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Mahoney Harris. "La musique me rapproche du père que je n'ai pas connu"

Publié le 16 novembre 2014 par Canalkiwi81 @TitusFR

Fille d'un musicien disparu alors qu'elle n'avait que deux ans, la Néo-Zélandaise Mahoney Harris entrevoit la musique comme une manière de se rapprocher de ce père qu'elle n'a jamais connu. Son plus récent album, "We didn't feel alone", encensé par la critique néo-zélandaise, confirme son potentiel de compositrice aux mélodies pop-folk redoutables. Un album à découvrir d'urgence.

Vous êtes née en Australie… Quand et pour quelle raison vous êtes-vous établie en Nouvelle-Zélande ?  

Mon père, qui était musicien, jouait pour un groupe établi à Sydney.  Ma mère, qui n'avait que 18 ans, l'y a suivi et c'est ainsi que je suis née en Australie. Je n'y suis pas restée très longtemps puisque je suis retournée en Nouvelle-Zélande à l'âge de six semaines.

Vous avez donc baigné dans un environnement où la musique occupait beaucoup de place ?

Mon père était musicien mais il est décédé alors que je n'avais que deux ans. Mais ma mère était également passionnée de musique et allait voir beaucoup de concerts. Parfois, elle m'y emmenait. Je suis persuadée que c'était pour moi - inconsciemment sans doute  - une manière de me rapprocher de ce père que je n'avais pas connu. Ma mère a tout fait pour encourager ce lien. Je me souviens d'écouter énormément de disques lorsque j'avais 7 ou 8 ans, et d'apprendre par coeur les paroles de chansons de Supertramp, Rod Stewart, Neil Young.  

Quel fut votre premier instrument ?

J'ai commencé la trompette à l'âge de 11 ans, et j'ai tenté de m'y remettre à l'âge de 15 ans, mais je n'étais pas très investie. J'ai suivi des cours de chant dans ma vingtaine, lorsque je vivais à New York. C'est à cette époque que la musique a pris davantage de place dans ma vie et que je m'y suis intéressée plus sérieusement.

C'est à New York que vous avez commencé à composer ?

Oui, c'était l'été, ça n'allait pas trop bien et je n'avais pas de véritable projet. J'ai acheté une guitare dans un bureau de prêteur sur gages. J'ai commencé à suivre des cours de guitare et à écrire des chansons, tout en me produisant un peu partout lors de scènes ouvertes. L'écriture me faisait beaucoup de bien et le fait de chanter en public m'a permis de me faire des contacts au sein de la communauté musicale. C'est quelque chose qui m'attirait depuis un certain temps, mais je manquais de confiance en moi.

Votre premier mini-album, "Nowhere to roam", est sorti en 1999. Vous viviez toujours à New York ?

Tout à fait, mais je voyageais beaucoup à l'époque. Je retournais ainsi régulièrement en Nouvelle-Zélande et c'est en Australie, à Sydney, que j'ai enregistré ce disque avec l'aide d'un ami, Dean. Ce fut une super expérience. Pour la première fois, j'avais le sentiment de vivre et de respirer la musique. Cet opus (dont le titre pourrait se traduire par "Nulle part où bourlinguer", ndt) était une métaphore de mon existence d'alors et de ce que je pouvais ressentir.  

Comment fut accueilli ce premier disque ?

Il n'a pas été distribué de façon très efficace. Je ne savais pas comment m'y prendre à l'époque. Mais il m'a servi de carte de visite. Cela a permis de faire entendre ce qu'était mon son, et cela était très agréable.

Il s'est passé un certain nombre d'années avant la sortie de votre deuxième mini-album, "But they do", en 2011. Pourquoi avoir tant attendu ?

A l'âge de 30 ans, j'ai décidé de mettre la musique entre parenthèses et de me trouver un vrai boulot. Je suis retournée à l'université pour compléter une licence d'anglais avec une option en français. J'ai ensuite ouvert une boutique d'articles ménagers neufs ou d'époque. C'est à ce moment-là que je suis tombée enceinte de mon fils Nico, ce qui m'a obligée à fermer mon commerce. Le fait de devenir maman m'a fait réfléchir à ce qui était vraiment important à mes yeux, et cela m'a amenée à reprendre l'écriture de chansons quand mon fils a eu 2 ans.

Votre nouvel opus, "We didn't feel alone" a été publié plus tôt cet automne. Quelle en fut la genèse ?

