il avait été. 
La parole l’oubliait parce qu’il pensait à la place des autres en vue d’ignorer ses souvenirs. 
Il désobéissait au pouvoir de l’écriture s’il se soumettait à la puissance de son enfance. 
Son intuition prit une direction opposée à son but pour orienter la signification de ses sens. 
Seul l’alphabet peut apprivoiser notre mort depuis que la parole effarouche nos vies. 
Il éteignait le feu de ses pages blanches avec de l’encre afin d ’attiser une écriture absurde. 
L’air le blessa à l’instant où il se risqua à parler pour aiguiser la transparence de son corps. 
Le poids de sa voix diffamait un silence qui glorifiait la chute d’un alphabet innocent. 
Nos voix brûlent de l’air afin d’animer l’obscurité de l’alphabet avec les cendres du silence. 
Le vide était trop léger pour être mesuré par un nombre qui alourdissait ses pages. 
 
Philippe Jaffeux, Courants blancs, Atelier de l'agneau, 2014, p. 9 
 
Philippe Jaffeux dans Poezibao :  
Bio-bibliographie 
"Courants blancs", par Denis Hamel 
 
On peut aussi lire de nombreux commentaires de lecture autour de Philippe Jaffeux et de Courants blancs sur le site personnel de Florence Trocmé, Le Flotoir 
  


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