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Faust l’interview

Publié le 18 novembre 2014 par Hartzine

Faust 2Alors que Faust sort un nouvel album sur Bureau B le 28 novembre prochain, intitulé j US t et sur lequel il est possible encore une fois de s’étonner avec par exemple l’utilisation d’une machine à coudre comme métronomeet tandis qu’ils seront en concert le vendredi 21 novembre dans le cadre du festival boulonnais BBmix qui fête ses dix ans (programmation), nous avons sauté sur l’occasion pour brosser les grandes lignes d’un mouvement musical encore omniprésent et poser quelques questions au désormais duo formé par Jean-Hervé Peron et Zappi Diermaier.

Avant d’être rangé au rayon genre ou influence de l’histoire musicale contemporaine cité à tout bout de champ, le krautrock connut, en tant que mouvement, une géographie étriquée, l’Allemagne de l’Ouest, en plus d’une histoire relativement courte, se bornant à la période 1969-1975. Longtemps considérée, à tort, comme un sous genre du rock progressif, l’avant-garde krautrock est le fruit d’une poignée de musiciens, qui, s’ils ne se définissaient pas spontanément comme scène, partageaient néanmoins une approche radicalement expérimentale dans l’utilisation de nouvelles technologies appliquées à la musique (synthétiseurs, séquenceurs, échantillonneurs). S’il était d’usage, au début des années 70, de parler de kosmische music à l’égard de groupes tels que Can, Faust, ou Neu !, le terme krautrock, littéralement “rock choucroute“, apparaît pour la première fois au cours de l’année 1972, lorsque l’Angleterre, via le Melody Maker et le New Musical Express, se passionne pour ces formations mélangeant, dans un délire fusionnel, rock psychédélique, rythmiques funk, improvisations jazz et électronique d’avant garde. Longtemps considéré comme péjoratif, puisqu’au départ il désignait, dans un élan de paresse, l’ensemble de la production rock teutonne, le terme krautrock apparaît pour la première fois noir sur blanc au tracklisting de l’album IV de Faust avec un morceau long d’une quinzaine de minutes en forme de véritable archétype du genre : rythmiques répétitives et mélodies lancinantes, distendues et étirées au maximum, agissant communément comme chemin le plus court vers la transe.

Au sortir de la guerre, les soldats américains, disséminés partout en Allemagne de l’Ouest, n’avaient pas seulement popularisé les chewing-gums et le coca-cola. Ils inoculèrent au sein d’une jeunesse désœuvrée l’essence d’un mythe, le rock’n’roll que les foules vivaient jusque là soit par procuration, soit par le biais de pâles copies locales d’une Beat Music triomphante (Beattles, The Who). Le souffle libertaire balayant l’Europe en 1968 changea alors fondamentalement la donne de ce côté là du Rhin. Tandis qu’en France la passion du grand public ne se vouait qu’encore et toujours à des artistes recopiant les formats archi-dominants de la pop anglo-saxonne, les groupes de kosmische musik participèrent eux à une émancipation du rock allemand vis-à-vis de ces derniers. Faust signifie poing, signe apparent de révolte, Neu! singe le langage publicitaire avec son message le plus concis (Nouveauté !) et CAN est l’acronyme de Communisme, Anarchisme et Nihilisme. En ce sens, le krautrock doit donc être considéré comme un mouvement éminemment politique dans un pays saccagé puis séparé successivement par deux idéologies liberticides : son essence même s’apparente à un rejet envers le passé, l’establishment et quelconque tutelle étrangère. D’ailleurs, la quantité astronomique de disques produits sur cette période peut s’analyser rétrospectivement comme une façon de dire aux Américains et aux Anglais, ça va, on se démerde, il y a de quoi faire. Le krautrock dans sa démarche d’absorption et de recréation des genres se mua dès 1972 en véritable raz-de-marrée discographique à raison de cent cinquante disques par an, et ce, jusqu’au début des années 1980, se muant en legs audacieux d’une jeunesse allemande qui piétina le passé en dansant selon le mot de Julian Cope, préférant de loin les psychotropes au déshonneur d’un drapeau entaché de sang. Il permettait la relecture libératrice des codes d’une culture importée sans jamais convoquer autrement que par la distance une identité germanique malmenée. Et si Can refusait d’être considéré comme un groupe allemand, avançant la nationalité de leur chanteur successif, le sculpteur américain, Malcolm Mooney, suivit du chanteur japonais, Damo Suzuki, Faust dénombrait parmi ses membres fondateurs un français, Jean-Hervé Péron.

L’œuvre sur laquelle s’articulera la nébuleuse kraut est Hymmen, hymnes pour sons électroniques et concrets datant de 1966, du compositeur Karlheinz Stockhausen, qui, dans cette création expérimenta la technique de collages sonores, forme primitive du remix et champ d’investigation privilégié de Faust, pour martyriser l’hymne national allemand alors perçu comme un symbole d’oppression. Associé au minimalisme d’un Steve Reich et à la radicalité rock du Velvet Underground, la volonté d’expérimenter conféra toute sa spécificité au krautrock, notamment dans son appréhension de la déferlante psychédélique. Les groupes formés au quatre coin de la RFA, comme Can à Cologne, Tangerine Dream à Berlin-Ouest, Popol Vuh et le collectif libertaire Amon Düül à Munich, Organisation (futur Kraftwerk) à Dusseldörf, n’avaient pas conscience de telles accointances dans la recherche effrénée d’un son nouveau. Traumatisés par le Velvet Underground et par le I’m the Walrus des Beatles, Irmin Schmidt (claviers) et Holger Czukay (basse), tout deux disciples de Stockhausen optèrent pour le rock et créèrent Can en 1968. Peu après une véritable scène commence à émerger sous l’égide d’un journaliste rock hollandais, Rolf-Ulrich Kaiser. Il participa, dès 1968, à l’organisation de l’Internationale Essener Songtage Festival, où, hormis quelques pointures de la mouvance underground américaine, tel Frank Zappa, de jeunes groupes comme Tangerine Dream, Guru-Guru et Amon Düül jouèrent pour la première fois devant un auditoire aussi vaste. En 1969, à l’initiative du label ouest-allemand Metronome, Rolf-Ulrich Kaiser, aidé du producteur Peter Meisel, mis sur pied le label Ohr regroupant au sein d’une même structure des groupes tels que Kraftwerk, Amon Düül, Tangerine Dream et Ash Ra Tempel. Monster Movies (1969), le premier album de Can, est la source d’un engouement poussant Polydor à se lancer sur le terrain du label Ohr. Loin de la supercherie commerciale, les maestros de l’incongruité comme se plaît à les nommer Simon Reynolds, recrutés par le journaliste Uwe Nettelbeck missionné par l’antenne allemande du label anglais, inscrivirent entre Can et Neu!, dès 1971 et leur premier album éponyme, le nom de Faust dans la sainte trinité krautrock. La même année, deux échappés du label Ohr, effrayés par la personnalité autocratique de Rolf-Ulrich Kaiser, fondèrent Brain Records et s’entourèrent du producteur Conny Plank qui attira des groupes tel que Guru Guru, Cluster et Harmonia, en plus de deux membres dissidents de Kraftwerk, le batteur Klaus Dinger et le guitariste Michael Rother. Mécontents de l’orientation tout à l’électronique pris par Kraftwerk, ils quittèrent le groupe pour fonder Neu! et la motorik, hypno-groove consacrant l’adage selon lequel la restriction est mère de l’invention.

Aguichées par un échos international sans cesse grandissant, la presse musicale anglaise s’éprenant de kosmische music, les majors créèrent chacune leur division consacrée au krautrock. BASF débaucha l’omniprésent Rolf-Ulrich Kaiser pour fonder l’éphémère et moins expérimental label Pilz, qui hébergea entre autres les berlinois de Popol Vuh. Virgin, fondé en 1972 par Richard Branson et Nik Powell, se constitua un catalogue impressionnant de groupes de rock progressif et signa, dans la foulée, Faust, en grande difficulté avec Polydor, et bien plus suivi en Angleterre qu’en Allemagne. Pour preuve, les ventes de leur premier album furent ridicules de l’autre côté du Rhin tandis que le disque se rependit telle une traînée de poudre outre-manche, à tel point que Polydor sorti leur second long format, Faust So Far, d’abord dans les bacs de la perfide Albion. Prenant le pari de vendre le trente-trois tours The Faust Tapes au prix d’un quatre-cinq en 1973, Virgin intensifia le mythe Faust puisque le disque, véritable cut-up de vingt-six segments, inonda littéralement les ondes malgré sa complexité apparente, créant aux dires de Julian Cope un véritable phénomène social puisqu’un court instant l’avant-garde pénétrait les foyers les plus normaux. La même année, alors que les disques d’anthologie s’accumulaient dans les rayons des disquaires allemands (Neu! 2, Faust Tapes et Futures Days de Can), Rolf-Ulrich Kaiser, complètement subjugué par les attributs du LSD et s’entichant du pape américain en la matière Timothy Leary, lança un sous label d’Ohr, Kosmischen Kuriere, embrigadant le guitariste d’Ash Ra Tempel, Manuel Göttsching et l’ancien batteur de Tangerine Dream, Klaus Schultze, dans de longues sessions d’enregistrement sous acides. En s’en appropriant le résultat, sous le nom de Cosmic Joker, Rolf-Ulrich Kaiser précipita la fin de ce qu’il avait contribué à créer. Les artistes lui intentèrent un procès qu’ils gagnèrent, les contrats furent annulés par la justice allemande et Ohr dut mettre la clé sous la porte. En 1974, et alors que Rolf-Ulrich Kaiser, traqué par le fisc allemand, s’apprêtait à quitter le pays pour rejoindre Leary, Krawtwerk rencontrait un gigantesque succès international, sortant Autobahn, qui, s’il popularisa le krautrock dans sa version électronique, occulta la dimension rock d’un mouvement sauvagement mis à mal, dès 1976, par l’explosion du punk en Angleterre. En témoigne la décision de Virgin, éconduisant Faust en 1975 suite à l’échec commercial de leur album IV.

