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Cinema Of Death

Publié le 27 septembre 2014 par Olivier Walmacq

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Genre: courts métrages, trash expérimental (interdit aux - 18 ans)
Année: 2007
Durée: 1h23

L'histoire: Une compilation de 5 courts métrages underground, extrêmes ou surréalistes dune durée variable, réalisés entre 1986 et 2005 qui abordent chacun de façon différente, le thème de la mort.

Les films: Adoration (1987/15 minutes/Réal: Olivier Smolders): Ce film a déjà fait l'objet d'une chronique le 29 mai 2014. Pour rappel, il s'agit de la reconstitution romancée et ultra stylisée d'un fait divers authentique. A savoir, le meurtre d'une étudiante hollandaise dans le Paris des années 80 par son petit ami japonais, Issei Sagawa qui, après l'avoir abattue, dévora en partie son cadavre.

Dislandia (2005/29 minutes/Réal: Brian M. Viveros & Eriijk Ressler): Dans une ambiance hors du temps, une petite fille portant un masque qui lui recouvre tout le visage, joue dans une maison abandonnée. Elle commence par dessiner des ronds sur des feuilles de papier. Puis, elle se met à peindre sur les murs, à peindre ses propres mains, à modeler de la boue, à jouer avec un parapluie...Le film a l'atmosphère franchement surréaliste, est très difficile d'accès. La pellicule sale, vieillie, granuleuse, avec des passages qui virent au sépia, donne à l'ensemble une tonalité quasi irréelle. 

Pig (1998/ 23 minutes/ Réal: Nico B.): Le film raconte le périple meurtrier d'un mystérieux tueur qui procède à des sacrifices selon un rituel satanique. Au cours de son voyage, il va rencontrer un inconnu qui va s'offrir à lui pour un cérémonial mystique qui s'achèvera dans l'horreur la plus monstrueuse. 

Hollywood Babylon (2000/ 4 minutes/ Réal: Nico B.): Un hommage à Kenneth Anger, le créateur du cinéma underground. Courte visite du Musée de la mort tout près de Hollywood. Un lieu discret et lugubre où sont exposés des photos de célébrités ou d'anonymes sur leur lit de mort, parfois même dans un état de décomposition avancé. 

Le Poème (1986/ 12 minutes/ Réal: Bogdan Barkowski): Dans une morgue, le corps d'un vieillard est le sujet d'une autopsie par un groupe de médecins légistes. Filmés en clair obscur, les murs de l'établissement sont totalement plongés dans l'obscurité et seul le cadavre est mis en lumière. On distingue à peine les gants des médecins qui opèrent sur lui vivisection, éviscération et découpage de crâne. Pendant que se déroule cette morbide opération, un conteur lit en voix off, des extraits du poème "Le bateau ivre" d'Arthur Rilbaud. Plus l'autopsie avance, plus le ton du conteur se fait grandiloquent. Lorsqu'on referme définitivement le sac mortuaire sur le cadavre, le narrateur arrête net son récit. 

La critique d'Inthemoodforgore:

Dans la famille "films de barges", je demande Cinema of Death, un sérieux prétendant au titre de plus gros ovni jamais présenté sur le blog. Plus expérimental, tu meurs... Ça tombe bien puisqu'il s'agit ici d'une série de courts métrages qui exhibent la mort dans tous ses états et sous toutes les coutures. Je passerai rapidement sur Adoration que j'ai chroniqué il y a quelques mois et qui mérite le coup d'oeil si vous êtes amateurs de curiosités. Le deuxième film, Dislandia, est de loin le olus étrange.
Se déroulant comme un rêve éveillé, ce métrage d'une demi heure présente une petite fille qui évolue à sa guise dans une maison délabrée. Affublée d'un masque qui lui recouvre entièrement le visage, elle dessine, peint, casse des objets, marche au bord de l'eau, joue avec un parapluie...

L'absence de quelconques repères nous prive de la moindre indication sur le lieu et l'époque dans lesquels se déroule l'action. Totalement muet, bercé par des bruits métalliques désaccordés plus proches de sons subliminaux que d'une véritable musique, Dislandia ne suit aucun scénario et s'avère tout bonnement impossible à résumer. Pour vous donner une idée approximative de l'inaccessibilité de la chose, je dirai que ce film se situe entre Begotten et les premiers essais de David Lynch.
Cette oeuvre nébuleuse et contemplative se ressent plus qu'elle ne se décrit et s'avère au final, proprement indicible. Le quatrième court métrage (je passe volontairement le troisième) a pour titre Hollywood Babylon. Très bref, il se veut être un hommage à Kenneth Anger, le créateur du cinéma gay underground, bien avant Andy Warhol. En 1959, Anger sort un brûlot qui révéla au grand public, la face cachée et les secrets les plus sombres des stars hollywoodiennes de l'époque.

