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Plus bête que méchant

Par Blogegide

Un récent tweet attribuant à Gide une citation prétendument vacharde sur Mallarmé a attiré notre attention sur une parution elle aussi récente, dont nous ne souhaitons pas faire la publicité ici. Il s'agit d'un de ces livres écrits à l'agrafeuse dont raffole l'air du temps, compilation de citations de seconde main, d'approximations et d'erreurs factuelles. Ainsi donc, selon ce sous almanach Vermot, pour Gide :
« Mallarmé est intraduisible, même en français. » 

A l'inverse de l'agrafeur incriminé, nous ne nous en sommes pas tenus au tweet-dire et sommes allés voir à la source. Il y a bien dans ce livre un article sur Gide, qui s'ouvre sur une présentation. Voici ce que l'agrafeur a retenu :


« André Gide (1869-1951) : écrivain protestant et homosexuel, éléments importants d'une personnalité autour de laquelle l'œuvre est centrée. Sa plume, parfois précieuse et pas toujours correcte, a raconté des choses inégales, et depuis que l'homosexualité est devenu un sujet ordinaire de la littérature, certains soupçonnent qu'André n'avait peut-être pas grand-chose à dire. Céline en tout cas assurait que « Gide a droit à toute reconnaissance des jeunes bourgeois et ouvriers que l'anus tracasse ». Encore fut-il longtemps sans afficher la chose, et Cocteau (qui l'appelait « l'androgyde ») le comparait à une baigneuse « qui n'ose se jeter à l'eau et qui se mouille les seins en poussant de petits cris ». Il fut rayé de la liste des membres de la Royal Society of Literature de Londres, non bien sûr pour ses mœurs, mais à cause d'un communisme qui, finalement, ne résista pas au voyage qu'il fit en Union soviétique. Il avait été renvoyé pour onanisme chronique de l'École alsacienne, l'établissement des petits protestants aisés (on l'y appelait « le Crispatif » parce qu'il parlait toujours lus dents serrées), mais il reçut on 1947 le prix Nobel de littérature, ce qui est une certaine forme de revanche. Il prit l'honneur au sérieux, à la différence de Saul Bellow, qui dans les mêmes circonstances s'empressa de téléphoner à Joseph Epstein pour dire que, s'il avait des doutes sur la valeur littéraire de la chose, le montant de la récompense soulageait le poids des pensions qu'il devait payer à ses ex-épouses. »

Suivent quelques citations sur Cocteau, Green, ou encore une variante inédite de la légende selon laquelle Gide se serait fait passer pour un autre auprès d'un garçon en Afrique du Nord : « Et surtout, mon brave petit, n'oublie jamais combien monsieur Mauriac a été généreux avec toi. » Vous ajouterez les sic idoines derrière chaque mot...

Si l'auteur avait eu le courage de se pencher sur les œuvres des écrivains qu'il prétend « citer », il aurait évidemment trouvé chez Gide quelques vacheries un peu mieux balancées, et surtout bien réelles. Sur Claudel : « Jeune, il avait l'air d'un clou ; il a l'air maintenant d'un marteau-pilon. » Sur Guéhenno « Il parle du cœur comme d'autres parlent du nez. » Sur Jouhandeau : « Certes il est authentique par rapport aux autres, je ne suis pas certain qu'il le soit par rapport à lui-même. » etc.
Non, vraiment, aucune nécessité d'aller inventer, ni attribuer à Gide cette phrase de Jules Renard sur Mallarmé...

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