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Anne-Sophie Brasme : Respire

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Respire  d’Anne-Sophie Brasme    4,5/5 (28-10-2014)

Respire (180 pages) est sorti le 22 août 2001 aux Editions Fayard. Il est disponible depuis le 9 octobre 2002 en version poche chez  Le Livre de Poche (184pages).

 

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L’histoire (éditeur) :

Charlène et Sarah s’aiment comme deux sœurs. Mais la passion fait des ravages. S’instaure peu à peu une relation perverse entre les deux jeunes filles : Sarah provoque, multiplie les humiliations publiques, accable de reproches son amie, qui accepte son sort.
Jusqu’à l’irréparable.

Anne-Sophie Brasme avait dix-sept ans lors de la parution de Respire en 2001. Salué pour son incroyable lucidité, ce premier roman vertigineux a remporté un grand succès en France et dans les nombreux pays où il a été traduit.

Mon avis :

Initialement publié en 2001, Respire vient de faire l’objet d’une adaptation cinématographique (sortie du film prévue le 12 novembre prochain), permettant ainsi aux Editions Fayard de rééditer le premier livre d’Anne-Sophie Brasme avec une très belle couverture. Cette nouvelle publication m’a ainsi permise de découvrir ce titre (dont je n’avais pas entendu parler avant), et j’en suis ravie.

Respire est l’histoire de Charlène Boher, 19 ans, en prison depuis déjà deux ans (et encore pour longtemps). Charlène a commis l’irréparable et deux ans après, elle décide de mettre sur papier ce qui l’a conduite jusque-là, à chercher les prémices de son obsession et à comprendre comment tout cela est arrivé.

« Mais au fond de cette cellule envahie par l’ombre, dans le froid de la solitude, le passé refait soudain surface. Long, douloureux, il se confesse. Peut-être pour affronter le vide du moment présent. Aujourd’hui, derrière ces murs, des images, comme des photos ratées sur lesquelles les mouvements apparaissent estompés, éclatent en morceaux dans ma mémoire. » Page 13

« Sombrer dans la folie, ce n’est pas qu’une fatalité, c’est peut être aussi un choix. » page 15

Enfant difficile et fougueuse, intrépide petite peste au fort tempérament, c’est une enfant pleine de vie mais  bien solitaire.  A cinq ans, elle fait la connaissance de Vanessa qui devient le soleil de son enfance, sa meilleure amie pendant six ans, jusqu’à ce qu’elle doive partir.  Son départ lui renvoie l’évidence de sa solitude alors qu’elle doit affronter de nouvelles épreuves : les signes de l’adolescence qui tardent à venir la laissant encore à 11 avec un corps d’enfant alors qu’elle doit rentrer dans un nouveau collège.  Alors pour faire face, elle décide de rentrer dans la peau d’un autre personnage : celui d’une jeune fille calme et travailleuse et décide d’exceller. Elle a un mal fou à s’intégrer, déteste ce personnage et encore plus ce qu’elle est véritablement. Mais elle essaye au mieux de se fondre dans la masse. Tous ses efforts sont balayés quand arrive la nouvelle. Sarah est une forte personnalité, sociable,  elle dégage beaucoup de charisme et capte instantanément l’attention des autres, balayant la pauvre Charlène. Contre toute attente, Sarah est la seule à comprendre Charly,  à lui donner son amitié, et à lui donner confiance, mais aussi à réveiller chez elle douleur, peine  et folie.

Respire est un roman incroyable de maturité. Publié alors qu’Anne-Sophie Brasme n’avait que 17 ans, je dois dire que ce titre m’a bluffée. Dès le début, j’ai commencé à sentir le malaise ma gagner. Cette manière de décrire la nuit dans la cellule, l’isolement collectif, le mal être ambiant et le silence, voilà qui annonçait un fort moment de lecture. Et effectivement la suite a été à la hauteur. Quand Charly commence son récit, c’est celui d’une enfant tourmentée et introvertie qui est tombée dans le filet d’une adolescente  hautaine dominante et manipulatrice. Mais comment en arriver au meurtre ?

« Sarah m’apprenait à vivre. Par un immense cri de délivrance, elle a fait jaillir de ma gorge le nœud qui depuis trop longtemps compressait mon souffle. » Page 64

On n’a pas vraiment de recul dans cette histoire et c’est de façon totalement subjective que sont présentés les faits. Seule Charlène, gagnée par la folie, nous offre son histoire. Celle d’un dramatique récit qui  m’a vraiment fait pitié et mis très mal à l’aise. On connaît l’aboutissement, on sait dès le départ le tragique aboutissement qu’aura été l’amitié Chaly-Sarah, une passion masochiste qui sonne dès le début comme une inextricable tragédie. Et pourtant, on espère toujours à mesure que l’on progresse dans cette situation. Maxime,  et Vanessa apportent une lueur d’espoir au lecteur mais pas tant que ça finalement à Charly.

J’ai apprécié cette histoire, qui n’a en fait rien d’original, mais qui a su me captiver et réveiller un sentiment de trouble et de tension. Cette descente aux enfers d’une adolescente mal dans sa peau,  bien que très agaçante par son manque de libre arbitre, a le mérite d’être très bien racontée. Porté par une belle écriture maîtrisée, l’auteure met bien en avant l’amitié dévastatrice  (à sens unique) qui lie ces deux filles, le genre d’amitié qui agit comme une drogue, mauvaise mais si dure de s’en défaire. Et chaque dose emplit un peu plus Charly de haine, d’une haine forcément dévastatrice. Respire (écrit donc avant les 17 ans de l’auteure) sonne juste même si poussé à l’extrême. La psychologie des personnages (en moins de 200 pages) est bien respectée et donne une certaine crédibilité à tout ça. C’est déroutant  aussi bien la torture psychologique que l’acceptation, car finalement la peur de perdre sa seule amie est bien plus terrible que tout ce qu’elle peut subir et cette amitié se transforme vite en obsession.

« Elle m'ignorait. j'étais contrainte de subir sans cesse l'absence de ses regards, de ses sourires, des compliments qui autrefois avaient si bien su me redonner confiance en moi. Le traitement était dur, mais après tout, ce n'était que le châtiment mérité. Et le refuser était impensable : n'avais-je pas la chance d'être considérée comme sa meilleure amie ? il ne me restait plus qu'à le rester, et donc à tout accepter.» Page 84-85

« Le seul but, l'unique ambition qui me tenait encore en vie, c'était qu'un jour tout redevienne comme avant, retrouver le goût de cette amitié qu'autrefois nous avions partagée. Je pensais que pour gagner son estime, il fallait que j'en passe par la soumission. ma vie, à présent, ce n'était plus que cela. Etre dominée. Chaque jour, subir. » Page 101-102

« Je ne saurais définir l'obsession. Je crois qu'on la porte toujours en soi. Souvent, il suffit de presque rien pour la déclencher. Elle s'immisce en vous, silencieuse, attaque lentement, tortueuse, chaque partie de votre être ; mais elle est rusée et terriblement manipulatrice, car elle se fait passer pour votre amie mais ne manque pas pour autant de vous trahir. » Page 105

En bref : Respire est à découvrir déjà juste pour réaliser le talent bluffant de cette jeune auteure, puis aussi pour son histoire. Un titre qui m’a rappelé Antéchrista d’Amélie Nothomb mais avec le style Nothomb en moins, ce qui n’est pas un mal aussi. 


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