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De l'écrit à l'écran: Gemma Bovery et Bon rétablissement!

Par Filou49 @blog_bazart
03 octobre 2014

 Et si je reparlais un peu adaptations littéraires sur grand écran? C'est vrai quoi, j'ai quand même une rubrique spécialement consacrée à l'analyse d'adaptation de livres sur grand écran, et à l'heure où depuis la rentrée, quantités de livres plus ou moins connus sont mis en image par le 7ème art (on attend notamment avec impatience " Gone Girl", la version du best seller "les apparences" par David Fincher ou celle d'un oiseau blanc dans le Blizard de Laura Kasishke par Greg Araki), il était temps de revenir à ce petit comparatif grace à deux oeuvres que j'ai eu la chance de voir le film puis ensuite à chaque fois de lire le livre dont il était tiré...

Petit bilan en deux points :

1. Bon rétablissement! avant le film, le livre de Marie Sabine Roger!

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J'ai parlé du film Bon Rétablissement! la semaine passée, un film que j'avais vu en avant première et j'avais plutot apprécié l'esprit général du film,  cette candeur et absence de cynisme et de manichéisme qui fait  du bien..

Quelques jours après la projection, je me suis plongé dans le roman de Marie Sabine Roger dont il est adapté. Je ne connaissais pas du tout la bilbiographie de Maris Sabine Roger, ce "Bon rétablissement!" était donc une belle occasion de m'en imprégner.

On s'aperçoit en lisant le livre que l'univers de Marie Sabine se marie parfaitement bien avec celui de Jean Becker (qui l'avait adapté une première fois pour la tête en friche), leurs deux univers comiques et flirtant avec le doux amers, sont parfaitement solubles l'un dans l'autre, avec un même amour pour les gens simples, des histoires sans prétention, et des personnages touchants et drôles sans cynisme et méchants.

On voit que Marie Sabine Roger aime particulièrement les dialogues, qui sont ici souvent truculents, elle possède indéniablement le sens de la formule, et elle a d'ailleurs participé aux dialogues de "La tête en Friche", et aussi de "Bienvenue chez nous", le précédent film de Jean Becker. 

Pour ce "Bon rétablissement!", l'écrivain a participé directement à l'adaptation, avant que le vieux routier Jean Loup Dabadie vienne apporter un coup de main aux dialogues pour les rendre plus solubles dans une adaptation de cinéma.

Le film reste très fidèle au roman original, avec la même volonté de rendre souriant et optimiste une histoire  se déroulant entièrement à l'hôpital, lieu hautement anxiogène, avec des personnages et des situations haute en couleurs.

 Cet homme de 67 ans ( contre 60 ans dans le film, on ne veillit pas impunément Gégé Lanvin :o)), veuf, sans enfant, ne s'est jamais beaucoup interrogé sur sa vie présente et passée, là il va avoir tout son temps pour y réfléchir et le bilan n'est pas folichon folichon . Il ne s'épargne pas non plus, les descriptions de sa décrépitude sont pittoresques et sans appel.

D'ailleurs, à ce niveau là, on doit avouer que le livre est sans doute un poil plus drôle et plus cinglant que le film, on regrette que certains dialogues  et surtout monologues intérieurs particulièrement savoureux aient disparus sur grand écran (mes abdos sont de vieux élastiques, ma jambe gauche n'est plus qu'un traversin rembourré de ciment. Mon bassin me fait mal, mon dos me persécute, mes bras sont ramollis, ma nuque en prend un coup et je ne parle même pas de mes raideurs matinales - pas du tout triomphantes - ni de ma maladresse générale".).

Bref, un livre qui donne envie de mieux connaitre les autres romans de l'auteur, et ca tombe bien, elle vient de sortir un nouveau roman "36 chandelles", toujours aux éditions la Rouergue.

