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Résister, survivre, vivre... Denis Rouvre comme témoin

Publié le 17 novembre 2014 par Lifeproof @CcilLifeproof

Stimultania, pôle photographique à Strasbourg présente jusqu'au 4 janvier une exposition de Denis Rouvre : « résistants ». Dans un espace volontairement assombri, on est face à de grands portraits de japonais et kanaks : saisissant !

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Denis Rouvre, Odette Cheinon. © Denis Rouvre

Cette exposition, tous ceux qui m'en ont parlé, m'en ont dit du bien, des photographies présentées surtout. En y allant, je me suis rendue compte d'à quel point il serait difficile de transmettre ce que l'on peut ressentir à être face aux portraits de ces hommes et femmes photographiés par Denis Rouvre. Ce photographe français né en 1967, connu, reconnu, qui a tiré le portrait de nombreuses "stars" (de Charlotte Gainsbourg à Ed Harris en passant par Quentin Tarentino et Uma Thurman), s'est intéressé à des êtres anonymes, ordinaires. Héros du quotidien pour Denis Rouvre, ils deviennent modèles de l'artiste qui est alors témoin de ces vies.

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Denis Rouvre, Agathe Nonmeu, Nouvelle-Calédonie. © Denis Rouvre

À Stimultania, deux séries sont montrées : Kanak et le Japon. Deux voyages, deux types de rencontres différents, des regards d'hommes et de femmes qui ont un point commun : un regard qui transperce, transmet, exprime. Ce que Denis Rouvre a cherché à montrer c'est la résistance, la quête de vie et la volonté de résister, survivre, vivre suite à des tragédies ou des mutations.

Avec la série Kanak, on est face à des hommes et des femmes de diverses tribus de Nouvelle-Calédonie. Leur mode de vie oscille entre coutumes et modernité. Ce sont deux mondes opposés qui se confrontent, comment intégrer la "modernité", de nouveaux codes, de nouvelles technologies tout en conservant des coutumes ancestrales ? Est-ce possible ? L'identité d'un peuple passe aussi par ses coutumes, où passe-t-elle, que devient-elle si elle est mise à mal et détruite ? Quels sont alors les repères et les possibilités de devenir de ces tribus, de ces hommes et femmes en pleine mutation ? En se promenant sur le site internet de Denis Rouvre, on peut lire un texte de Natacha Wolinski au sujet de cette série, il commence comme suit : « l'art de la guerre commence avec l'affirmation d'un regard. Résister, c'est ne pas baisser les yeux. Depuis l’autre bout du monde, depuis l’autre bout de la France, depuis la commune de Canala, à trente kilomètres au nord de Nouméa, Toawani Tonchane, Basile Kaitchou, Toawani Moasadi, Franck Tomedi, Ezekia Diake nous regardent dans les yeux. Ils se présentent face à l’objectif du photographe. Ils se présentent face à nous. On ne voit pas leurs corps mais on les devine fichés en terre, ancrés dans un sol dont jamais on ne pourra les déraciner. Ils sont fils et filles de la terre kanak. Ils sont de la tribu des irréductibles, de Gelima, de Nonhoué, de Nakety, de Neho... ». Le regard est le fil conducteur de cette exposition, on peut se perdre dans ces regards, être submergés par la force et la volonté qui s'en dégagent.

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Denis Rouvre, Toku KONNO, série Low Tide. © Denis Rouvre

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Denis Rouvre, Haramachi II, série Low Tide. © Denis Rouvre

Ce regard de résistance, on le retrouve aussi dans les portraits que Denis Rouvre a réalisés au Japon. Suite au tremblement de terre, au tsunami et à la catastrophe nucléaire de Fukushima de 2011, il s'est rendu dans ce pays ravagé, il est allé à la rencontre de ces femmes et de ces hommes qui ont tout perdu, ont vu leurs vies ravagées, balayées violemment. Avec la série Low Tide ou marée basse, on est face aux portraits de survivants du tsunami, de personnes qui ont, suite à cette catastrophe, été relogés dans des quartiers et des habitations construits pour eux. Les visages sont sculptés, dramatisés par la lumière, on est dans un face intimiste avec des individus dont la souffrance est visible sur leur visage, dans leurs yeux, dans leur regard qui se fait l'écho du cataclysme qu'ils ont vécu. Dans cette série, Denis Rouvre présente aussi des photographies en noir et blanc des paysages ravagés, pendant dramatique qui répond aux regards des survivants, à leurs regards de résistants, parce que c'est ce qu'ils sont.

Cécile.

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Denis Rouvre. Résistants.

Du 17 octobre 2014 au 4 janvier 2015

Stimultania, pôle photographique

33 Rue Kageneck, 67000 Strasbourg

03 88 23 63 11

Du mercredi au dimanche de 14h à 18h30. Entrée libre.


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