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Wife – What’s Between

Publié le 23 septembre 2014 par Hartzine

Il faut avoir saigné ses tympans sur Altar Of Plagues pour comprendre la féroce dichotomie qui caractérise les deux pendants musicaux de James Kelly. S’extrayant temporairement de son univers métal, Kelly opère dans son side project WIFE une reconversion violente mais pas débile. Troquant ses riffs fracassants et sa voix gutturale pour des ambiances électroniques moelleuses et sombres, l’Irlandais multiinstrumentaliste pose en 2012, avec son EP Stoic sorti chez Left Blank, les bases d’une musique confortablement profonde, froidement amortie. Hors de question, pourtant, de parler de brouillon, comme on a pu le faire de certains EPs un peu précoces, de ces ébauches qui préparent un album qui se révèle au final sans grande surprise. Ici, le projet initial a plus qu’évolué, James en a isolé une texture musicale plus riche, personnelle et mûre, quelque chose d’abouti et de complexe pour accoucher, deux étés plus tard, de What’s Between, son debut album sorti chez Tri Angle, qui asseoit solidement (durablement?) le sombre métalleux dans un projet électronique très personnel et presque à contremploi, flirtant avec ses racines irlandaises sans pour autant s’y noyer et posant la reverb vocale gémissante comme une signature.

Wife

Premier contact avec le LP, Like Chrome ne sonne pas vraiment comme une intro, même s’il s’en approche par sa brièveté. Mais sa position comme sa construction, d’abord amortie puis progressivement plus dense, de plus en plus généreuse en textures, sont une véritable ouverture à un album dont la discrète opulence s’étale sur chacun des neuf morceaux qui suivent cet avant-propos envoûtant, à commencer par Tongue, titre phare de l’album, dont les premiers accords mystérieux engagent presto une autre ambiance, qu’on devine plus sombre et lourde. Le calme avant la tempête. L’accalmie initiale, tout en développement, en sonorités étouffées et mélancoliques, n’est qu’une amorce berçante, dont la suavité somnolente est un leurre pour mieux nous happer, au premier coup de tonnerre, dans une ascension brusque, violente, subie. On devient esclave de cette boucle sonore harassante de puissance comme on l’est d’une tourmente électrisante, piégé dans une gangue capiteuse mais dangereuse, le souffle court en attente de la prochaine bourrasque qui vient conclure le morceau dans une folie tournoyante et sombre. Chanmé. On peine à se retenir de rejouer le morceau, et c’est heureux, car la lecture du scénario de l’album prend forme aux vingt premières secondes de Heart Is A Far Light, où l’on comprend que WIFE n’a pas choisi de succomber à la facilité d’un album à l’ambiance unique. On devine une atmosphère plus feutrée, appuyée sur une ligne de basse cadencée, dansante, et un rythme binaire qui donne envie de chalouper gentiment, dans un contraste intéressant avec les gémissements sépulcraux à la réverbération ecclésiale qui accompagnent une texture clairement pop de surcroît accentuée, au deux tiers du morceau, par des chœurs de louveteaux sevrés. C’est mignon, ça marche. Cette bipolarité d’univers et d’ambiances, James ne la quittera plus vraiment, et on sent que la structure bivalente des morceaux est volontaire, soignée. En témoigne le contraste entre Salvage, homogène, constant, primal, complètement égal de bout en bout, sans vraie aryhtmie ou pause, et Dans Ce, titre énigmatique au jeu de mots obscur, dont la progression douce, d’abord soutenue par une mélodie vocale qui nous donne presque envie de mettre la main sur le cœur en regardant vers le ciel tant elle fait penser un hymne un peu surfait, se poursuit par une richesse accessible, presque désinvolte, tout en retenue jusqu’à la partie clavier animée par une texture rythmique de plus en plus dense qui offre à ce morceau une conclusion insoupçonnée et lyrique. Mais c’est surtout à l’écoute de Nature (Shards), seul rescapé de Stoic, qu’on devine que Kelly a opté, en choisissant d’appuyer son album sur le seul morceau de son EP qui transcende les autres titres par un arrangement plus généreux et exalté, pour une approche moins ambient qu’il a pris le temps de faire mûrir. Deux ans plus tard, le titre a été réarrangé, complété, mais aussi raccourci pour concentrer le meilleur de ce qu’on pouvait en tirer en trois minutes et demi d’une structure harmonieuse, disciplinée, évoluée. Le triptyque final peine un peu à raffermir la chair d’un album à l’ossature heureusement déjà solide, l’approche étouffée, presque ramassée de Living Joy offrant à Fruit Tree la légère dissonance nécessaire à imposer une sonorité plus poppy, moins mélancolique, auquel on pourrait reprocher un son de cloche un peu foireux et une mièvrerie stérile, que ne rattrape pas vraiment Further Not Better qui, comme le précise son titre, va un peu trop loin pour empêcher le rythme de s’essouffler un tantinet. C’est une conclusion douce et travaillée, légitime et pas vraiment décevante, mais on se serait sans doute passé d’une mélancolie superflue distillée par un crincrin numérique et quelques notes de piano redondantes.

Au final, on a là un album à l’ambiance binaire, plutôt surprenant à première écoute, mais d’une qualité indiscutable, qui joue efficacement son rôle pour peu que l’on soit prêt à se laisser guider par un scénario linéaire et à l’évidence étudié, qui peine à lasser même après moult repasses, et dont l’ambiance singulière trouve pleinement sa place auprès des autres artistes atypiques de Tri Angle, l’écurie de finesses witchy comme oOoOO ou de l’anticlubbing inclassable de Vessel. Fin et racé, le bourrin peut aller loin. Hue!

Ted Superstar

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