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Ivan Repila : Le puits

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Le puits d’Ivan Repila    3/5 (03-11-2014)

Le puits (108 pages) est sorti le 9 octobre 2014 aux Editions Denoël (traduction : Margot Nguyen Béraud)

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L’histoire (éditeur) :

Deux frères, le Grand et le Petit, sont prisonniers au fond d’un puits de terre, au milieu d’une forêt. Ils tentent de s’échapper, sans succès. Les loups, la soif, les pluies torrentielles : ils survivent à tous les dangers. À leurs côtés, un sac de victuailles donné par la mère, mais ils ont interdiction d’y toucher. Jour après jour, le Petit s’affaiblit. S’il doit sauver son frère, le Grand doit risquer sa vie. Le Petit sortira-t-il? Le Grand survivra-t-il? Comment surtout se sont-ils retrouvés là?

Mon avis :

Comment parler d’un si petit livre sans trop en dire ? Comment vous expliquer le malaise qui m’a gagné sans pour autant vous livrer trop de détails sur cet étrange roman ? Pas facile tout ça. Ai-je aimé d’abord ? Je n’arrive pas à le dire. Tout ce que je sais en sortant de cette lecture, c’est que je suis un peu sous le choc.

Le puits c’est quoi exactement Le Grand et le Petit (deux enfants ? sans doute, mais aucune notion d’âge n’est donnée) sont tombés dans un profond puits au milieu de la forêt alors qu’ils revenaient du coteau des bergamotes (à une demi-journée de marche), partis chercher à manger pour leur mère. Le jour décline, la faim tiraille. Ils se lancent dans de multiples tentatives d’évasion mais sans résultats. Les jours se suivent, la routine s’installe, la situation se dégrade et la folie et la mort gagnent du terrain.

« - Le sac n’est pas la bonne solution. Si tu en reparles encore une fois, je t’enfonce la tête dans la terre et je te tue.

Dans le sac, il y a une miche de pain, des tomates séchées, des figues et un morceau de fromage.

Le Petit ne prononcera plus jamais le mot qui commence par s. » Page 24

« Déjà un cycle lunaire qu’ils sont prisonniers. La faim et le désespoir ont détruit en eux toute forme de communication, avant de s’attaquer à leur raison. Tandis que le Grand répétait ses exercices, le Petit a descendu les derniers échelons de la folie, vers un sous-sol polluant d’hallucinations. » Page 54

Ivan Repila se lance superbement bien dans la déchéance qui s’étend chez ces deux enfants. Les loups, la faim, la terrible faim (insectes, racines, et larves s‘amenuisent), la chaleur, le manque d’eau, la cohabitation difficile, l’averse exténuante qui oblige pourtant à lutter contre la torpeur pour ne pas se noyer…voilà ce qui attend les deux garçons qui au fil des jours voient leur ressources et leur santé mentale s’amoindrir.

Si l’histoire apparaît d’une grande simplicité, le processus de l’imagination (annexé à la folie) prend rapidement le pouvoir et rend le texte beaucoup plus allégorique et complexe. Les sentiments (haine, tendresse, vengeance) sont exaltés et l’écriture puissante d’Ivan Repila, qui décrit finement ce que vivent physiquement et moralement ces deux garçons, accentue le malaise. Les messages et les symboles sont nombreux (enfermement, punition, libération, solidarité, brutalité du monde…) mais pourtant cette centaine de pages ne tombent pas pour autant dans le récit philosophique. L’auteur crée une atmosphère sombre et une tension permanente qui maintiennent le lecteur aussi bien que dans un petit thriller. 

« Il va pleuvoir, car il pleut toujours lorsque la peau pèle, et dans ces campagnes semble régner une mécanique de la souffrance : à chaque décision de la nature réplique son contraire. C’est pour cette raison que les gens d’ici ont le cuir et le caractère durs, qu’ils font face aux punitions de la terre avec une patience tenace, sans protester ni se plaindre, malgré la fracture émotionnelle, humaine et  affective qui en découle. Les frères en sont la preuve même. Ils ont cessé de se regarder dans les yeux, de se chercher l’un chez l’autre comme c’était le cas les premiers jours. Les démonstrations de tendresse ne sont plus nécessaires lorsque gouverne l’instinct de conservation. L’amour comme vœu de silence où régnerait la violence reptilienne d’un vieux crocodile. » Page 36

« Il va pleuvoir, car il pleut toujours lorsque la peau pèle, et dans ces campagnes semble régner une mécanique de la souffrance : à chaque décision de la nature réplique son contraire. C’est pour cette raison que les gens d’ici ont le cuir et le caractère durs, qu’ils font face aux punitions de la terre avec une patience tenace, sans protester ni se plaindre, malgré la fracture émotionnelle, humaine et  affective qui en découle. Les frères en sont la preuve même. Ils ont cessé de se regarder dans les yeux, de se chercher l’un chez l’autre comme c’était le cas les premiers jours. Les démonstrations de tendresse ne sont plus nécessaires lorsque gouverne l’instinct de conservation. L’amour comme vœu de silence où régnerait la violence reptilienne d’un vieux crocodile. » Page 36

Le puits est un texte particulier que l’on n’oublie pas de sitôt.

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