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Interview | Focus sur Gaëlle Buswel, blues/folk en strass sans stress

Publié le 14 novembre 2014 par Generationnelles @generationnelle

Avec sa pêche, ses plumes aux oreilles et son humour, Gaëlle Buswel est l’une de ces chanteuses qui ressemblent à leur musique. Punchy, énergique et totalement authentique. A la sortie de son second album Black to Blues avec les papes du blues/folk Neal Black et Elliott Murphy, la musicienne française revient sur ses débuts en Normandie, ses expériences à Londres et en Amérique du Nord et son amour pour la musique Americana en format vinyle. Cette fille n’est pas forcément de notre époque mais c’est ça qui est fantastique. 

Quand on vous entend, on croirait que vous venez des Etats-Unis, du fond du Tennessee… D’où vient Gaëlle Buswel ?
Alors je vais faire tomber le mythe, je viens de Normandie mais avec une arrière grand-mère d’origine anglaise. J’ai grandi avec des parents qui écoutaient toute la journée de la musique américaine notamment de la période de Woodstock. Mon père était musicien dans un groupe de hard rock et la maison était remplie de vinyles : Led Zeppelin, Joe Cocker, Janis Joplin, Bob Marley, Neil Young et même France Gall, c’était le seul truc en français avec Jacques Brel. Avec mon frère nous  avons baigné depuis tout petits dans cette ambiance là qui rassemblait la famille. Mais moi j’en avais jamais assez d’écouter des vinyles, donc parfois j’en piquais et je les passais sur ma petite platine, dans ma chambre. Je réalise aujourd’hui combien les guitares étaient omniprésentes et les voix super rocailleuses dans cette discographie. Le son de ces instruments et la voix de Janis me mettaient en transe.

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Et du coup avec cette passion découverte assez tôt, est-ce qu’on découvre aussi son don, car votre voix est tout de même assez particulière?
Elle a évolué mais ce qui m’a fait « plonger dans la musique » ce sont mes débuts à la guitare vers 12/13 ans, avant je chantonnais. J’ai alors ressenti cette sensation de partage en reprenant des chansons. J’ai commencé assez tard à intégrer des groupes après des petits concerts guitare-voix dans les MJC de la ville vers 16 ans. Et à 18, j’ai rallié mon premier groupe de funk R&B avec lequel j’ai joué pendant presque 10 ans, en parallèle j’ai rencontré des musiciens avec lesquels on a fondé notre première formation de compo. C’était Cam-on, un groupe de blues rock, après les groupes ce n’est pas forcément facile à gérer mais on est restés très très amis, et on joue ensemble dès qu’on le peut. Moi j’ai continué mon chemin, j’ai rencontré le blues man américain Neal Black qui m’a prise sous son aile, puis ce fut le premier album et aujourd’hui ce nouvel opus!

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Quand vous le dites ça a l’air tellement naturel, « j’ai rencontré Neal Black » mais comment cela s’est-il produit?
C’est vrai, c’était il y a 4 ans maintenant, c’est devenu un pote. Tout est parti du Soubock à Cauville à côté de Caen, cette salle organisait des concerts de blues et elle m’avait donné la chance de m’y produire avec mes compositions. Neal Black passait le même mois dans cette salle. De nature hyper curieuse, j’ai écouté assez rapidement toute la programmation. Quand je suis tombée sur la musique Neal Black avec sa voix caverneuse, j’ai pensé : « c’est quoi cet ovni? » Du coup je lui ai envoyé un mail lui disant que j’aimais son travail et qu’on allait chanter dans la même salle. Il m’a répondu aussitôt : » J’ai écouté ce que tu faisais, j’adore ta voix, il faut qu’on travaille ensemble ». On s’est rencontrés sur Paris et c’est parti! C’est vraiment la mentalité américaine, ils ne se posent pas la question – d’où elle vient qu’est-ce ce qu’elle a fait avant- ils le sentent et ils le font!

Cet album Yesterday’s Shadow a été classé dans le top 10 du site Concert Blogger et était plus confidentiel en France. Pourquoi?
En France il y a un quota de « tu es français, tu dois chanter en français ». Mon choix, mes influences c’est la musique américaine. Comparé au rock indé, je fais un style de musique assez particulier pour la France, le folk rock americana, il y a un beau marché en France et en Europe mais ça n’est pas autant médiatisé que la pop en français. On m’a comparé à Sheryl Crow ou Shania Twain car ce sont les seules choses qui ont passé la frontière; aux Etats-Unis, tu en as des milliers d’artistes comme ça. En France, j’ai fait la première partie de Nina Attal, artiste remarquable du haut de ses 22 ans. Mais on vient toutes les deux du blues, on est autoproduites, nous avons aussi une culture internationale, elle funk, moi folk, ce sont des univers dans lesquels on a grandi et qui sont fondateurs. Le classement, c’est hyper flatteur car c’est leur musique que je reprends à ma sauce et de voir cet accueil aussi fort, c’est très encourageant.

