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Le Livre de ma mère [Albert Cohen]

Publié le 21 octobre 2014 par Charlotte @ulostcontrol_
Bonjour à tous,

Quand j'ai terminé Belle du Seigneur, je ne voulais pas lire d'autres livres d'Albert Cohen puisque j'avais l'impression que c'était impossible de faire mieux. J'ai longtemps lorgné sur Solal par exemple, mais je n'ai jamais franchi le cap, j'appréhendais trop cette lecture. Mais j'ai finalement changé d'avis et je me suis lancée dans la lecture de Le Livre de ma mère, un récit autobiographique dans lequel Albert Cohen nous raconte les souvenirs qu'il a de sa mère, alors que celle-ci vient tout juste de mourir.

Le Livre de ma mère [Albert Cohen]Peu de livres ont connu un succès aussi constant que Le livre de ma mère. Ce livre bouleversant est l'évocation d'une femme à la fois "quotidienne" et sublime, une mère, aujourd'hui morte, qui n'a vécu que pour son fils et par son fils. Ce livre d'un fils est aussi le livre de tous les fils. Chacun de nous y reconnaîtra sa propre mère, sainte sentinelle, courage et bonté, chaleur et regard d'amour. Et tout fils pleurant sa mère disparue y retrouvera les reproches qu'il s'adresse à lui-même lorsqu'il pense à telle circonstance où il s'est montré ingrat, indifférent ou incompréhensif. Regrets ou remords toujours tardifs. "Aucun fils ne sait vraiment que sa mère mourra et tous les fils se fâchent et s'impatientent contre leurs mères, les fous si tôt punis."

