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L’envie élyséenne d’Alain Juppé, l’homme de Jacques Chirac

Publié le 03 octobre 2014 par Sylvainrakotoarison

« En politique, on n’est jamais fini. Regardez-moi ! » (Alain Juppé, lauréat du 12e Grand Prix 2014 du Press Club de France, humour et politique, remis le 29 septembre 2014 à Paris pour sa petite phrase dans "Libération" du 18 novembre 2013).

yartiJuppe201401Aidé par des sondages favorables, l’ancien Premier Ministre Alain Juppé effectue un retour sur l’avant-scène politique très remarquable.

Le maire de Bordeaux et coprésident provisoire de l’UMP était l’invité de la seule grande émission politique à la télévision "Des paroles et des actes" sur France 2 le jeudi 2 octobre 2014.

Cette émission est intervenue juste après des déclarations tenues au journal "Le Figaro" par l’ancien Président de la République Jacques Chirac qui, du haut de ses presque 82 ans (dans un mois et demi) et malgré les déclarations assassines de son épouse Bernadette sur Europe 1 le 28 septembre 2014, a carrément adoubé celui qu’il a toujours considéré comme son dauphin, son héritier, son fils aîné spirituel (les deux autres étant Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy), comme "le meilleur d’entre nous" : « J’ai toujours su qu’Alain Juppé serait au rendez-vous de son destin et de celui de la France. (…) Peu de choses pouvaient me faire plus plaisir, pour moi-même, pour lui et surtout pour notre pays. » (1er octobre 2014).

Il ne manque plus que l’appel de Valéry Giscard d’Estaing, et, pourquoi pas ? d’outre-tombe, de Georges Pompidou et de Jacques Chaban-Delmas, pour compléter le tableau. Je plaisante un peu, pourtant, l’hypothèse d’Alain Juppé me paraît très sérieuse.

Dans l’offre politique actuelle, Alain Juppé représente tout ce qui manque à la France depuis le départ de Jacques Chirac en 2007 : une autorité, une capacité à rassembler, une volonté de ne plus cliver mais au contraire de pondérer les aspérités d’une société à la cohésion sociale très fragile, une compétence, une expérience. J’ajouterais même, mais rien n’est jamais acquis dans le domaine affectif, une stabilité conjugale qui devrait ne regarder certes personne mais qui permettrait quand même d’en finir avec les ragots d’alcôves présidentielles qui viennent encore de faire la risée des médias étrangers.
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La bataille de la primaire ouverte à l’UMP pour l’élection présidentielle de 2017 va être rude, car Alain Juppé ne sera pas seul : il y aura probablement en face de lui Nicolas Sarkozy, François Fillon et d’autres candidats comme Xavier Bertrand. Si son image paraît plutôt élogieuse auprès des Français sondés dans les enquêtes d’opinion, il a quelques obstacles à franchir pour convaincre qu’il pourrait faire un bon Président de la République de 2017 à 2022.

L’émission toujours autant interminable animée par David Pujadas est devenue de plus en plus une sorte de séance de psychanalyse de groupe qui n’a rien de politique. Mettre l’invité face aux critiques de ses concitoyens. Pour Alain Juppé, qui devait entendre la réaction qui ne lui était pas favorable des militants UMP venus écouter Nicolas Sarkozy à Lambersart le 25 septembre 2014, c’était un véritable exercice d’introspection où il a dû passer au peigne fin tous les handicaps qu’on lui impute.
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D’abord, c’est un élément majeur constitutif de la personnalité et c’est factuel, son âge. Il a 69 ans et à la fin de son quinquennat éventuel, il aurait 76 ans, ce qui est beaucoup dans des fonctions qui nécessitent énergie, réactivité, endurance (et être candidat, cela en nécessite même encore plus !). Alain Juppé a retourné ce défaut en avantage, en évoquant son expérience au service de l’État, et aussi, sa capacité à ne pas refaire les mêmes erreurs.

L’autre caractéristique factuelle, c’est sa condamnation judiciaire en 2004. Il a sans doute payé pour d’autres, cela lui a brisé son chemin présidentiel de l’époque, et même si c’est du passé, même si la peine a été totalement purgée, il aura du mal à convaincre de sa volonté de moralisation de la vie politique. C’est pourquoi Alain Juppé est revenu sur le sujet en renonçant à la notion d’exemplarité, mais en parlant d’honnêteté, rappelant que la cour d’appel avait attesté qu’en aucun cas, il n’y avait eu d’enrichissement personnel dans les affaires le concernant.

Ensuite, sa trajectoire politique a montré qu’il était capable de beaucoup d’arrogance, peu à l’écoute des partenaires sociaux et avec le profil du technocrate froid. Ce trait de caractère, rappelé assez méchamment par Bernardette Chirac, ne semble cependant plus d’actualité. À Bordeaux, il est au contraire un maire ouvert et rassembleur, prêt à prendre les meilleures propositions, apprécié de ses administrés. Au contraire, certains militants UMP sembleraient plutôt le taxer de "droite molle", ce qui n’a pas manqué de l’amuser avec justement son (ancienne) réputation d’autoritarisme (rappelant sa malheureuse expression « droit dans les bottes » pour résister aux dures grèves de fin 1995).
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Enfin, la difficulté réside également dans ses réseaux, qui seraient assez peu développés depuis dix ans, voire quasiment inexistants. À l’exception des anciens ministres Benoît Apparu et Hervé Gaymard, ainsi que du député-maire du Havre Édouard Philippe, aucun leader national de l’UMP ne se qualifient ouvertement de juppéistes, au risque de rimer avec passéiste. Félicitant Bruno Le Maire pour la rédaction d’une chartre pour la primaire, Alain Juppé n’a pas douté qu’il serait de convaincre de nombreux parlementaires le moment venu. En effet, comme François Hollande assez seul en 2010, les élus n’hésitent pas à aller soutenir celui que les sondages placeront en tête de liste, pour simplement être plus sûrs de gagner l’élection présidentielle.