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Nico B., le réalisateur, balade sa caméra dans le Musée de la Mort, dont la création fut en partie née de la volonté de Kenneth Anger. On peut y voir des photos de célébrités et d'anonymes fraîchement décédés. Certains clichés montrent des suicidés ou des personnes abattues par balles. Un coin entier du musée est aussi consacré à des portraits de Charles Manson, bien vivant lui, par contre...
Le cinquième film est Le Poème de Bogdan Barkowski, un essayiste franco-polonais. L'histoire se résume à une véritable autopsie d'un vieillard tandis qu'en voix off, un narrateur lit des extraits du célèbre poème "Le bateau ivre" d'Arthur Rimbaud. En filmant en clair obscur, le réalisateur concentre uniquement la lumière sur le cadavre qui est lentement dépecé par plusieurs médecins. Tandis que l'autopsie progresse, le lecteur augmente peu à peu la tonalité de son recit pour s'arrêter brutalement lorsqu'on enferme le corps dans un sac mortuaire.


J'ai volontairement gardé le meilleur pour la fin. Il s'agit de Pig, le troisième court métrage par ordre chronologique. Réalisé par Nico B. en 1998, ce film s'avère être sans conteste le point culminant de Cinema of Death. Fascinant, révulsant, Pig atteint de tel sommets dans le sadisme qu'il risque fort de provoquer chez certains des hauts le coeur et des retournements d'estomac...
L'histoire est celle d'un tueur en série qui mutile méthodiquement ses victimes selon un rite satanique. Muni d'un attaché case où se trouvent ses instruments de torture, il parcourt la campagne américaine à la recherche de proies. En chemin, il rencontre un étrange auto-stoppeur qui a la tête entièrement recouverte de bandelettes. Entre cet inconnu et le tueur va se nouer une curieuse relation sadomasochiste totale et consentie.

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Arrivés dans une maison abandonnée, les deux hommes se préparent au sacrifice. Le tueur ouvre alors un petit livre intitulé "Why God premit evil ?", dans lequel est précisée l'exacte marche à suivre de la cérémonie sacrificielle à laquelle il va procéder. Un cérémonial mystique dont les tortures font vraiment froid dans le dos car les sévices à base d'aiguilles, de rasoir et de fil d'acier sont réellement effectués sans aucun trucage... Et les violences sont particulièrement gratinées: ingurgitation forcée de sang, pénis cousu par le gland directement relié aux tétons, cousus eux aussi, traçage au fil d'acier sur la peau (de façon à ce que le sang dessine le mot "pig" en coulant sur le torse de la victime), cisaillement du prépuce à la tenaille, injection de sang porcin par intraveineuse etc.
Des images absolument impressionnantes susceptibles de secouer le spectateur le plus endurci. Plus impressionnant peut être encore est le stoïcisme dont fait preuve l'acteur qui ne manifeste aucune émotion alors qu'il subit, pour de vrai, ces actes insensés; un comportement beaucoup plus proche de la performance hardcore que du jeu de composition.

A noter que le rôle du tueur est interprété par Rozz Williams, le créateur et chanteur du groupe de death rock, Christian Death. Williams se suicidera par pendaison peu après le fin du tournage. Malgré son extrémisme, Pig se révèle fascinant et parvient à nous scotcher par son univers envoûtant et sa grande beauté visuelle, notamment avec une photographie noir et blanc superbe.
Le réalisateur, à grand renfort d'images surréalistes et paraboliques, créé un climat complètement onirique qui sait nous faire oublier l'insoutenable pour mieux nous plonger dans un monde aux confins d'une autre dimension. Vraiment un gros choc et une sacrée découverte. 
Voici donc Cinema of Death, une composition d'oeuvres toutes plus barrées les unes que les autres dans lesquelles les amateurs d'hallucinations cinématographiques devraient trouver largement leur compte.
Que ce soit avec l'exercice de style épuré (Adoration), le shockumentary (Le Poème), l'ovni expérimental (Dislandia) ou bien le snuff mystique (Pig), Cinema of Death propose des images qui sortent vraiment de l'ordinaire. Des images chocs, réalistes, poétiques, terrifiantes, que le spectateur aura bien du mal à chasser de sa mémoire. A réserver donc à un public de cinéphiles curieux mais particulièrement avertis.


Note: ?


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