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Lille : oh ! trésors ... - 1. exposition sésostris iii : prémices

Publié le 04 novembre 2014 par Rl1948

     Je suis intimement persuadé que l'art est intemporel, l'art est au-delà du temps et de l'espace. Cet art est universel, il est l'expression de toute l'humanité, de tous les temps. C'est un énorme défi à relever, mais c'est également une énorme responsabilité à endosser. Et comme il est beau de voir que l'on peut faire quelque chose de similaire à ce qui a été fait il y a 3500 ans.

Wolfgang  LAIB

repris de

Régis COTENTIN

Voyage au bout  de la vie

dans Catalogue de l'Exposition Sésostris III, Pharaon de légende,

Gand, Ed. Snoeck, 2014

p. 273.

     Pour cette rentrée après notre congé de Toussaint, la logique eût voulu que ce matin, amis visiteurs, je vous entretinsse de la dernière catégorie de fruits présents sur l'étagère de la vitrine 6, côté Seine, de la salle 5 du Département des Antiqutés égyptiennes du Musée du Louvre que nous détaillons de conserve depuis un long temps maintenant.

     Mais comme vous l'aurez assurément remarqué in situ, ce petit présentoir vitré semble avoir été quelque peu dépouillé de certains de ceux que j'avais évoqués avec vous.  

     Acte malveillant ?

     Rapide aller-retour dans les ateliers de rénovation des sous-sols ?      

     Que nenni ! 

     Ils ont tout simplement émigré vers d'autres cieux égyptophiles où j'ai éprouvé l'envie - ou l'irrésistible besoin - d'aller les saluer. En voisin.

     Cela vous agréerait-il de m'accompagner pour une petite escapade dans le Nord-Pas-de-Calais, dans la "Capitale des Flandres" ?

À Lille très exactement ? 

     Inutile que les trompettes de la Renommée juchées sur le faîte de la Porte de Paris, à l'une des anciennes entrées fortifiées de la ville, entonnent le péan aux fins de célébrer notre arrivée ;

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ou que des brassées de fleurs nous accueillent en gare de Lille-Europe.

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     Ne dérangeons pas Martine Aubry pour si peu ! Madame le Maire préfère polémiquer par presse interposée avec le Président François plutôt que nous offrir des tulipes de bienvenue, fussent-elles de Japon au lieu de Hollande.

     Et acheminons-nous dans le plus strict anonymat vers la place de la République.

     Le Palais des Beaux-Arts de Lille ne représentait pour moi qu'un vague reflet du style dit "Belle Époque" qui caractérisa la fin du XIXème siècle

Arriere-du-Palais-des-Beaux-Arts---Batiment-administratif.jpg

jusqu'à ce jour récent où  il s'offrit tout entier à mes yeux, tel un Neptune anadyomène s'ébrouant des flots,

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majestueux, d'une prestance qu'assoit l'heureux équilibre de colonnes et de frontons habillant d'esthétique les hautes fenêtres en plein cintre, parfaite harmonie architecturale que l'on croirait surgie de la somptueuse Renaissance italienne ... si l'on ne prenait garde à la présence de toits à la française.

     C'est en son sein que, depuis ce 9 octobre et jusqu'au 25 janvier 2015, se sont blottis, outre quelques monuments cardinaux, un certain nombre de modèles de fruits et légumes sur lesquels nous nous sommes abondamment penchés au Louvre.

 

Fruits - Lille (© Alain Guilleux)

     Mais que sont-ils donc venus faire en cette vitrine ? Pourquoi ont-ils souhaité changer de palais, quitter celui, parisien, des anciens rois de France et s'installer dans celui des Beaux-Arts lillois ? Préjugeaient-ils de définitivement échapper à notre présence ? Envisageaient-ils d'ainsi se soustraire à nos regards scrutateurs ? Espéraient-ils recouvrer un peu de cette quiétude dans laquelle ils somnolaient avant qu'ÉgyptoMusée vînt les importuner avec ses questionnements térébrants ?