Le succès de "But they do" m'avait encouragée à persévérer dans l'écriture. Dans les deux années qui ont suivi la sortie de l'album, j'ai donc écrit de nouvelles chansons et enregistré plusieurs démos avec mon bon ami Wayne Bell. Lorsque j'ai accumulé suffisamment de morceaux dont j'étais satisfaite, j'ai lancé une campagne de financement participatif. Une fois l'objectif atteint, j'ai embauché Tom Healy, dont j'avais déjà apprécié le talent lors de l'enregistrement de "But they do". D'autres musiciens ont été associés à ce projet, comme Wayne, et plusieurs autres, tels Andrew Keoghan, Matthias Jordan ou Ben King, qui m'ont été présentés par des amis ou dont j'avais fait la connaissance de par mon activité professionnelle dans une agence de promotion musicale. Nous avons enregistré l'album de manière sporadique, sur un an et demi, au studio de Tom, The Lab, à Mount Eden, à Auckland. Il a fallu jongler entre mes diverses activités en tenant compte aussi des disponibilités des musiciens, mais nous y sommes parvenus en fin de compte. Tom s'est chargé du mixage des titres, tandis qu'Oliver Harmer, qui est le principal ingénieur du son du Lab, a fait des prouesses côté mastering.

Vous êtes donc satisfaite du résultat ? 

Oui, j'en suis vraiment très fière. Le résultat a dépassé mes attentes, en fait. C'est aussi un formidable accomplissement pour moi d'avoir enfin réalisé un véritable album. J'ignorais à quel point l'effort est important, en comparaison avec l'enregistrement d'un mini-album. Les chansons ont pris forme en studio de manière souvent assez inattendue. L'alchimie, sans doute…

Ce disque a été plébiscité par de nombreux articles plutôt flatteurs dans la presse néo-zélandaise. Cela vous donne-t-il des ailes ?

Absolument ! Cela m'a donné confiance et j'ai reçu pas mal de demandes de concerts. Le fait de me représenter en public en compagnie de mon groupe m'a aussi rassuré sur mes capacités à me produire sur scène. Me voilà enfin beaucoup plus sûre de moi. J'ai maintenant très hâte d'écrire encore de nouvelles chansons...

Quels sont vos principaux projets pour les prochains mois ? 

Plusieurs concerts sont programmés sur l'île de Waiheke, où je réside, et aussi à Auckland, où je partagerai l'affiche avec Eyreton Hall, un autre groupe vraiment très chouette. J'ai aussi en projet une tournée sur l'île du Sud de Nouvelle-Zélande au début de l'année prochaine. J'ai hâte aux vacances d'été pour avoir un peu de temps libre et écrire de nouvelles chansons.

Etes-vous déjà venue en France ou en Europe ?  

Non, mais j'aimerais beaucoup ça ! Il n'est cependant pas facile de m'absenter du boulot, et puis il y a mon fils, sans parler des coûts. Mais ça serait super ! Il est sans doute temps que je me préoccupe des demandes de subvention.

 

Un certain nombre d'artistes néo-zélandais s'efforcent de percer en Europe et ont d'ailleurs bénéficié d'un important coup de projecteur ces dernières années. Comment l'expliquez-vous ?

Le marché de la musique en Nouvelle-Zélande est extrêmement petit et on atteint rapidement certaines limites. L'Europe semble plutôt réceptive aux artistes néo-zélandais. Peut-être parce que ces derniers se montrent toujours prêts à voyager pour aller présenter leur musique outremer.  Ce sont généralement de grands bosseurs ! Le fait d'être autant isolés d'un point de vue géographique explique sans doute cette grande motivation. Les Néo-Zélandais partagent généralement cette conviction que tout est possible.

En quoi consiste votre travail au sein de la société de promotion artistique Aeroplane Music Services ? 

Je m'occupe de la promotion des musiciens néo-zélandais, à la fois pour le lancement de leurs albums et leurs tournées. Je suis chargée de l'envoi d'albums et de communiqués de presse aux médias. C'est un travail très prenant, parfois même un peu fou, mais étant moi-même musicienne, je sais de quoi il est question. Je crois que mon rôle principal est d'être à l'écoute des artistes et de les soutenir. C'est parfois un peu frustrant, mais il y a heureusement des moments de satisfaction. J'aime beaucoup ce travail.

Propos recueillis et traduits de l'anglais par Canal Kiwi en octobre 2014.

POUR EN SAVOIR PLUS 

Le profil Bandcamp de Mahoney, pour découvrir et commander son dernier album, et un extrait de son précédent EP "But they do"

La page Facebook de l'artiste  

Discographie

1999 - Nowhere to roam (EP) - Epuisé

2011 - But they do (EP)

2014 - We didn't feel alone (Album) 


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