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Les Héritiers

Publié le 30 octobre 2014 par Cinephileamateur
heritiers_01.jpg De : Marie-Castille Mention-Schaar.
Avec : Ariane Ascaride, Ahmed Drame, Noémie Merlant, Geneviève Mnich, Stéphane Bak, Wendy Nieto, Mohamed Seddiki, Aïmen Derriachi, Xavier Maly, Léon Zyguel, Adrien Hurdubae...
Genre : Drame.
Origine : France.
Durée : 1 heure 45.
Date de sortie : 3 décembre 2014.
Synopsis : Lycée Léon Blum de Créteil, une prof décide de faire passer un concours national d'Histoire à sa classe de seconde la plus faible. Cette rencontre va les transformer.
Bande annonce française
"- Madame, pourquoi on parle toujours des juifs ?
- Les enfants et les adolescents... Pas de religion, pas de nationalité..."

4.0
Les Héritiers
A la base, "Les Héritiers" ne me tentait pas plus que ça. J'ai du mal avec les films sur la banlieue qui ont une tendance à me saouler et l'affiche me laissait présager d'un film qui ne sortait pas plus du lot que ça. Puis je suis tombé sur la bande annonce et je me suis dit que ça pourrait être intéressant. Du coup, lorsqu'une avant-première de ce film a eu lieu dans mon cinéma en présence de Marie-Castille Mention-Schaar, Ahmed Drame et Stéphane Bak, je me suis dit que ça serait une bonne occasion de le découvrir et d'aller même un peu plus loin avec le débat qui suit.
Je ne vais pas revenir sur la discussion qui a suivi la projection même si c'était très intéressant (merci d'ailleurs à eux d'être resté plus d'une heure avec nous après le film) en revanche pour en revenir au film, ce que je peux dire c'est que j'ai beaucoup aimé, même plus que ce que je pouvais prévoir. J'ai trouvé que ce scénario écrit par Marie-Castille Mention-Schaar et Ahmed Drame était vraiment bon et réussissait à sortir un peu du lot de ce que je pouvais voir sur la banlieue.
Pourtant, le résultat est assez prévisible et il y a même un côté assez scolaire dans l'écriture de cette histoire mais par-dessus tout et ce qui peut "effacer" un peu ses quelques défauts, c'est l'authenticité que l'on ressent dans les propos du film. Pour une fois, je n'ai pas eu l'impression d'être dans une caricature de la banlieue. On a des personnages hauts en couleurs avec des caractères forts, on a une image pas toujours belle de cette banlieue avec le regard que les autres peuvent avoir mais à côté de ça, on a aussi autre chose.
Le scénario nous montre qu'un élève en banlieue n'est pas juste un wesh-wesh qui aime faire sa racaille. Ils nous montrent des adolescents tous différents des uns des autres avec leurs propres identité qui ont certes un peu de mal à évoluer dans une société qu'ils ne comprennent pas et qui ne semblent pas vouloir d'eux mais des adolescents qui sont aussi capable de prendre conscience du monde qui les entoure pour peu qu'on accepte de les accompagner. On à de jeunes adolescents qui peuvent être à l'écoute quand ils sont en confiance et qui peuvent même aller plus loin que le chemin qu'on leur prédestinait.
J'ai toujours eu du mal avec cette image de la banlieue fataliste. Je viens de banlieue, j'y aie vécu plus de 25 ans et j'ai du mal avec cette image que véhiculent certains films, certains reportages etc etc comme quoi en banlieue, il n'y a que des fainéants, racailles de service qui se drogue et qui se moque totalement du monde. On pointe toujours la même minorité et on ne cherche même pas à la comprendre. J'ai aimé pour le coup, même si c'est très facile dans la construction, le fait qu'on montre une autre image, qu'on montre une image d'union entre ses jeunes. Pour une fois, les jeunes de banlieue me sont apparus réaliste. J'ai pas eu le droit à de pré-pubères qui se coiffe comme Justin Bieber avec des fringues ridicules.
Le film n'oublie pas de pointer du doigt le dysfonctionnement qu'il peut y avoir dans certains lycées, dans certaines cités mais il véhicule aussi un message plein d'espoir qui montre que chacun est libre de son destin, de ses choix et que parfois, il suffit juste d'une seule personne pour tout changer. J'ai en tout cas trouvé les différentes situations suffisamment réaliste pour reconnaître un peu ma scolarité dans différents aspects de ce film.
Au-delà de la simple image de la banlieue qui me change un peu de ce que j'avais déjà pu voir, il y a aussi un très beau message d'espoir dans ce long métrage. J'ai beaucoup aimé le côté être à l'écoute des autres et chercher à comprendre le passé pour tenter, non pas de changer le monde, mais au moins contribuer à ce qu'il soit un peu meilleur pour soi-même. J'ai apprécié cette façon de bousculer un peu certaines mentalités dans cette classe, de remettre certains éléments dans leurs contextes, de leurs apprendre à ne pas s'emballer pour un rien, de prendre le temps de leur expliquer et surtout de combattre le racisme et les amalgames avec un message de tolérance et d'ouverture aux autres qui doit se faire dans les deux sens. Ici, pas question de faire changer de point de vue son interlocuteur mais juste de le faire réfléchir et de le comprendre afin de pouvoir échanger dans le respect. Un message très simpliste mais un message qui fait du bien de nos jours je trouve.
