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Rodin / Mapplethorpe, un dialogue audacieux

Publié le 14 septembre 2014 par Marcel & Simone @MarceletSimone
Rodin / Mapplethorpe, un dialogue audacieux

Il s’agit, sans aucun doute, d’une des meilleures expositions de cette année. Aussi incongrue que cette association puisse paraître, elle m’a convaincue.

Rodin, le maître sculpteur du XIXème siècle et Mapplethorpe, le photographe subversif du XXème siècle. Ils ne se sont jamais rencontrés, n’ont jamais échangé. Lui travaillait la terre et la pierre, l’autre photographiait son époque … et pourtant…. De leurs œuvres si différentes émerge un dialogue audacieux et surprenant.

En réalité, la photographie est très présente dans le travail de Rodin et Mapplethorpe, lui sculptait le corps humain à travers son objectif. Cette confrontation est une vraie proposition. Fini les ennuyantes monographies, les commissaires de cette exposition proposent un regard subjectif et réfléchi sur un sujet, une vraie leçon d’histoire de l’art.

Hélène Pinet, responsable des collections photo du Musée Rodin ; Hélène Marraud, attachée de conservation et chargée des sculptures du musée et enfin Judith Benhamou-Huet, critique d’art et journaliste ont travaillé ensemble à ce projet. Elles ont choisi des thèmes subtils sans se contenter de mettre en avant les similitudes des œuvres mais en les faisant dialoguer. La photographie de Mapplethorpe enrichit le regard porté sur la sculpture de Rodin et vice versa.

Rodin / Mapplethorpe, un dialogue audacieux

Chez ces deux artistes, il est impossible de ne pas remarquer un goût prononcé pour le détail. La recherche de Rodin tout au long de sa carrière s’est concentrée autour de la décomposition jusqu’à l’abstraction. Elle s’installe peu à peu dans son œuvre, il démembre les corps, les isole dans ses fragments et se libère des normes figuratives. Ces formes incomplètes prennent vie et existent pour elles-mêmes.

« Mutilée comme elle est, elle se suffit malgré tout parcequ’elle est vraie. »

Rodin, Leçon de l’antique, 1904

Mapplethorpe, lui, décide de retourner au plus près du réel, du corps. Il étudie et admire la sculpture, elle nourrit sa photographie. Ses plans serrés sur le corps rendent celui-ci abstrait et devient une simple forme où l’esthétique prime. Comme chez Rodin, le fragment est maître. L’exposition du Grand Palais avait décidé d’en faire le fil conducteur de son exposition, Mapplethorpe était avant tout un plasticien. Il disait lui-même :

« Je vois les choses comme des sculptures, comme des formes qui occupent un espace »

Mapplethorpe, écrits

Rodin / Mapplethorpe, un dialogue audacieux

Ces deux artistes ont concentré leur carrière à la recherche du nécessaire, à effacer le superflu jusqu'à créer des corps sans têtes, sans bras, des fragments.

Chez Mapplethorpe on trouve une réelle attention à la ligne pure et aux volumes. Parfaitement exprimée dans ses études du corps humain mais aussi dans ses vases, motif très cher à Rodin. Les commissaires ont regroupés les assemblages et les compositions de deux artistes. Rodin crée tout au long de sa carrière ce qu’il nomme des « âmes florales », petits plâtres avec des femmes nues qu’il place dans des vases ou des coupes antiques. Il n’a pas vendu ces œuvres, elles sont intimes et très émouvantes.

Rodin / Mapplethorpe, un dialogue audacieux

La charge érotique est également présente dans les œuvres des deux artistes. Aux couples d’hommes répondent les ébats saphiques des plâtres de Rodin. Sensualité et poésie se dégagent sans aucune vulgarité.

Rodin / Mapplethorpe, un dialogue audacieux

Une très belle partie de l’exposition est consacrée au thème du drapé. Les artistes ont retenu la leçon de l’antique. Comme inspirés par la majestueuse Victoire de Samothrace, le drapé n’habille plus, il déshabille. Tous deux l’utilisent comme un accessoire dramatique. Rodin modelait ses nus puis posait sur son plâtre un drap mouillé afin que le corps soit toujours présent sous le tissu. Il enveloppe, par exemple, le buste de L’Âge d’airain. Il réutilise à l’infini ces sculptures, ses morceaux pour leur trouver de nouvelles matières, de nouveaux sens. Mapplethorpe créée des compositions. Il transforme sa muse et amie Patti Smith en déesse grecque. Il utilise le voile, le drap mais aussi la gaze médicale pour envelopper ses modèles et travaillait les formes du corps.

Rodin / Mapplethorpe, un dialogue audacieuxRodin / Mapplethorpe, un dialogue audacieux

Ce dialogue muet entre la photographie et la sculpture est sublimé par une excellente mise en scène. Les couleurs pâles et douces qui ont été choisies laissent place aux œuvres, les vitrines qui protègent certains plâtres laissent apparaître en transparence les tirages photographiques. Le spectateur a une vision globale de l’exposition, aucun angle mort, aucune œuvre n’est punie.

Si vous avez visité l’exposition Mapplethorpe au Grand Palais, celle-ci la complètera. Judith Benhamou-Huet, auteur de Dans la vie noire et blanche de Robert Mapplethorpe, paru en Mars dernier a participé au commissariat des deux évènements. La Fondation Mapplethorpe a prêté des œuvres exceptionnelles au Musée Rodin et a permis ce beau regard porté sur l’œuvre du photographe, très différent de celui proposé par le Grand Palais.

Il vous reste une semaine pour visiter cette exposition riche et poétique. Les beaux jours sont encore là et le jardin du Musée Rodin est un lieu exceptionnel pour se balader !

Jusqu'au 21 Septembre

Musée Rodin

79 rue de Varenne 75007 Paris

Ouvert du Mardi au Dimanche de 10h à 17h45. Nocturne le mercredi jusqu'à 20h45

Tarif: 9 euros, 5 euros pour les jeunes (jusqu'à 28 ans).


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