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Vers un gouvernement pro-européen en Serbie ?

Publié le 25 mai 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com
La victoire de la coalition « Pour une Serbie européenne » aux dernières élections ne règle pas tout. Trop de ralliements à l'Europe sont   tardifs, superficiels et opportunistes. La méfiance vis-à-vis de « l'Occident » reste vive Et le dossier Kosovo reste explosif.

Une étude de Georges-Marie  Chenu

Ministre plénipotentiaire hors cadre

(Sélection RELATIO sur Diploweb) La crainte d'une victoire des Radicaux aux élections parlementaires et locales en Serbie était si forte que l'U.E. et les Etats-Unis ont reçu les premiers résultats avec un optimisme prématuré (1). Il est vrai que la coalition " Pour une Serbie européenne " , conduite par  le Parti Démocratique  du président Boris  TADIC , l'a  emporté largement ( 39% des votes et 102 députés ) sur son principal  adversaire , le Parti Radical de Serbie ,  dirigé par Tomislav NIKOLIC ( seulement  28,6% des suffrages et 78 députés ).(2)

.Dans la quasi totalité des capitales européennes ainsi qu'à   Washington, un cri de victoire a salué ce résultat inespéré : la Serbie s'ouvrait à l'Europe, aux réformes, à la coopération internationale et prenait ses distances vis à vis de Moscou.   

Le combat de chefs -- TADIC contre NIKOLIC -- avait bien été remporté par un leader se déclarant européen, mais la majorité des électeurs ne suivaient pas (3). 48,2  % de leurs  suffrages sont allés   aux formations radicales , nationalistes , populistes et méfiantes à l'égard de l'Occident , à savoir :  le Parti Radical , le Parti Démocrate de Serbie ( de Vojislav KOSTUNICA ,  premier ministre sortant  ) et le Parti Socialiste de Serbie   et   seulement  44%  ont été accordés aux "Européens " ;  les "Coalisés " du président TADIC et  les " Libéraux " du Parti  de Cédomir JOVANOVIC ( 5,24 des voix et  13 élus )  . Les autres formations, régionales ou ethniques, ont obtenu 3,14% des bulletins et 7 députés, la plus part favorables à l'Europe. (4)

 . Incontestable mais relative , la victoire de TADIC  est attribuée aux cadeaux de dernière heure de Bruxelles : signature ( sous conditions ) de l'Accord de Sécurité et d'Association et , plus déterminante  encore , l'ouverture  gratuite et sans visa des frontières de 17 pays de l'Union à plusieurs catégories de Serbes .De  plus ,  des milieux d'affaires  serbes  ont craint un isolement économique et financier .et  plusieurs  hauts  responsables un arrêt des aides communautaires 

        Pour lancer le processus de constitution du nouveau gouvernement, la Constitution charge le Président de la République, Boris TADIC, d'appeler en premier la formation ayant recueilli le plus de suffrages, c'est à dire la Coalition " Pour uns Serbie en Europe " dont le noyau est le parti du Président. Or, aucune des formations en compétition n'a obtenu la majorité requise de 126 voix au Parlement (250 députés) pour former un gouvernement. Il manque 6 à 7 voix à la Coalition même associée au Parti Libéral et à des Partis ethniques ou régionaux (102 Coalisés + 13 Libéraux + 4 ou 5 autres députés). En revanche, en s'associant les formations radicales et nationalistes peuvent déjà compter sur 129 votes soit un peu plus que la majorité fatidique (78 Radicaux +30 Démocrates de Serbie + 20 Socialistes + I député sandjak = 129). 

    Après la compétition électorale s'est ouverte une course aux Alliances, animée par la Coalition, d'une part, et le Parti Radical, d'autre part.  

         Tout de suite , les Radicaux -Nationalistes  ont profité de leur avantage  arithmétique pour engager des conversations préalables .Leurs  trois formations se  sont accordées sur quelques grands principes :  entrée dans  l'U.E. d'une Serbie souveraine au  Kosovo; stricte autonomie de la Republika Srbska  ; liberté laissée aux personnes poursuivies de se  rendre  au   TPIY  ; positionnement géopolitique entre  l'Europe et  la Russie . En dépit des efforts   de Vojislav KOSTUNICA , qui joue son avenir politique , de l' encouragement  de SESEJL  recherché dans  sa  cellule , des aspirations  d'une partie de l'Académie et  des pressions des  cadres  civils  , militaires ou  économiques  demeurés en place depuis  le départ de  MILOSEVIC, cet  accord ne s'est pas transformé en plate-forme de gouvernement , à cause des hésitations des Socialistes et de leurs alliés ( 5 ) .

       Avec ses 20 députés, le Parti Socialiste de Serbie est " le faiseur du Roi «. Certains de ses dirigeants , les plus jeunes , pensent que le moment est venu de se  débarrasser de leur  trop  lourd héritage  (  soutien à Slobodan Milosevic ,  recherche  de la Grande Serbie , recours à la force ,  captation de tous les  services publics   etc. ) .L'objectif  serait de  transformer leur formation en   un parti  moderne , social,  ouvert sur le monde.