"Bon rétablissement", retour gagnant pour Gérard Lanvin

2. Gemma Bovery: du roman graphique de Peggy Simons au film d'Anne Fontaine

 

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Contrairement à "Bon Rétablissement"!, je n'ai pas encore eu l'occasion de chroniquer "Gemma Bovery", le dernier film d'Anne Fontaine, vu pourtant le jour même de ma sortie, et ce silence est d'autant plus étonnant que j'ai beaucoup apprécié le film (plus encore que le film de Jean Becker), charmante chronique d'Anne fontaine, qui retrouve là le meilleur de son cinéma, entre comédie très efficace sur le choc des cultures et peinture au vitriol d'un microcosme.

Anne Fontaine a donc adapté un célèbre roman graphique britannique éponyme, lui-même inspiré évidemment comme son titre l'indique, par le chef-d'oeuvre de Flaubert, est  qui est construite sur l'air du diction "la nature imite l'art".

 Publié en France en 2000, son Gemma Bovery  est ressortie à la rentrée, augmenté d’une série de dessins inédits, et d'une préface d'Anne Fontaine expliquant les partis pris de son adaptation et les raisons de son coup de coeur pour cette oeuvre là. On apprend notamment que le roman graphique, genre à la frontière de la littérature et de la BD classique, est plus «libre» dans sa forme qu'une BD classique et utilise des outils de narration plus proches que ceux du 7ème art.

On entre ainsi dans le scénario d'un roman graphique comme dans un film et il n'est donc guère étonnant qu'après Tamaa Dreve adapté par Stephen Frears en 2009 (une adaptation qui m'avait laissé un peu mitigé), Anne Fontaine ait souhaité également mettre en image un roman graphique de P Simmonds.

Comme pour "Bon rétablissement!", j'ai lu le roman graphique de Posy Simmonds après avoir vu le film d'Anne Fontaine, et je pense que si j'avais fait le contraire, le film m'aurait très certainement moins enthousiasmé.

Il y a quand même des différences notables entre le livre et le film, ce dernier se concentrant bien sur le personnage de Luchini, impeccable en maître ès fantasmes, dont le seul plaisir est d'essayer de faire coïncider réalité avec fiction (littéraire).

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Etonnement également de voir que dans le roman graphique,  le personnage de Gemma est vue comme une fille un peu grosse et pas très jolie alors que dans le film il ne fait aucun doute que Gemma Aterton est une bombe, ce qu'elle est effectivement, et cela  explique mieux les comportements des hommes à son égard..

Dans la BD de Posy Simmons, le boulanger/ narrateur est toujours le témoin clé de son parcours, mais reste beaucoup moins acteur et bien plus en retrait que Lucchini. Et d'ailleurs, dans le film de Fontaine, les séquences les plus jouissives sont sûrement celles qui mettent en scène Lucchini et Gemma Atterton, avec quelques scènes supplémentaires  par rapport au livre particulièrement jubilatoires (je pense à celle de la guèpe notamment).

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Pareil pour le sort réservé à Gemma : si les premières pages du roman graphique nous amènent immédiatement à connaître la mort de Gemma, ceci afin que le lecteur ait accès à ses journaux intimes, le film est plus flou sur la destinée de Gemma (désolé pour le spoil) avant la dernière demi heure, et le dénouement, qui là ressemble beaucoup plus à celui du livre.

 En fait, le roman graphique axe beaucoup plus sur la vie de Charlie et sa femme avant de venir en Normandie, et les problèmes de Charlie et de son ex femme, qui sont totalement passés sous silence du film français.

On aime particulièrement la construction mêlant beaucoup de texte à quelques vignettes, complétant ou illustrant l'histoire et les dessins noir et blanc d'une beauté assez singulière, une construction qui permet croiser les points de vue de Gemma et de son voisin –et dans le présent et dans le passé-, et d'accéder à une multitude d'interprétations fort intéressantes.

 Bref, si "Gemma Bovery" le film m'a sans doute plus emballé que Gemma Bovery le roman graphique, c'est certainement dû au fait que j'ai découvert le récit sur grand écran avant de le lire, car en dépit de ces quelques variantes que je viens d'énumérer, le film reste une adaptation fidèle- et particulièrement judicieuse- d'un roman graphique qui, de par sa construction et son idée de départ, s'avère être aussi original qu'ambitieux.

Fabrice Luchini : "Gemma Bovery ? Ce film est dément"


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