Parmi vos expériences folles, on peut parler de jouer dans le métro à Paris.
Oui ça a marqué beaucoup de gens, c’est né d’un pari avec un fan. Il m’a mise au défi de refaire ce que j’avais fait à Londres, je m’y étais rodée à la guitare lors de 30 concerts. Un soir, on traînait avec une copine sur Camden et j’ai commencé à jouer avec un gars qui tenait une petite boutique. Dans le métro, ma pote m’a lancé: « Sors ta guitare, t’es pas cap de jouer pour voir la réaction des gens ». C’était la chose qui ne fallait pas me dire! On a fait tout le trajet sur une dizaine de stations avec des gens qui nous suivaient. J’ai posté la vidéo à mon retour à Paris. Au début, je  ne me sentais pas capable de le réitérer , car les gens dans le métro parisien sont dans leur bulle. Sans rien demander, j’ai été étonnée par les réactions : un petit garçon m’a offert une rose, des enfants m’ont demandé des autographes, un monsieur a raccroché au téléphone pour chanter. C’était hyper émouvant!

Est-ce grâce à cette vidéo que vous avez pu jouer dans les hôpitaux et les centres de détention et de réinsertation ?
Oui, le journal Métro l’a publiée sur son site. Après, le directeur du centre de détention de St Mihiel m’a envoyé un mail : « on organise des concerts, il nous faut quelqu’un comme toi ». Le milieu carcéral, je ne savais pas à quoi m’attendre mais c’était mon rôle de citoyenne. On a joué en duo acoustique devant 100 détenus qui ont instauré un respect comme j’avais rarement connu  avant. On s’ est donnés autant que d’habitude sur scène, face à des colosses anéantis par l’émotion. A la fin du concert, ils sont venus nous voir en nous disant : merci de nous avoir rendu cette liberté que nous ne connaissons plus. Une belle expérience qui m’a un peu secouée. Par la suite, un petit jeune m’a raconté qu’il avait intégré un groupe de musique et s’en sortait grâce à la guitare. Rien que d’en parler j’en ai encore des frissons!
L’hôpital c’était le centre d’oncologie de Garches pour des enfants. Ma cousine travaille dans cet hôpital et elle diffusait certaines de mes chansons. Une petite fille du service est devenue une grande fan et rêvait de me rencontrer. J’y suis venue jouer de chambre en chambre avec ma guitare et j’ai rencontré cette enfant qui rêvait de monter sur scène avec nous. On a réalisé son souhait, on l’a aidée dans son combat. Belle leçon de vie avec des gamins lucides et si forts !

Le 2° album s’appelle Black to Blues, mais c’est quel genre exactement?
Le premier était très acoustique, je voulais que le deuxième soit représentatif de ce que j’étais musicalement parlant. C’est un mélange blues/folk. Dans les bacs, je suis dans la pop à côté de David Bowie et Eric Clapton. Elliott Murphy est présent dans l’album, j’avais fait sa première partie au Soubock, ça m’a vraiment troublée de savoir qu’il désirait composer pour moi. Souvent comparé à Bob Dylan il a une super écriture et j’étais super flattée! Sur cet album, je voulais me faire plaisir musicalement et aux niveaux des collaborations. J’aime le défendre sur scène avec 4 musiciens qui me suivent depuis des années car c’est vraiment là où je suis dans mon élément.

Au niveau du look, ça scintille beaucoup en live comme dans le clip Secret Door. Une tenue de scène doit-elle en envoyer?
Je me sens bien comme ça, j’aime bien les trucs qui pétillent, ça fait partie de ma personnalité, les vestes qui brillent,…  Après je n’ai pas pris les boas, ni les pattes d’éleph’ de Janis (rires). J’adore les plumes, je suis une vraie fille ! J’aime bien faire du shopping quand il n’ y a personne dans les boutiques (sourires). Comme pour la musique, je marche au coup de coeur. Mais il faut faire attention à comment tu es sur scène, ça fait partie du show. J’aime me sentir à l’aise, il n’y a pas de dress code mais souvent c’est pantalon, bottines, un petit corsaire avec une veste. Les talons , ça marche si je suis assise sur un tabouret. S’il faut galoper partout entre les câbles et avec  les talons…

Au niveau musique, on connaît vos goûts vintage mais le dernier coup de coeur c’est qui?
Je ne sais jamais comment il s’appelle. (Elle regarde sur son portable) ah ! Budapest par George Ezra. Je l’ai shazamé je ne sais pas combien de fois. Du coup j’ai fini par acheter son album. J’ai besoin de l’album pochette, j’ai envie de mettre un cd dans ma platine, j’aime bien sa qualité , ce n’est pas la même que celle d’un mp3. Je suis encore en mode vinyle, même pour les albums récents, je suis sensible à ce côté authentique de la musique. C’est un moment privilégié. Le son est différent, l’atmosphère aussi. Mes vinyles préférés? Une version live sans pochette des Rolling Stone avec un morceau qui s’appelle Love In Vain. Harvest de Neil Young, il me touche, il est indémodable !

Vous êtes une grande voyageuse, quelles sont vos bonnes adresses?
Je suis une grande fan de voyages. Cet été, nous sommes partis en tournée en Amérique du Nord et au Québec, c’est très joli. Nous avons eu un tel accueil! C’était fou car on jouait au Petit Impérial dans un pays où je n’étais pas connue, c’était mon premier concert et la salle était pleine à craquer. Sinon le Cheesecake Factory de Los Angeles bien sûr. A Londres, le Proud à Camden Town où j’ai joué pour un de mes premiers concerts. C’est mon endroit préféré de la capitale, tu y peux rencontrer un punk avec une nana habillée année 40, tout le monde est mélangé, zéro jugement, je trouve ça génial!

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En concert le 14 novembre au Festival Jazz et Blues à Ozoire la Ferrière.


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