N’étant pas à l’Assemblée Nationale, ni impliqué dans la direction de l’UMP depuis 2004, cela lui permet aussi de dire qu’il ne connaissait pas l’entreprise Bygmalion (à l’inverse de François Fillon qui, le même jour, rappelait que cette entreprise était connue à l’UMP depuis longtemps, comme prestataire du parti, cela pour mettre en défaut Nicolas Sarkozy qui affirmait ignorer jusqu’à son nom encore récemment).

Au fil de sa prestation télévisée, Alain Juppé n’a pas manqué de citer en référence quelques socialistes comme Michel Rocard et Lionel Jospin, et s’exprimé avec détail et modération sur la situation catastrophique des finances publiques (le seuil symbolique des 2 000 milliards d’euros de dette publique ayant été franchi au 2e trimestre 2014).
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Opposé à Jean-Marie Le Guen, le Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement (le PS n’avait-il donc aucun leader politiquement plus important à lui opposer ?), Alain Juppé a expliqué avec détail que les 21 milliards d’euros d’économies présentés dans le projet de budget 2015 ne correspondaient pas à une diminution des dépenses publiques, mais à une réduction de l’augmentation des dépenses ! Le Ministre des Finances et des Comptes publics Michel Sapin a toujours adoré jongler avec les chiffres, à les tordre pour communiquer des éléments de langage rassurants. Pourtant, la réalité est là et le déficit ne sera pas maîtrisé à 3% avant 2017 dans les meilleures projections …du gouvernement.

Alain Juppé a su répondre sur le bon ton à une responsable associative qui lui avait posé une question à la limite de l’insulte, préjugeant sur ses capacités à faire reculer les discriminations, en lui opposant son action à Bordeaux où le conseil municipal venait justement de décider d’une nouvelle initiative pour lutter contre les discriminations.

Face à la députée FN Marion Maréchal-Le Pen, Alain Juppé a voulu affronter l’idéologie du FN sur l’immigration ou sur l’islam, thèmes qu’avait choisis Marion Maréchal-Le Pen dans sa prestation (des thèmes qui tournent visiblement à l’obsession, j’aurais voulu mieux connaître les positions du FN pour redresser l’économie française et réduire le chômage). Si Alain Juppé est par exemple favorable à une réforme de l’aide médicale aux étrangers, surtout pour des actes prévus à l’avance afin de ne pas encourager un tourisme médical, c’est pour que les nationaux qui cotisent puissent avoir les mêmes droits et surtout pas pour exclure les étrangers de la solidarité nationale (notamment en ce qui concerne les maladies infectieuses).
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La plupart des journalistes posant des questions à cette émission ne cherchaient pas vraiment à faire de la politique, ni à essayer de comprendre ce qu’Alain Juppé proposait aux Français, mais à lui faire dire une petite phrase pour en faire un scoop. Ainsi, beaucoup de lourdeur dans les questions pour tenter un dérapage sur ses relations avec Nicolas Sarkozy qui avait déclaré le 21 septembre 2014 qu’il l’avait rencontré à l’âge de 20 ans et qu’il aurait besoin de lui. Symétriquement, Alain Juppé a juste répondu qu’il avait rencontré pour la première Nicolas Sarkozy à l’âge de 30 ans et qu’il aurait, lui aussi, besoin de lui.

Est-ce que l’ancien Premier Ministre de Jacques Chirac a réussi à convaincre les téléspectateurs que son envie de l’Élysée était à la fois réelle et porteuse d’espoir pour l’avenir du pays ? Je le souhaite en tout cas, car c’est exactement le type de personnalité dont le pays a aujourd’hui besoin, quelqu’un à l’autorité naturelle (elle n’a jamais été remise en cause), aux compétences confirmées et reconnues, et qui a réellement changé dans son écoute avec le peuple. Bref, ni un hyperprésident, ni un président mollement normal.

Il reste que le processus de la primaire ouverte au centre droite risque de se transformer assez rapidement en "Vacances mortelles", titre du téléfilm qui était curieusement diffusé sur une autre chaîne de télévision juste après la (très longue) prestation d’Alain Juppé.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Sondages favorables à Alain Juppé.
Le projet d’Alain Juppé.
Alain Juppé, la solution pour 2017 ?
En débat avec François Hollande.
Au Sénat ?
L’UMP en 2014.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
François Fillon.
Jean-François Copé.
François Baroin.
Bruno Le Maire.
Dominique de Villepin.
Gérard Larcher.
François Bayrou.
La ligne Buisson.
Valéry Giscard d’Estaing.
Jacques Chaban-Delmas.
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