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La recette du succès de Valérie Trierweiler

Par Bureaudestyle

« Merci pour ce moment » a atteint les 145 000 exemplaires en quatre jours. L’auteur, ex-première dame « répudiée » début 2013, avait signé un contrat très « juteux » aux éditions des Arènes (les mêmes qui ont publié « Le livre noir de la psychanalyse » et également Eva Joly). Si l’on estime ses droits de 15% à 18% du total des ventes, soit entre environ 3 et 3,50 euros par livre vendu, Valérie Trierweiler pourrait avoir touché entre 435 000 et 595 000 euros… en quatre jours… 

L’ascension sociale d’une Massoneau n’est toujours que de courte durée. Valérie Trierweiler sur le perron de l’Elysée. Photo DR

L’ascension sociale d’une Massoneau n’est toujours que de courte durée. Valérie Trierweiler sur le perron de l’Elysée. Photo DR

Tous les auteurs, y compris les « people » qui sont, à l’instar de Valérie Trierweiler, en bonne place pour les gros tirages, rêvent d’un succès aussi écrasant. Flammarion, la maison d’édition bien sous tous rapports et si politiquement correcte s’indigne que la sortie du livre de l’ex première dame, début septembre 2014, ait littéralement balayé toutes les autres parutions et « plombé » ainsi la rentrée littéraire.

On peut toujours patriotiquement s’insurger sur le contenu venimeux et chargé de bile de l’éternelle illégitime de François Hollande, le succès est là ! Et il ne tient pas que dans l’irrésistible attrait qu’exercent sur chacun de nous les ragots de tous ordres.

Qu’est-ce qui fait que le livre de Valérie Trierweiler ait réussi à tant passionner les français ? On évacuera d’emblée, même si les paramètres qui vont suivre sont à mettre au crédit de ce magnifique « coup » éditorial, le fait que la journaliste Valérie Trierweiller ait un carnet d’adresses dans les médias d’une épaisseur impressionnante et qu’elle ait sûrement fait tout ce qu’elle pouvait pour faire jouer son réseau dans la publicité faite au livre ; qu’elle soit naturellement très charismatique et cristallise depuis plusieurs mois toutes les haines et toutes les convoitises (elle serait un équivalent de JR ou de « Maléfique » au cinéma). On fera également litière de l’amour immodéré des Français pour les histoires de fesses des célébrités, d’autant qu’il ne s’agit pas vraiment d’un livre du genre mais plutôt d’un aimable Vaudeville. Les auteurs que nous sommes enterreront enfin toutes leurs illusions quant à un éventuel succès dû au talent de l’écrivain Trierweiler : le livre est bien écrit, bien tourné mais les professionnels que nous sommes savent pertinemment, surtout depuis « fifty shade » (mettre un lien vers l’article sur le film (dernier article publié)), que la belle écriture ne fait rien à l’affaire.

Les « sans dents » savent lire aussi ou l’effet « Misérables »

La vraie clef du succès de Valérie Trierweiller est un procédé simple et efficace, enseigné à tout auteur débutant : l’identification du lecteur à la victime de l’histoire. Comme on s’est passionné autrefois pour la pauvre Cosette, Jean Valjean, ou même Gavroche, Eponine et Azelma, enfants de la commune et de la république, forçats de la faim, défenseurs de la justice face à l’oppresseur capitaliste ; comme on a vibré et pleuré pour Gervaise tubarde et sans dents (elle aussi !), Nana et derrière elle toutes les pauvres courtisanes : « Boule de suif », ou Esther, on frémit d’indignation au récit des humiliations subies par la petite fille des HLM d’Angers et sa famille les Massoneau « pas jojo » et les « sans dents », face à l’intelligentsia socialiste méprisante incarnée par le couple Hollande-Royal, ces Thénardiers à la force tranquille. Le livre sert ainsi de catharsis à la population française au sujet de tout un tas de casseroles sociales que traine cette gauche-caviar : Celle qui a tellement malmené l’ouvrier Beregovoy qu’il en est venu au suicide. Cette gauche bien-pensante et donneuse de leçons qui se paie des putes, viole des femmes de chambre, zappe ses impôts et fréquente les voyous de la même manière que le ferait le premier petit grenouilleur de droite venu.

Valérie Trierweiler a su habilement se mettre en scène dans les vêtements rapiécés de la « France d’en bas » : son histoire, c’est l’histoire de l’ascenseur social bloqué pour tous, l’histoire des employés en CDD qui patientent sagement en avalant toutes les couleuvres possible dans l’attente d’un CDI, l’histoire de ceux qui travaillent plus pour gagner moins parce qu’ils ne sont pas né du bon côté de la barrière. L’histoire d’une « petite fille de Français moyens » à qui l’élitocratie qui paralyse le pays, reproche n’être très – trop – débrouillarde.

Le livre de l’ex première dame est justement rémunéré au titre de catalyseur d’une bronca nationale qui n’ose s’exprimer mais qui s’était déjà manifestée de dangereuse façon par l’arrivée au second tour de Le Pen en 2002. Espérons que ce livre, dans toute la puissance de son succès médiatique, ne serve pas de marchepied à « Marine ». C’est en tout cas une leçon éditoriale à retenir.


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