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Interstellar de Christopher Nolan : un film de science-fiction ?

Publié le 11 novembre 2014 par Thibaultdelavaud @t_delavaud

Présenté comme un chef-d’œuvre, dans la lignée de 2001, l’Odyssée de l’espace, Interstellar de Christopher Nolan a été très bien accueilli par le public et les critiques. Si le film est bien réalisé et le jeu des acteurs très bon, le scénario part en revanche très rapidement à la dérive. Interstellar est de surcroît présenté comme un grand film de science-fiction et c’est ce qui me chagrine le plus. Il incarne selon moi au contraire ce genre de films qui utilisent la science-fiction comme « décor » et « trame de fond » sans pour autant s’inscrire dans ce genre. Cette tendance n’est pas nouvelle et se renforce (voir l’article La science-fiction est-elle en crise ?). Il est cependant dommage qu’avec autant de moyens techniques et financiers, aucun grand film de science-fiction digne de ce nom ne soit réalisé.

Interstellar image

Interstellar aborde trois thèmes majeurs de la science-fiction : la dystopie, le voyage spatial et l’exploration/colonisation de nouveaux mondes.

La dystopie : dans le film, la Terre se meurt et l’humanité fait face à une grave crise alimentaire. Les cultures disparaissent et bientôt, plus personne ne pourra se nourrir. Cependant, on a très peu d’informations sur l’origine du mal qui ronge la Terre. On comprend qu’une guerre mondiale a eu lieu aux détours de plusieurs dialogues mais c’est tout. Le message (simpliste) qui est véhiculé est : « prenons soin de la Terre ». Il est très difficile de se projeter dans cette « Terre du futur » et on a aucun questionnement sur la catastrophe qui frappe la Terre : cela pourrait-il arriver ? Pourquoi ? Comment faire pour l’en empêcher ? On est également très frustré par l’absence de description de ce nouvel univers : il est dit qu’il y a une régression de la technologie et une sélection des étudiants pour qu’ils fassent ce que la société attend d’eux . On voit en tout et pour tout des agriculteurs et des scientifiques de la NASA mais on n’a aucune information sur le système politique, l’organisation de la société et le nouveau mode de vie des populations (avec autant de poussière, on s’étonne que les gens vivent encore dans des maisons et des villes qui ne sont pas protégées pour la stopper).

Le voyage spatial : le film reprend le thème très en vogue des « trous de ver » pour expliquer comment un vaisseau spatial peu voyager sur de très longues distances en un temps record. Cet aspect est plutôt bien décrit mais rapidement, on est noyé sous les informations scientifiques concernant les trous noirs, l’effet de la relativité, la distorsion du temps… On a alors la très pénible impression que ces éléments ne servent qu’à justifier certains points du scénario et créer des éléments dramatiques superflus (manque de fuel, disparition d’êtres chers restés sur Terre, sentiment d’urgence…).

La colonisation/exploration de nouveaux mondes : le traitement de ce sujet est également très décevant et finalement, à peine développé. Les trois exo-planètes montrées à l’écran sont stéréotypées : planète maritime avec des vagues géantes (alors qu’il n’y a qu’une dizaine de centimètres de profondeur, cherchez l’erreur), planète de glace et planète rocailleuse. Par ailleurs, on est très étonné par la méthode employée par nos explorateurs pour sélectionner les planètes. Un seul scientifique est envoyé sur la planète et il doit recueillir des données et les envoyer à ses confrères. Pourquoi ne pas utiliser des drones, des satellites ? Des équipes plus nombreuses ? Une fois encore, on a le sentiment que les effets dramatiques doivent primer sur la cohérence du sujet… Le film se termine sur la vision d’un campement établi par le personnage jouée par Anne Hathaway. Voilà à quoi se résume le traitement de la colonisation d’une exo-planète. 

« le scénario n’apporte aucun élément de réflexion ou questionnement pertinent »

Affiche Interstellar

Au final, Interstellar est une grande déception. Le film manque de cohérence, le scénario n’apporte aucun élément de réflexion ou questionnement pertinent et on a le sentiment d’assister à un grand gâchis. Au lieu d’être un film de science-fiction, Interstellar se veut être une sorte d’hymne à l’amour et à l’espoir et Christopher Nolan a sans doute cru bon qu’ajouter quelques trous noirs et vaisseaux spatiaux rendraient plus poétique son message. Sans doute efficace pour épater la galerie, dommage pour le cinéma et la science-fiction.


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