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Louise de Bettignies, vie et mort héroïques

Par Mpbernet

bettignies

En ces temps de commémoration de la Grande Guerre, je trouve qu'on évoque peu souvent les exploits des femmes. Certes, elles ne combattaient pas en première ligne, mais certaines ont risqué leur vie et l'ont sacrifiée à la Patrie, et la mémoire collective devrait leur en être plus reconnaissante.

Je pense en particulier à ma petite-fille Camille qui, depuis ses premiers jours de classe, fréquente l'excellent établissement de Sainte Ursule – Louise de Bettignies et qui ne doit rien ignorer du destin valeureux et tragique de la femme qui donna son nom à son école. Mais qui se souvient des exploits de cette jeune fille noble et désargentée du Nord ?

Cette discrétion sied pourtant à cette femme très pieuse qui fut agent secret, espionne pour le compte des Anglais … pas une affolée de son corps comme Mata-Hari ou Marthe Richard, dont les « exploits » n'ont pas donné bonne réputation à la dangereuse mission d'espionne.

Louise de Bettignies (1880 – 1918) a poursuivi des études secondaires sérieuses puis un cursus universitaire chez les Ursulines à Upton, Oxford et enfin à la Faculté des Lettres de Lille jusqu'en 1906. Elle travaille comme préceptrice, elle voyage en Italie, Galicie, en Bavière. Elle décline cependant l'offre de s'occuper des enfants de François-Ferdinand d'Autriche et rentre à Lille au début de 1914. Après les intenses bombardements de Lille, elle est recrutée avec sa sœur Germaine comme infirmière « Croix-Rouge ». Elle est quadrilingue (Anglais, allemand et italien). A ce titre, elle écrit sous la dictée de blessés allemands mourants, à leur famille.

Elle décide bientôt de s'engager dans la résistance et l'espionnage pour le compte de l'Intelligence Service qui l'envoit faire un stage des techniques de base à Folkestone : écriture à l'encre sympathique, usage des codes, observation des mouvements de troupes et des voies ferrées...

Léonie Vanhoutte

Avec sa collaboratrice roubaisienne Léonie Vanhoutte, dite « Charlotte » elle développe un réseau - sous le pseudo d'Alice Dubois - de 80 personnes, se travestit, franchit les lignes, centralise les informations sur les positions allemandes qu'elle transmet via les Pays-Bas restés neutres.

Imprudence ou trahison, elle est arrêtée par les Allemands le 20 octobre 1915, et condamnée à mort en mars 1916, sa peine étant cependant commuée en prison à perpétuité. Affaiblie par les difficiles conditions de sa détention, elle meurt de maladie le 27 septembre 1918 après une opération chirurgicale menée dans d'atroces conditions, alors que sa famille négociait sa libération.

Voilà un destin hors du commun, plus vrai que dans les romans de Somerset Maugham, aussi héroïque que celui de Georges Guynemer, mais resté bien mal connu.

ldebettignieslivre

Un récent ouvrage, écrit par Chantal Antier* éclairera ceux qui voudraient en savoir davantage.

Pour notre Camille en tous cas, et sans l'ombre d'un doute, une figure tutélaire.

*Publié en 2013 aux éditions Tallandier, 224 p.


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