     Pour l'heure, - et si j'en juge par ce que j'ai pu observer deux jours consécutifs -, ils seront, à l'avant-plan de cette petite vitrine, vraisemblablement moins ignorés à Lille qu'à Paris dans la mesure où ils ne sont pas oubliés dans un immense complexe de trente salles se succédant sur deux étages, mais figurent au sein d'une exposition dédiée à un seul souverain de ce que, après l'égyptologue allemand, Professeur-Docteur Dietrich Wildung, il est convenu d'appeler L'âge d'or de l'Égypte, le Moyen Empire et plus spécifiquement la XIIème dynastie, ce Sésostris III à propos duquel tout Lillois converse en public  

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et dont fait brillamment état toute la ville, de jour comme de nuit.

 

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     Il est exactement 10 heures, ce samedi 11 octobre : les portes du prestigieux musée s'ouvrent enfin ...

     Maintenant que nous avons reçu notre petit badge identificatoire, pénétrons de conserve, voulez-vous, dans le hall d'entrée qu'éclairent notamment deux imposants lustres en verre coloré - 6 mètres de diamètre -, oeuvre de l'artiste italien Gaetano Pesce,  

Hall-du-Palais-des-Beaux-Arts.jpg

et, tout de go, dirigeons-nous vers l'atrium, là-bas, sur notre gauche, pour découvrir dans ce lumineux espace, prémice à l'exposition égyptologique proprement dite, au sein d'oeuvres de deux artistes contemporains, le rapport qui est leur à la croyance des antiques habitants des rives du Nil en une vie post mortem : l'Anglais Antony Gormley et ses sculptures anthropomorphes creuses, et pourtant remplies d'air, en plomb, fibre de verre et plâtre, répondant avec bonheur à celles de l'Allemand Wolfgang Laib, - dont j'ai retenu une réflexion pour constituer l'exergue de ce jour.

     Ainsi, dès l'entrée, apercevons-nous, fulgurante métaphore du voyage de l'ici-bas à l'ailleurs éternel, ce corps d'homme couché, momifié, (Gromley) que, vers sa seconde vie matérialisée sur l'autre rive du fleuve par l'architecture pyramidale des premiers temps, (Laib), escalier ici en cire d'abeilles invitant le défunt à s'élever vers la lumière,  - les abeilles étant, dans l'Égypte antique, l'artiste nous le rappelle au passage, symboles de résurrection, d'immortalité -,pourrait emporter l'une des 88 barques solaires en cuivre doré posées sur des vaguelettes de riz. 

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     Observant ce paysage nilotique du haut de son cou démesurément long, un autre personnage, humain analogiquement obélisque s'élevant fièrement vers l'empyrée, porte ainsi à plus de quatre mètres de hauteur son regard sur l'au-delà de notre simple horizon.

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     Face à lui, de l'autre côté de l'atrium, une troisième oeuvre de Gromley nous permet de croiser un être en marche vers son destin, arborant sa longue maison de mémoire, symbole des nombreux souvenirs d'une vie entière, en parfait équilibre comme le sont, dans la scène de la psychostasie du Tribunal osirien, les plateaux de la balance pour les défunts qui ont avancé dans la vérité, l'ordre et la justice.

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     "Dans le souvenir de l'Art égyptien, les oeuvres de Wolfgang Laib et d'Antony Gormley renvoient à la question de la représentation d'une transcendance qui dépasse les théories religieuses. Elles traduisent une intuition spirituelle par l'expérience des sens. Elles soutiennent qu'une Présence est ancrée dans notre relation à l'oeuvre d'art, et qu'elle est fondée sur l'hypothèse non de Dieu ou d'autres divinités particulières mais d'une transsubstantiation de l'énigme de la Création."  

     (Régis COTENTIN, Voyage au bout  de la vie, dans Catalogue de l'ExpositionSésostris III, Pharaon de légendeGand, Ed. Snoeck, 2014, p. 270)

      ***

     Empruntons à présent un autre escalier, bien réel celui-là, qui nous conduira au coeur même de la raison pour laquelle nous avons tous entrepris cette escapade vers Lille, au deuxième sous-sol de son Palais des Beaux-Arts.

Entree-exposition-Sesostris-III.jpg

     Si la visite de cette prestigieuse exposition en ma compagnie vous tente, amis visiteurs, je vous propose de nous avancer de conserve vers la porte coulissante vitrée, là, sur notre droite, le 11 novembre prochain ...  

     A mardi ? 


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