Dans les circonstances actuelles, faire le choix de l'Europe et de l'euro-atlantisme marquerait une véritable rupture   et   blanchirait le Parti.

Un encouragement extérieur, n'émanant pas des " ennemis de la Serbie «, faciliterait cette mutation. Or, Georges Papandreou, qui préside l'Internationale socialiste, s'est déclaré prêt à réintégrer les Socialistes serbes dans l'institution s'ils se tournaient vers l'Europe (6). Accueilli par une grande institution politique internationale qui surplombe l'Europe et les Etats -Unis, l'ancien parti de MILOSEVIC, converti aux valeurs européennes et occidentales, deviendrait fréquentable. (7) 

        L'opposition à cette contorsion politique viendra de tous les milieux nationalistes et surtout  de la base du Parti qui dénoncera une trahison et une capitulation devant l'Occident. On peut s'attendre à des débats passionnés et à de violentes polémiques .Les consultations au sein de l'appareil pourraient durer. Toutefois, les Socialistes n'ont pas d'autre solution s'ils veulent survivre que de quitter le camp des Radicaux-Nationalistes. Sinon, ils demeureront à tout jamais les complices de MILOSEVIC et bientôt   seront étouffés par les Radicaux populistes de NIKOLIC, beaucoup plus libres de leurs initiatives. . 

        Un  pas a déjà été franchi,  sans gène  aucune , par l'une  des deux petites formations associées aux Socialistes  , la  "Serbie Unie " , laquelle possède  aussi une origine sulfureuse pour avoir eu ARKAN  comme fondateur  . Son actuel responsable, Dragan MARKOVIC, a déclaré : « Nous n'oublions pas les bombardements ...mais il n'y a pas de futur en Serbie sans une coopération avec l'Europe ...Notre attention doit aller vers les jeunes serbes ... les nouveaux investisseurs ... la création d'emplois ».  

   Pour arrimer la Serbie à l'Europe, le Parti Libéral soutiendra un gouvernement composé des Coalisés de TADIC et des Socialistes, mais il n'y participera pas. Redormir JOVANOVIC   veut être l''héritier  du premier ministre Zoran DJINDJIC  , assassiné en mai 2003 pour avoir transféré MILOSEVIC à La Haye et  projeté   de défaire le maillage administratif , militaire ,  économique  et mafieux  dans lequel ce dernier  avait enfermé la Serbie . Comme DJINDJIC, il recherche de véritables réformes ; une économie libérale,   la dissolution des monopoles gérés par des proches du pouvoir, la dépolitisation des services publics et un contrôle du Parlement sur les services secrets   etc.

 En outre, il se méfie de la Russie et n'approuve pas les modalités de l'accord avec Gazprom. (8)                                                                 + 

                    Une gestion des affaires publiques par les Démocrates et les Socialistes avec le soutien des Libéraux, pourrait se révéler   un exercice laborieux. Ralliement et conversion à l'Europe sont tardifs, rapides et entachés d'opportunisme. Les Socialistes auront de la peine à accepter les conséquences économiques et autres du libéralisme ainsi que toutes les exigences du TPIY et aussi à prendre leurs distances à l'égard des Serbes de B-H. Sur le Kosovo, TADIC est aussi catégorique que les autres nationalistes ; son indépendance est inacceptable et doit être combattue .Sur cette question, il subira la surenchère des Radicaux et des Démocrates de Serbie majoritaires dans 20 des 25 communes où les Serbes du Kosovo ont voté.

Mais ,  il  réalisera bientôt qu'il ne peut pas , en même temps , vouloir l ` intégration dans l'Union européenne et  s' opposer à l'action de l'Union  au Kosovo ;  action qui bénéficiera à  tous les Kosovars, albanais, serbes et autres . S'il ne modifie pas son comportement, il entrera rapidement en conflit avec Bruxelles et la plupart des pays membres de l'U.E. Il devra accepter les réalités. 

      Toujours imprégnés d'étatisme et désireux de conserver leur électorat populaire, les Socialistes proposeront des réformes sociales protectrices ; santé, logement, retraites, travail. Etc. Leurs exigences se heurteront à l'orientation social-démocrate du parti de TADIC. 

      Il n'est pas certain que le président TADIC, en apparence plus à l'aise dans la représentation que dans l'animation d'une équipe composite, dispose de l'autorité naturelle indispensable pour surmonter des divergences importantes. Il reviendra au Premier Ministre --qui n'est pas encore désigné -- la tâche d'arbitrer et de décider dans un gouvernement où les Minoritaires (20 Socialistes et 13 Libéraux sur les bancs du Parlement) seront d'autant plus exigeants qu'ils se sauront indispensables.  

