Magazine Culture

Cancer – Ragazzi

Publié le 02 octobre 2014 par Hartzine

L’accordéon, c’est souvent dégueu, trop fréquemment associé à des bals musette sponsorisés par la buvette du coin et parrainés par Yvette Horner, ou à ces yodels autrichiens qui ont fait nos après-midis d’ennui sur YouTube. C’est oublier que la douceur polyphonique de ses vents sied à des balades douces-amères, comme cette introduction à Ragazzi, dont le titre évocateur, Age of Pinballs, nous ramène tout droit à ces années lycées où, justement, l’accordéon était frappé d’autodafé, sauf pour les forcenés de la franchouillardise qui échangeaient leurs bons plans de culture d’herbe indoor en écoutant les Têtes Raides. Grand bien leur en fit, à leur façon ils ont fortement contribué à ma culture musicale, et je suis content de pouvoir leur dire aujourd’hui que l’accordéon, parfois, je kiffe. Comme là, ponctuel et ramassé, sur le seul morceau exploitant la bête à soufflet, qui sent l’automne et la couette, les câlins et les chocolats. On se sent un peu mièvre mais bien, prêt à en reprendre une tartine (et du chocolat), sauf que ça tourne un peu court, et la suite prend une tournure un peu trop poppy et mielleuse pour être vraiment raccord avec cette savoureuse ouverture : FKA IP, deuxième titre de l’album de Cancer, reste aussi classique dans son approche que dans son traitement, et ça dessert un peu l’album d’entrée de jeu, malheureusement. Les gentils chœurs un peu faciles ne rattrapent pas les harmoniques de lycéen, que seul un break funky et audacieux mais un peu chiant, qui finit par conclure le morceau, compense en affirmant une volonté, reconnaissons-le, de ne pas rester dans le conventionnel jusqu’au bout.

Cancer2_photobySimonBirk

Same Color as Digital Photography, pièce centrale de l’album tant par sa position que son lyrisme, est lancé par une amorce un peu confuse et étrange, désaccordée et chuintante, mais rattrapée par les premiers accords de sèche. Il faut bien admettre qu’il est difficile de parler de ce morceau tant il se vit. On pourrait bien sûr s’épancher sur la délicatesse des cordes, en parfaite symbiose avec la voix suave et mélodieuse, incomparable de Nikolaj Manuel Vonsild, frontman de When Saints Go Machine, dont les trémolos impriment l’atmosphère du morceau, secondés par les chœurs discrets de Kristian Finne Kristensen de Chorus Grant, une basse langoureuse qui prend son temps pour s’éveiller, et par quelques accords électroacoustiques qui donnent envie de surfer plus vite que la lumière sur Deezer pour s’enfiler Midnight Blues de Snowy White. Mais en fait on s’en fout, parce que ce morceau passe autant par les tympans que les ventricules cardiaques. Superbe. Et puis le titre s’arrête brusquement, de façon aussi inattendue que subie, nous laisse un peu sur la faim d’une transition moins brutale, plus souple avec le morceau suivant qui est une incongruité assumée et pas inefficace alignant, sur les trois premières minutes, une ambiance psyché dub légère et bien traitée, polie, coulante, sorte de longue transition vers quelques effets de réverb vocale et autres accords de synthés trainants, prémices dociles d’une approche plus folk, introduite par la texture vocale un peu raide de Kristian qui raconte qu’il chasse des chats depuis un hélicoptère. N’importe quoi, et c’est cool, comme la façon dont se termine ce morceau à l’envolée capiteuse, qui finit par rayonner puis s’écrouler derrière l’horizon, comme un coucher de soleil sur le bayou.

Un blanc et trois accords plus tard, on est déjà passé à une autre ambiance, un groove 80’s entrecoupé de breaks jazzy qui affirment une maturité musicale dont les auteurs n’ont plus à se justifier et qui rend ce morceau, Body on the Bones, et plus globalement cet album, de plus en plus impertinents et téméraires, transformant ce dernier en une véritable prise de risque sémantique et musicale. C’est au moment où on s’attend à une transition et une ambiance encore plus dingues que Nikolaj et Kristian bouclent la boucle à leur façon, déroutante jusqu’au bout, en revenant à une ballade d’une douceur touchante, Hot Snake Dead Boy. On repart dans la mièvrerie, la bonne, celle qu’on s’accorde le temps d’un ou deux morceaux bien foutus, et on se sent un peu bête de ne pas saisir la finalité de cet univers décousu mais tellement riche, qui ne plaira ni à tous ni tout le temps, mais qui inscrit le duo dans un contexte où l’ambiance est multiple, la discipline maîtrisée, les transitions audacieuses, l’ambiance douce.

Ted Supercar

Audio

Tracklist

Cancer – Ragazzi (Tambourhinoceros, 2014)

1. Age of PInballs 2. FKA IP 3. Same Color as Digital Photography 4. Hunting Large Cats from Helicopters 5. Body on the Bones 6. Hot Snake Dead Boy


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Hartzine 83411 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines