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Marie-Sabine Roger : Trente-six chandelles

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Trente-six chandelles  de Marie-Sabine Roger    3,75/5 (26-10-2014)

Trente-six chandelles (278 pages) est sorti le 20 aout 2014 aux Editions du Rouerge (La brune).

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L'histoire (éditeur) :

Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l'heure de son anniversaire, Mortimer Decime attend sagement la mort car, depuis son arrière grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du martin, le jour de leurs 36 ans. La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées? Y a-t-il un gène de la scoumoune? Un chromosome du manque de pot? Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d'une malédiction familiale? Entre la saga tragique et hilarante des Decime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit un Mortimer finalement résigné au pire. Mais qui sait si le Destin et l'Amour, qui n'en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui?

Mon avis :

Dans un style plein d’entrain et enjoué, Marie-Sabine Roger  offre une histoire qui parle beaucoup de la mort mais qui met surtout la vie à l’honneur, parce que le destin n’est finalement pas écrit, il qu’il ne tient donc qu’à chacun de construire son avenir.

Bientôt 11 heures, Mortimer s’est mis sur son trente et un et attend tranquillement, allongé sur son lit, l’heure se mort. C’est comme ça, depuis 1623, les hommes de la lignée Decime naissent à 11 heures et meurent le jour de leur trente-sixième anniversaire à 11 heures. Morty attend son sort, celui-là même qu’a subit son père Maury, son grand père Maurice, son arrière-grand-père Morin et ainsi de suite. Mais étrangement la mort n’est pas au rendez-vous ce 15 février. C’est Paquita qui se pointe et qui finit par le prendre sous son aile, le voyant bien désemparé. Faut dire qu’il avait tout prévu : il a fait résilier son bail, ses placards sont vides, il a vendu sa voiture, fait couper le gaz et l’électricité. À part son costume et ses chaussettes fantaisies aux oursons rouges et jaunes, il ne lui reste pas grand-chose. Sauf le meilleur : la vie et Paquita et Nassardine. Un couple foudroyé par l’amour il y a 40 ans et qui n’a pas beaucoup changé depuis toutes ces années. Lui est toujours  aussi mauvais pour le café (et c’est pas faute de s’exercer) et  elle, elle porte toujours des tenues outrageusement racoleuses. Depuis trente ans ils travaillent dans leur camion crêperie devenu la meilleure crêperie de la ville. C’est chez eux, dans sa deuxième famille, celle du cœur,  que Morty va trouver refuge et reprendre le cours de sa vie.

« Quel que soit le jour de leur naissance, tous les hommes de ma famille sont nés à 11 heures, donc. Et, chose amusante, trous – sans exception – sont morts à cette même heure, le jour de leur trente-six ans, avant d’avoir soufflé leurs bougies et mangé leur gâteux, car 11 heures du matin est un mauvais horaire. Pour le dessert en tout cas.

Pour rajouter encore à cette calamité, ils sont tous morts d’une façon stupide :

Mon arrière-arrière-grand-père, Morvan, noyé dans un bidet.

Mon arrière-grand-père, Morin, réduit en confettis.

Mon grand-père, Maurice, foudroyé par la faute d’un âne. (Je m’en souviens encore. Pas de mon grand-père, je ne l’ai pas connu, mais de l’âne, un solide baudet du Poitou, qui avait des érections dignes de l’obélisque et qui lui a survécu vingt ans. On ne devrait jamais laisser les garçons de dix ans voir des ânes en rut. Savoir qu’une telle chose existe pulvérise à jamais toute estime de soi.) » Page 32-33

C’est une singulière histoire que nous raconte Mortimer. Celle d’un héritage étrange, funèbre et  plein de bizarrerie. Ce récit est une vraie bouffée d’oxygène. Les  dialogues sont savoureux, les personnages hauts en couleurs,  le tout est plein de tendresse et surtout de bonne humeur. L’auteure joue avec les mots, utilise un style oral très plaisant et fait beaucoup sourire.  Trente-six chandelles est une histoire sympathique, qui donne envie d’aimer la vie. Sous forme de conte un peu absurde mais plein d’humanité, Marie-Sabine Roger propose un récit facile à lire fait de courts chapitres, de digressions  qui donnent du rythme  et de personnages fantasques et tellement attachants. Pas vraiment d’intrigue ici (on finit même par tomber dans l’histoire à l’eau de rose prévisible), rien de palpitant,  mais simplement une bonne comédie rafraîchissante servie dans une écriture irrésistible.

« Paquita est une somme d’improbabilités. J’en ai pris l’habitude, et si je la voyais avec une jupe aux genoux, ou un haut sagement boutonné jusqu’au col, ça me choquerait davantage que de la voir ainsi, fringuée en grande Lulu qui s’en va aux asperge. On ne peut pas dire qu’elle soit vulgaire, on est dans une autre dimension. Personne d’autre qu’elle ne pourrait s’accoutrer de cette façon-là au même âge (à part certaines bourgeoises et putains en retraite). » Page 21

En bref : Voilà donc un bon divertissement à ne pas bouder.  

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