             Si la solution européenne l'emportait -- ce  qui satisferait  non seulement l'U.E. et les Etats-Unis mais aussi la Macédoine , la Bulgarie , le Monténégro , l'Albanie , la Croatie ,  la Slovénie ,  la B-H  et  les Albanais du Kosovo --  la Serbie devrait être traitée comme un candidat ordinaire . Lui faire de nouveaux cadeaux pour faciliter ou hâter son intégration, par exemple, serait injuste   vis à vis des autres candidats. Cela porterait atteinte aux critères et aux procédures de Bruxelles. En outre, accorder à Belgrade un traitement préférentiel serait lui rendre un bien mauvais service au plan géopolitique. Ceux des  Serbes,  qui pensent que la Serbie est un pays à part ayant une vocation  particulière , se sentiraient confirmés dans leurs illusions .Et,  on  sait les désastres  provoqués dans l'Europe du Sud -Est par la  valorisation  identitaire .! 

            Le 22 mars, le président TADIC a entamé   la procédure officielle pour la désignation d'un nouveau Premier Ministre et d'un nouveau gouvernement. Il a reçu les formations retenues par la Commission électorale pour constater qu'aucune ne pouvait présenter un gouvernement. Le Parlement issu des urnes se réunira pour la première fois en juin. D'ici là , les  tractations risquent de prendre du temps à cause des hésitations des uns ,  des manœuvres des autres , de la tentation   de faire monter les enchères et  de la volonté de réaliser  pour la ville de Belgrade  et dans d'autres municipalités de province  des alliances politiques en harmonie avec celle qui s'imposera  au sommet .  Mi-septembre, faute d'un accord sur un gouvernement, les électeurs serbes devraient de nouveau se rendre aux urnes.  

G. M. Chenu, Ministre plénipotentiaire.

le 24 mai 2008. 

   NOTES ; 

(1) Le corps électoral comportait 6.747 867 électeurs (dont 51 211 à l'étranger et 91 639 au Kosovo). 22 formations étaient en compétition (11 représentants des minorités ou une région particulière). La participation fut de 60%. 

(2) Le Parti Radical de Serbie fut crée en 1991 par Borislav SESELJ, présentement jugé à La Haye.

(3) A l'exception de la Voïvodine dont 38 communes sur 45 ont donné une large majorité aux flirtes pro-européennes.  

 (4) La carte politique de la Serbie est compliquée car, le plus souvent, les grandes formations s'associent, en période électorale, avec des partis pilotes. 

            Ce fut le cas pour 3 d'entre elles :  

      --Le Parti Démocratique de Boris TADIC a formé une coalition électorale avec le " G17 Plus " de Madian DINDIC ; le " Mouvement du Renouveau Serbe " de l'inoxydable Vuk DRASKOVIC ; la " Ligue de Voïvodine" de Nena CANAC ; et   le "Parti Démocratique du Sandjak «, 

 -- Le Parti Démocratique de Serbie de Borislav KOSTUNICA a passé une alliance avec la " Nouvelle Serbie " d'Elimer ILIC,

      -- Le Parti Socialiste de Serbie d'Ivica DACIC a fait équipe avec le " Parti des Associations de Retraités " de Jovan KRKOBAHIC et la  " Serbie Unie " de Dragan MARKOVIC,

            Deux formations politiques se sont présentées seules ; 

      -- Le Parti Radical Serbe dirigé par Toila NIKOLIC   mais présidé par Borislav SESELJ.

     -- Le Parti Libéral de Cédomir JOVANOVIC. 

 (5) Officiellement, l'Eglise Orthodoxe Serbe n'a pas fait connaître sa position. 

(6) L'ancien premier ministre, président du parti socialiste de Grèce, PASOK, aurait   formulé trois préalables ; reconnaissance du TPIY ; acceptation de l'ASA et démocratisation interne du Parti socialiste de Serbie. 

(7) A Belgrade, l'Ambassadeur de Grande Bretagne s'est fait publiquement l'avocat de cette novation < " Le Parti Socialiste n'est pas destiné à toujours exister comme le parti de Milosevic ! >"

(8) La Russie ne semble pas s'alarmer de ce virage des Socialistes ni de l'éventualité d'un gouvernement " européen " à Belgrade. Moscou est solidement implanté en Serbie avec Gazprom et le projet de gazoduc Southsea.

 L'AUTEUR

Ministre plénipotentiaire hors cadre, a été notamment ambassadeur de France à Lomé (1985-1990), puis ambassadeur à Zagreb (1992-1994), coordinateur de la présidence française pour Mostar (1995), observateur pour l'OSCE pour les élections générales en Bosnie-Herzégovine (1998).

Il a publié dans les revues, Politique étrangère et Esprit. Il a donné une longue postface à l'ouvrage de M. Bronstein, "François Mitterrand à Sarajevo ; 28 juin 1992 : le rendez-vous manqué", Paris, éd. Harmattan, 2001. Il a également publié une contribution intitulée "Balkans (1991-1995), une amère expérience", dans l'ouvrage intitulé "Les diplomates. Négocier dans un monde chaotique", dirigé par Samy Cohen, Paris, éd. Autrement 2002.

Il est, depuis 1996, responsable du séminaire de Géopolitique des Balkans au Collège Interarmées de Défense, à Paris.

Il a également publié "Quels Balkans pour le XXI e siècle ?", en octobre 2003 sur diploweb www.diploweb.com/forum/chenu2.htm

 DIPLOWEB, un partenaire éditorial de RELATIO europe



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