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Journal de bord période #4

Publié le 21 octobre 2014 par Romuald Le Peru @SwedishParrot

Lundi 13 octobre

Le week-end a passé vite, comme tous les week-end et m’a apporté son lot de réconfort. J’ai des envies de rangement terribles, de classement, parce que j’ai trop laissé trainer les choses et que je me retrouve avec tout ce que j’ai accumulé pendant de longs mois à l’abandon. J’ai mis dans des sacs tout ce que j’ai ramené de Turquie, de Thaïlande et d’Indonésie, des petits sacs épars pleins d’étiquettes, de tickets de bus ou d’entrée de temple et de sites archéologiques, des capsules de bouteilles de sodas aux noms exotiques, des pièces de pays où je n’ai fait que passer, des étiquettes de supermarché, des tracts publicitaires, de tout un tas de choses que je n’ai pas pris le soin de trier et que je n’arrive pas à jeter. Je suis toujours entouré de ma propre multitude dont je n’arrive pas à me départir. Alors j’ai fait un premier tri, jeté beaucoup de choses, me concentrant sur l’essentiel, ne gardant que le significatif, ce qui attire l’œil et l’esprit.

Nous buvons nos verres de menthe dans un silence rare sous les Tropiques et que ne trouble pas même le ventilateur arrêté. Silence sans cris chantants de marchands ambulants, sans pétards chinois, sans oiseaux, sans cigales. Un vent très léger venu de la baie incline mollement les nattes tendues au travers des fenêtres, découvre un triangle du mur blanc couvert de lézards endormis et apporte l’odeur de la route dont le goudron cuit ; parfois, seul, l’appel d’une sirène lointaine, solitaire et comme étouffé, monte de la mer…

André Malraux, Les conquérants, 1928

Mardi 14 octobre

Pris dans mon élan, j’ai continué à classer mes affaires, à jeter. Demain, troisième phase. Le rangement participe de l’harmonie du monde.

Mercredi 15 octobre

Encore un projet dans le tête. Sans le faire exprès, en regardant les œuvres d’Aurel Stein, et en me rendant compte qu’aucun de ses livres n’avait été traduit en français, j’ai bien envie de me lancer dans l’aventure, comme si je n’avais pas assez de choses à faire comme ça. Mais à peine en ai-je déjà parlé que je me suis lancé. Ruines enfouies du Khotan…

Jeudi 16 octobre

Juste terminé le livre d’Antoine Sfeir, L’islam contre l’islam, L’interminable guerre des sunnites et des chiites, en forme de réquisitoire contre la peur qu’inspire l’état théocratique d’Iran. Un simple rappel semble remettre les choses à leurs places :

La diabolisation de l’Iran touche le peuple, mais ne gène pas le régime. Il est vrai que ce régime théocratique dérange les Occidentaux, alors que les régimes théocratiques séoudien ou qatari ne leur posent aucun problème, alors même que le Qatar est en train d’acheter les banlieues et de s’implanter durablement en France en y important un islam rigoriste. Ce sont d’ailleurs des alliés. Deux poids, deux mesures. Ce que les Iraniens dénoncent et ont du mal à accepter.

Quoi qu’il en soit, la France a du mal avec l’islam et le comprend tellement peu qu’elle fait des alliances contre-nature et ne sait même plus où sont ses amis. Elle n’arrive plus à dialoguer avec l’Algérie, avec le Liban, avec la Libye, et encore moins avec la Syrie qui a été arrosée pendant des années depuis les accords Sykes-Picot. Des gens qui ont signé un accord en 1916 et dont on a même oublié les fonctions sont à l’origine de ce qui se passe cent ans plus tard. La France ne sait pas dialoguer avec les pays arabes, et encore moins avec les musulmans, qu’ils soient de France oui d’ailleurs. Lorsque j’entends que les musulmans ne font aucun effort pour s’intégrer en France et que les jeunes qui naissent aujourd’hui, même après des générations d’installation sur le territoire, devraient quand-même porter des prénoms français, je me demande ce qui n’a pas fonctionné dans les avancées éthiques que nous nous sommes pris en pleine figure. Où en sont certains ? Où en êtes-vous avec votre sentiment d’appartenance française ? Où en êtes-vous avec l’islam ? Comprenez-vous suffisamment mal cette religion pour la diaboliser ainsi et poser de manière radicale sur les tarés qu’on connaît aujourd’hui le nom d’ « islamistes »? J’entendais parler un jeune imam à la télévision qui disait que la première chose à faire avec ces tarés était de ne pas les appeler comme ça, car ils n’ont plus rien à voir avec l’islam ; ils le dévoient en le corrompant et en l’interprétant dans n’importe quel sens. Ce que les Français n’ont pas compris, c’est que plus ils se braqueront contre l’islam, et plus l’État laissera les banlieues se faire pénétrer par un islam radical, plus les banlieues se braqueront contre l’État. Rien de bon ne sortira de tout ça. Une fois encore, le meilleur moyen de faire d’une religion qu’on ne connaît pas une ressource pour son propre pays, c’est d’essayer de la comprendre. Mais si c’était dans les habitudes de la France, ça se saurait depuis longtemps.

Vendredi 17 octobre

La semaine tire à sa fin, les jours sombrent et l’angoisse d’un nouveau départ, même pour une destination très proche, me saisit à nouveau. Demain je pars pour trois jours au Luxembourg, sur les traces de ces quelques jours passés avec mes grands-parents il y a bien des années.

Photo d’en-tête © Alexandre Moreau


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