De même, en choisissant un tel thème de travail pour leurs concours (les enfants et les adolescents dans les camps de concentration nazi), j'ai trouvé que le film ne faisait jamais fausse route. Il replace bien la dureté de l'époque en nous faisant prendre conscience de ce passé tragique pour permettre à ses jeunes de ne pas retomber dans le piège de la propagande et du clivage. Les discussions de travail sur la devise française changé durant la guerre, l'interprétation d'une bande dessinée qui redonne une identité aux gens qui ont été dans les chambres à gaz, la différence entre un génocide et un massacre de guerre etc etc sont autant de débat fort intéressant que l'on nous apporte avec un regard frais et qui interpelle le spectateur, invité à se faire lui aussi des réflexions sur le sujet.
C'est un message d'ouverture et de tolérance que j'ai beaucoup aimé. Adapté d'une histoire vraie, j'ai apprécié le fait de voir que la jeunesse n'est pas totalement perdue contrairement à ce que certains essaient de nous faire penser. Le scénario est en tout cas très riche en humour et en émotion. Même dans le bordel généralisé qu'il peut y avoir, je suis resté en tout cas captivé de mon côté de bout en bout. Encore une fois, c'est très scolaire avec pas mal de choses prévisible et une route qui semble toute tracé mais il y a aussi des petits chemins que j'ai aimé prendre et qui font que ce long métrage se démarque un peu de ce que j'avais l'habitude de voir. Puis, je trouve que ça reste très bien écrit. On sent le côté très autobiographique de l’œuvre chez Ahmed Drame et c'est vraiment cette authenticité qui fait que ça marche.
Devant la caméra, pour donner vie au professeur Anne Gueguen qui tient tête à cette classe turbulente, il fallait une actrice capable d'être charismatique à l'écran, montrer une certaine autorité tout en étant attachante et paraitre crédible dans la peau d'un instit qui veut ouvrir l'univers de ses élèves et leur redonner confiance. Ariane Ascaride est parfaite dans ce registre. Elle à vraiment la tête de l'emploi et est très convaincante. A aucun moment je n'ai vu l'actrice, j'ai juste vu son personnage que j'ai tout de suite apprécié et qui m'a lui aussi paru très crédible dans sa façon d'être présenté. La comédienne livre en tout cas une très bonne performance je trouve et montre l'étendue de son talent sans trop en faire pour autant.
Derrière elle, le casting est aussi varié que ce que pouvait être cette classe. En prenant quasiment pas d'acteurs professionnel, la distribution contribue aussi à donner ce côté réaliste que l'on recherche et j'y ait cru pour ma part. Le jeu des différents jeunes comédiens n'est pas exceptionnel mais c'est tant mieux car c'est dans leurs failles, leurs maladresses, leurs légèretés que ses différents caractères vont bien se dessiner et nous paraitre crédible.
C'est ainsi que j'ai bien aimé justement Ahmed Drame dans le rôle de Malik. On sent que l'acteur est aussi à l'écriture du scénario et que c'est son histoire que l'on raconte car le film est très centré sur lui, il en fait presque un leader dans cette classe. Le jeune comédien s'en sort vraiment bien en tout cas. Il existe à l'écran et est convaincu par ce qu'il fait. J'ai aimé la façon dont on nous montre sa prise de conscience, tout en douceur avec quelques scènes peut être anodine mais que j'ai trouvé très forte comme la scène de la boîte aux lettres, celle du bus ou encore celle avec l'ami converti depuis peu à l'Islam que j'ai trouvé d'ailleurs au passage fort bien écrite.
Parmi les autres "élèves" de cette classe, Stéphane Bak en Max est sympathique. Je ne suis pourtant pas spécialement fan de l’humoriste mais il a su être juste avec son personnage sans être risible. J'ai eu un peu de mal au début avec Noémie Merlant en Mélanie qui en fait peut-être un peu trop mais son évolution n'en demeure pas moins très intéressante. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé le parallèle que son personnage fait avec Simone Veil et la force que peut avoir le devoir de mémoire. J'ai trouvé que c'était une riche idée d'évoquer cette combattante qui défend ses idées et qui est aussi une féministe bien loin de l'image que l'on peut nous montrer parfois de ce mouvement...
L'évolution de Wendy Nieto en Jamila est aussi très intéressante avec cette pression de regard que l'on exerce sur elle et sa volonté de vouloir continuer d'exister en tant que femmes tout en évitant de se faire ennuyer par certains jeunes (et oui si le message du film est positif, le film à la riche idée de nous montrer que tout n'est pas rose malgré tout dans ce genre de banlieue et la scène de l'escalier est en ça très dur moralement). Le jeune Adrien Hurdubae en Théo fait lui aussi parti de ceux que l'on retient. Il ne bénéficie de quasiment aucuns dialogues mais on est assez touché par lui et son côté un peu paumé. Mohamed Seddiki en Olivier / Brahim montre lui aussi des choses intéressante à travers son rôle que je trouvais importante de dire.
