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[Critique] HORNS

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] HORNS

Titre original : Horns

Note:

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Origine : États-Unis
Réalisateur : Alexandre Aja
Distribution : Daniel Radcliffe, Juno Temple, Max Minghella, Joe Anderson, David Morse, Kelli Garner, James Remar, Kathleen Quinlan, Heather Graham…
Genre : Horreur/Thriller/Drame/Adaptation
Date de sortie : 1er octobre 2014

Le Pitch :
Ig et Merrin s’aiment depuis l’enfance. Inséparables, ils évoluent dans une bulle au cœur d’une petite communauté rurale d’Amérique du Nord, partageant des sentiments puissants. Un matin, le rêve s’effondre quand la jeune fille est retrouvée morte dans les bois. Tout semble accuser Ig, qui ne cesse de plaider son innocence auprès d’une ville persuadée de sa culpabilité. Rejeté, l’homme s’enfonce dans l’alcool et les souvenirs douloureux d’un passé plus clément. Un matin, après une énième biture, Ig se réveille avec des cornes sur le crâne. De monstrueux appendices qui semblent agir sur les autres comme un sérum de vérité. Il se découvre également un pouvoir de persuasion irrésistible et décide de mettre à contribution sa nouvelle condition afin de démasquer le coupable de l’assassinat de sa dulcinée. Au risque de s’enfoncer dans une spirale infernale et de perdre son âme…

La Critique :
Le cinéma n’a pas tardé à s’intéresser aux écrits de Joe Hill. Le digne fils de son Stephen King de père, lui aussi en son temps rapidement convoité par le septième-art, avec lequel il entretient d’excellents rapports si on en juge le nombre impressionnant de ses livres portés à l’écran. Joe Hill n’en est pas encore là. Auteur de trois romans (un quatrième est en approche) et d’un recueil de nouvelles, il débute dans le business de la pellicule et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il aurait pu tomber sur bien pire qu’Alexandre Aja pour voir un de ses romans traduits à l’écran.
Excellent livre bien qu’un poil bancal (on y reviendra), Cornes (qui a conservé son titre original au cinéma) a séduit Aja pour des raisons tout à fait légitimes et compréhensibles. Les références y sont certes nombreuses, mais c’est de sa puissante originalité que ce drame horrifique tire principalement sa force. Comme son paternel, Joe Hill aime à faire surgir le fantastique et l’épouvante dans une réalité propice à de forts bouleversements, car déjà gangréné par la misère de sentiments humains négatifs et destructeurs. Aja s’est donc emparé de cet univers et, avec un grand respect, a orchestré l’incursion d’un mal assoiffé de vengeance et nourri par la haine, le mensonge, ou encore l’orgueil.

Prenant pied dans une bourgade morne et humide, Horns évoque dans un premier temps Twin Peaks. À plus forte raison quand le cadavre de cette jeune femme, aussi belle que mystérieuse, est retrouvé au pied d’un arbre, dans une forêt tour à tour enchanteresse et cauchemardesque. On savait Aja doué pour créer des ambiances prégnantes, et là il nous le confirme. La ville constitue presque un personnage à part entière tant elle contribue à donner son identité au métrage. Elle évoque presque un lieu hors du temps. Une sorte de prison à ciel ouvert où se nouent les amours, les amitiés et les ressentiments de personnages amenés à s’éprouver les uns les autres.
En plus d’avoir merveilleusement su capter le parfum si particulier du livre, le réalisateur fait montre d’un sens du dosage pour le coup vraiment bienvenu. À l’heure de ces trips horrifiques souvent opportunistes et/ou racoleurs, Horns fait figure de belle exception. Il trace sa route et n’offre pas de sursauts faciles, pas plus qu’il ne tombe dans l’excès. Encore une fois, Aja respecte le récit de Joe Hill et tient avant toute chose à rendre hommage à ce dernier. Avant d’être un film d’horreur, Horns est un drame. Une tragédie amoureuse narrant les déboires d’un homme perdue car privé de sa raison de vivre. Ce que le cinéaste a complètement assimilé.

Plutôt un drame donc. Mais pas que puisque ce long-métrage atypique penche franchement du côté du thriller, avant de sauter carrément à pieds joints dans un humour limite potache, sans se départir d’une patine fantastique marquée par des accents horrifiques principalement rassemblés à la fin.
C’est là que le bas blesse. Comme mentionné plus haut, Horns est fidèle au livre. Trop peut-être car du coup, il souffre des mêmes défauts. Des défauts d’ailleurs amplifiés par le fait que, contrairement au bouquin, le métrage ne s’attarde que très peu de temps sur les personnages secondaires, ce qui aurait permis de mieux comprendre certaines de leurs réactions et d’éprouver un petit peu plus d’empathie. Le personnage de Lee par exemple, campé par Max Minghella, ne se dévoile pas vraiment dans le film. Il n’existe uniquement qu’au travers du regard de Iggy. Idem pour Glenna ou même pour Terry, le grand frère du héros, campé par le trop rare Joe Anderson. C’est Daniel Radcliffe et ses cornes qui captent toute l’attention, au point de faire de l’ombre à des seconds couteaux indispensables (comme le livre le prouve) au bon déroulement d’une histoire qui ne cesse de marcher sur la corde raide en multipliant les ruptures de ton.
Des ruptures ici franchement étranges, alors que pourtant, elles sont toutes dans le bouquin. Aja a du mal a passer d’une horreur franche à une blague bien vulgaire et quand il tente de nous arracher un sourire, jamais il ne réussit vraiment. Au point même qu’à la fin, c’est l’aspect dramatique, pourtant très convainquant, qui voit sa portée amoindrie par ces scenettes censées être marrantes (bon, parfois quand même on rigole, mais pas très souvent).
Non seulement le scénario de Keith Bunin n’arrive pas à gommer les rares maladresses du roman, mais il se permet en prime de zapper quelques-uns de ses détails les plus importants.
Le résultat final étonne et pas toujours dans le bon sens, même si, porté par la volonté et la sincérité d’un cinéaste investi, Horns ne sombre jamais vraiment et s’avère plus qu’à son tour impressionnant et marquant.
En cela, les acteurs sont tous à saluer. Même ceux qui n’ont pas beaucoup de temps à l’écran. Max Minghella est toujours impeccable, comme Joe Anderson et la kyrielle de solides seconds couteaux comme James Remar et David Morse. Juno Temple quant à elle, incarne une innocence bafouée doublée d’un sensualité insolente, avec un naturel confondant, donnant le change à un Daniel Radcliffe définitivement sorti de l’ombre écrasante d’Harry Potter. Parfait, le comédien offre une interprétation marquée par une sincérité rare, y compris quand il doit passer par un panel d’émotions parfois contradictoires, livrant dans son ensemble un numéro d’acteur à saluer, à la maturité et à la simplicité exemplaires.

La plus grande qualité de Horns est de sortir des sentiers battus d’un genre pourtant marqué par la redite. Quitte à se planter, il assume ses choix. Parfois extrêmement violent et sombre, il ne dose pas très bien son désir d’injecter un peu de légèreté, mais va jusqu’au bout de ses choix. Devant beaucoup à la force du roman dont il s’inspire, il parvient néanmoins à exister par lui-même, porté par les compétences d’un réalisateur réfléchi et ambitieux. Son originalité encourage à la plus grande des indulgences, tout comme ces quelques instants oniriques, ces flash backs évoquant Stand by me, son ambiance si enveloppante, et cette sensibilité à fleur de peau, qui en font une sorte de fable assez unique en son genre.

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : Metropolitan FilmExport

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