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Sils Maria (Olivier Assayas)

Publié le 09 septembre 2014 par Carnetauxpetiteschoses @O_petiteschoses

On pourrait dire du film qu’il est cérébral, verbeux, et parfois un peu long. Mais il est par dessus tout d’une grande beauté. De celle qui se révèle, même une fois les images arrêtées, quand le film est terminé, et que l’on y repense.

Lente descente aux enfers d’une actrice brillante et renommée, c’est aussi et surtout une recherche d’identité qui se fait dans la dialectique. Un film qui révèle sa saveur progressivement, à mesure que la force des détails éclot.

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Embarqués à vive allure, la première partie du film nous fait entrer sans détour dans le quotidien d’une actrice renommée, Maria Enders en route pour la Suisse où elle doit rendre un hommage au dramaturge qui a lancé sa carrière. Monde fait de sollicitations, d’image (de soi surtout, où il s’agit de ne pas perdre la face), et de responsabilités, c’est aussi en creux la solitude qui se dessine. Maria, jouée brillamment par Juliette Binoche, est en phase de basculer. Elle accepte le rôle d’Hélèna, le personnage de la pièce qui l’a lancée 20 ans plus tôt, qui aveuglée par son amour pour une jeune fille, Sigrid, finit par se suicider. A ses débuts, Maria a interprété avec force le rôle de Sigrid, jeune et peu réfléchie. Dans ce début au rythme plutôt enlevé, Juliette Binoche révèle sa beauté et les facettes de son charme : le plaisir que l’on doit à ses éclats de rires spontanés, ses mots murmurés en apparté à l’attention de son assistante, Valentine et aussi un peu pour nous autres spectateurs, et les subtilités de ses expressions sur son visage ravissant.

Dans la seconde partie, plus dense, on retrouve Maria et Val, cette fois venues aux confins des Alpes, là où les lacs de l’Italie instillent leur nuages dans la vallée. Sils Maria et le col de Maloja Snake, qui est aussi le titre de la pièce qu’elles vont répéter. Cette partie centrale commence par trancher en tout point avec celle qui la précéde. Ménageant la contemplation, les moments de silence, et des temps de repos pour les personnages, le rythme du film joue avec précision sur un certain immobilisme, laissant la part belle à la parole. Maria se fait violence pour comprendre Hélèna, le rôle qu’elle doit tenir, sans parvenir à l’apprivoiser. C’est Valentine qui lui décrypte, qui dans l’échange, la renvoie sans cesse à une autre réalité. Elle lui montre la sincérité d’Hélèna, tandis qu’elle ne voit en elle que la faiblesse. Mais Valentine, va plus loin et passe son temps à décrypter le monde pour Maria. Le monde où la réalité web a son importance et où la renommée se construit sur internet.

Dans ce microcosme qu’elles se fabriquent isolées, dans les montagnes, la présence masculine est évacuée, et le jeu intense de Kristen Stewart prend toute sa force dans l’ambivalence qu’il autorise. L’intérêt du film relève donc de l’articulation précise de leur relation. Alternant entre les scènes de répétitions qui interviennent à tout moment du quotidien (aussi bien au saut du lit, que lors d’une balade en montagne), et les scènes off d’échanges purs, c’est avec et au sujet du rôle et du texte qu’elles échangent. Les réalités se confondent et avec elles les personnages, Hélèna/ Sigrid, Maria/Valentine, et cela est rendu avec brio. Kristen Steward explose dans son rôle d’assistante au look peu soigné, qui se veut effacée. Elle nous transporte dans le miroir dialectique qu’elle présence à Maria. A l’inverse de Maria, elle est ancrée dans la réalité, s’accorde une vie en dehors du quotidien passé avec sa boss.

Mais si au tout début de cette partie, nous avions vu sans en comprendre l’importance, la vidéo qui inspira le dramaturge pour intituler sa pièce du nom du fascinant phénomène météorologique, nous le comprenons progressivement, juqu’au climax où les deux femmes se déplacent pour le voir. Les nuages envahissent alors le paysage, pour le noyer dans ce brouillard. A l’image de ce qui brouille la vue de Maria, qui peu à peu entame sa lente et douloureuse descente jusqu’à être complètement dépassée. Valentine se laisse submerger, et les circonvolutions de la route qui la conduisent vers le garçon avec qui elle entretient une liaison, lui donnent le tournis, et mal au coeur. Métaphore brumeuse de l’étouffement et ce qui les attend du haut de Sils Maria lorsque le serpent passe le col.

Si la beauté du film est indéniable, certains artifices ne sont pas nécessaires, comme de s’attarder à cacher le charme de Maria sous une coupe de cheveux peu valorisante et en soulignant ses traits dénués de maquillage, ou plus encore en insistant autant sur la dernière partie alors que le message est évident, Maria n’appartient pas à ce monde artificiel.

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