Côté casting plus "adultes", Geneviève Mnich en Yvette est très bonne. Peut-être un peu légère par moment dans sa façon de s'adresser aux élèves, j'ai quand même apprécié sa présence qui seconde bien Ariane Ascaride avec qui elle forme un duo très complémentaire. Xavier Maly dans le rôle du proviseur est lui aussi excellent. Crédible dans la peau de son personnage, il interprète bien son rôle de façon très cohérente avec une logique que j'ai beaucoup aimé comme lors de la scène d'ouverture ou celle du conseil de classe avec une repartie qu'il a envers le parent d'élèves que je trouve pertinent.
A noter aussi la présence de Léon Zyguel dans son propre rôle. Cet ancien déporté qui est aussi celui qui avait témoigné dans la classe d'Ahmed Drame lorsqu'il était encore au lycée à Créteil, nous offre un témoignage poignant. Pas de jeu d'acteur ici (d'ailleurs, au regard de son âge, cette scène a été faite en une seule prise sans indication de jeu pour lui mais aussi pour les autres acteurs) mais un discours qui ne peut pas laisser indifférent. C'est le témoignage qu'il livre en temps normal lorsqu'il visite des classes, c'est ainsi encore plus authentique et même si la scène peut paraître un peu longue car très scolaire vu qu'elle n'est pas travaillé cinématographiquement, c'est sans doute l'un des moments les plus forts du film où le spectateur, tout comme cette classe, prend conscience de cette Histoire que nous avons et de l'intérêt de la partager tout en évitant que ce que ce déporté à vécu se reproduise. Le passage sur l'infirmerie m'a en tout cas bien déstabilisé et ému (même si ce n'est pas le seul moment où je l'ai été).
Marie-Castille Mention-Schaar livre quant à elle une très bonne réalisation. Assez simple, assez classique, sans trop d'effets de style mais avec une utilisation des gros plans qui nous donne la sensation de faire partie de cette classe et de travailler sur ce sujet avec eux. On a ainsi un peu de mal quand c'est le bordel (le début du film peut en ennuyer certains) mais on vit mieux l'évolution de cette histoire et le changement de mentalité par la suite. La réalisatrice dépeint aussi le système éducatif avec un certain cynisme mais sans jamais le condamné pour autant ce qui est très appréciable à mes yeux.
Après, il y a certains passages qu'on ne peut pas éviter comme la scène du mémorial très calibré mais qui va avec le respect que cette scène impose mais d'une manière générale, j'ai quand même apprécié la réalisation de ce film, même lorsque la caméra bouge un peu trop mais qui montre bien le côté électrique qu'il peut y avoir dans cette classe. Les décors sont bien exploités, on ne s'ennuie jamais dans cette classe et j'ai bien aimé l'utilisation de la cour de récréation avec la citation de Léon Blum en fond qui répercute bien les propos du film.
Question montage, c'est assez efficace également. Il y a peu de temps morts et les ellipses ne nous perdent pas en cours de route. C'est assez rythmé et même si j'aurais aimé que le film dure un chouia moins longtemps, je suis quand même parti avec eux sans jamais être ennuyé ce qui est assez rare chez moi car j'ai vraiment beaucoup de mal avec les films traitant de la banlieue. La photographie est aussi très appréciable tout comme cette lumière brute et chaleureuse en même temps qui font que le film n'est jamais agressif.
La bande originale composée par Ludovico Einaudi est elle aussi très bonne. Tout en douceur, elle tranche un peu avec le tonus de cette classe pour nous recentrer sur le principal à savoir les propos que véhiculent le long métrage. J'ai trouvé la musique vraiment très belle, jamais lourde et en parfaite adéquation avec ce que j'avais sous les yeux. Au passage, j'ai aussi beaucoup aimé l'utilisation de la chanson "Nés sous la même étoile" du groupe IAM que j'aime beaucoup.
Pour résumer, je pensais être juste intéressé par "Les Héritiers" et au final ce fut une excellente surprise. Cet héritage que l'on veut nous transmettre fonctionne dans ce film émouvant et drôle qui puise sa grande force dans son authenticité. Si cinématographiquement, le film peut apparaître un peu scolaire, je me suis en tout cas laissé prendre au jeu et j'ai beaucoup aimé les différents messages que ce film véhiculent ainsi que les différents débats qu'il peut faire naitre avec cette faculté d'éviter les mélanges, les amalgames, les caricatures tout en s'ouvrant aux autres dans un message de tolérance. C'est un très beau film que je recommande chaleureusement en tout cas et que je reverrais même bien volontiers.
Liens divers :
  • "Nés sous la même étoile" interprété par le groupe IAM

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