Albert Cohen commence ce roman alors qu’il vient à peine de perdre sa mère, sa douleur est donc à son paroxysme. Avec beaucoup de nostalgie, il évoque ses souvenirs d’enfance, ses comportements d’adolescent ingrat, son statut d’adulte orphelin, et nous raconte les souvenirs qu’il garde de sa mère.Cette figure maternelle est ainsi idéalisée, presque mystifiée, et est d’autant plus sublime qu’elle est morte. Ce livre est plus qu’un recueil de souvenirs heureux et émouvants, c’est un véritable hommage à sa mère.La première chose dont nous parle ainsi Albert Cohen, c’est de la difficulté de faire son deuil lorsque l’on perd quelqu’un qui nous est si proche. En suivant l’auteur dans ce récit, c’est comme si on lisait son journal intime puisqu’on le voit traverser toutes les étapes du deuil : le choc, la volonté de la rejoindre, le regret, le questionnement, la prise de conscience de l’absurdité de la vie et de la mort… Autant d’étapes très différentes les unes des autres et qui semblent torturer le narrateur.C'est alors l’occasion pour Albert Cohen de se souvenir de tous les moments heureux passés avec sa mère. Mais rappeler le souvenir de sa mère, c’est aussi et surtout raviver le souvenir de son enfance et replonger dans celle-ci comme en des moments de tendresse et d’innocence.
« Ô mon passé, ma petite enfance, ô chambrette, coussins brodés de petits chats rassurants, vertueuses chromos, conforts et confitures, tisanes, pâtes pectorales, arnica, papillon du gaz dans la cuisine, sirop d’orgeat, antiques dentelles, odeurs, naphtalines, veilleuses de porcelaine, petits baisers du soir, baisers de Maman qui me disait, après avoir bordé mon lit, que maintenant j’allais faire mon petit voyage dans la lune avec mon ami un écureuil. » p.55
J’adore ces passages où l’écriture d’Albert Cohen a l’air de ne pas être travaillée, on la sent simple et spontanée, comme s’il écrivait tout ce qui lui venait à l’esprit : il associe des idées les unes aux autres sans respecter d’autre logique que celle de la spontanéité. En écrivant ainsi il associe l’image de la mère à l’enfance et rend hommage à l’une comme à l’autre.Remarquez d’ailleurs la poésie de ce passage, les rimes présentes à l’intérieur même du paragraphe, les sonorités qui se font écho les unes aux autres : chromos/conforts/confitures (allitérations en « r » et « k », assonance en « o »), dentelle/porcelaine, arnica/orgeat, … Si vous n’avez pas peur d’être ridicule, essayez de lire le texte à voix haute, on se rend tout de suite compte de la musicalité de l’extrait !Enfin, une des particularités de ce livre (et du genre autobiographique en général), est qu’il s’adresse non seulement au lecteur, mais aussi à l’auteur lui-même.Au lecteur, Albert Cohen s’adresse de manière explicite puisqu’il l’apostrophe franchement en fin de livre : « Fils des mères encore vivante, n’oubliez plus que vos mères sont mortelle. Je n’aurai pas écrit en vain, si l’un de vous, après avoir lu mon chant de mort, est plus doux avec sa mère, un soir, à cause de moi et de ma mère. » p.169Mais on sent bien également que le processus d’écriture permet à Albert Cohen de donner du sens à sa douleur : c’est un moyen pour l’auteur de faire son deuil et de dire adieu à sa mère. Il le dira d'ailleurs lui-même : « Voilà, j'ai fini ce livre et c'est dommage. Pendant que je l'écrivains, j'étais avec elle. ». L’écriture est conçue une thérapie puisqu’elle permet à la douleur de s’épanouir ; on ne compte plus d’ailleurs le nombre de fois où le narrateur répète le mot « morte », comme pour essayer l’accepter.Tout au long du roman, on passe donc du rire aux larmes, de la joie d'avoir vécu des moments heureux au désespoir… pour finir à la fin sur une note très ambigüe, à la fois triste et heureuse. La fin de ce roman est en effet très particulière, pleine d’espoir et d’amertume à la fois ; il s’agit très certainement d’une fin de roman dont je me souviendrai longtemps – mais je ne vous en dit pas plus, ce serait vous gâcher la surprise !Le Livre de ma mère [Albert Cohen]
→ MON AVISCe livre est surement un des plus touchants que j’ai lus. L’émotion qui se dégage de récit est particulière, elle prend aux tripes et elle bouleverse vraiment quelque chose en nous. Avant de parler de la maternité, c’est avant tout de son propre deuil que nous parle Cohen, de son émotion qui n’est pas une simple tristesse un peu mélancolique, mais qui est beaucoup plus douloureuse, profonde, presque physique : c’est impossible de rester insensible face à une telle douleur.Mais ce qui rend ce livre encore plus touchant et unique, c’est évidemment le thème du deuil de la mère ; Albert Cohen ne fait pas dans ce livre le deuil de n’importe qui. A travers sa propre mère, c’est de toutes les mères qu’il parle, le sujet qu’il aborde est universel. Ce livre est donc d’autant plus touchant qu’il nous invite à nous interroger sur l’amour que l’on porte à notre propre mère, à notre réaction le jour de sa mort, aux regrets que l’on peut avoir…J’ai beaucoup aimé le style de Cohen. Son écriture est vraiment unique, il a un sens du rythme incroyable qui se ressent à chacune de ses phrases. Ses paragraphes ont un ton tellement théâtral que je me surprends parfois à les lire à voix haute (j’ai l’impression que quelque chose m’échappe en les laissant écrits). La musicalité dont je vous parlais plus haut se retrouve vraiment dans chacun de ses phrases : en lisant du Cohen, j’ai l’impression de lire un texte à mi-chemin entre la poésie et la musique. Je n'ai lu que deux livres de lui, mais je pense que c'est un des auteurs que je préfère.Il arrive vraiment à émouvoir le lecteur et à nous faire ressentir ses propres sentiments. Je ne suis pas vraiment du genre à pleurer en lisant un roman, mais ça ne me surprendrait pas que celui-ci vous en arrache quelques unes.Vous l’avez surement compris : ce roman est un gros coup de cœur et m’a d’ailleurs donné très envie de mieux découvrir Albert Cohen. Je vous le conseille sans hésiter, peu importe votre humeur du moment ou le style de roman que vous aimez, c’est impossible que ce livre vous laisse indifférent.


Dites-moi : y a-t-il un livre qui vous a fait réfléchir sur votre mère ou vos parents en général ? Avez-vous déjà lu du Albert Cohen ?


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