Faust

Vers la fin des années 1970, il devint clair pour Kurt Enders, un chasseur de tête chez Polydor, qu’il existait un créneau pour la musique radicale des rockeurs ouest-allemand (…). Il En parla au critique musical Uwe Nettlebeck, lequel, très impressionné, voulut aussitôt transformer cela en programme d’action. Ainsi naquit Faust – d’une façon aussi froide et aseptisée que ça.  En fait, pas vraiment. C’est un formidable défi qui montre que de temps en temps, quelque visionnaire au sein d’une maison de disque peut avoir raison sur toute la ligne. Julian Cope – Krautrocksampler (Kargo & L’Eclat / 2005).

En schématisant à l’extrême, et même si sa spécificité réside dans le paradoxe entre une discipline stricte et d’une liberté absolue tel qu’énoncé par Simon Reynolds, le son krautrock est dual. Chacun des groupes naviguait entre les deux pôles que sont l’héritage rock et la promesse électronique. Avant le départ du batteur Klaus Dinger et du guitariste Michael Rother, Kraftwerk déployait une sensibilité exploratoire essentiellement rock. Dès Autobahn, le groupe s’engagea dans un tout électronique qui les consacra père de la musique électronique et précurseur de la synth-pop. L’hypnotique rock du triumvirat Can, Neu! et Faust se distingua par la suite des divagations cosmiques d’Ash Ra tempel, Tangerine Dream, Cluster ou Harmonia, nettement plus électroniques.

Précurseur d’une musique élaborée uniquement par synthétiseur, Klaus Schulze (ex-Tangerine Dream) quant à lui devint pionnier d’une musique électronique méditative et planante. Par le biais d’Ash Ra Tempel auquel participa Schulze, ou sous son propre nom, Manuel Göttsching explora une même voie, sortant en 1984 le prophétique E2-E4, album-morceau d’un seul tenant annonçant l’ambient techno. Si Tangerine Dream fut vite associé à la soupe New Age, Electronic Medidations (1970) témoignant cependant d’un sens expérimental centré sur les guitares et leurs déflagrations, Cluster fut l’un des groupes de la Kosmiche les plus en avance sur son temps. Après avoir disséqué la matière sonore sous le nom de Kluster, le duo formé par Roedelius et Moebius confectionna à l’aide de pédales d’effets et de synthétiseurs balbutiants d’hallucinants paysages sonores (Cluster IICluster 71), motifs obsessionnels de leurs compositions. Ils collaborèrent ensuite avec Brian Eno, puis Michael Rotter, sous le nom d’Harmonia, véritable proto-électronica. Suite à trois premiers albums mariant minimalisme new-yorkais et avant garde électronique allemande, Ralf Hutter et Florian Schneider décidèrent d’engager Kraftwerk dans la création d’une musique pop entièrement synthétique. Si Autobahm, symphonie pour synthétiseurs et boîte à rythmes leur ouvrit le chemin d’une renommée toute tracée, Trans-Europ-Express en 1977 constitua  l’apothéose esthétique du groupe.

Sous la férule de Teo Macero, producteur de génie, Can entamait d’éloquentes sessions d’improvisation dans leur studio – l’Inner Space, chatêau situé près de Cologne – qui oscillaient, avant de se muer en formules cohérentes, entre rock psychédélique, musique répétitive et expérimentations bruitistes. Si les premiers disques étaient plus arides (Mother Sky), le groove qui s’insinua dans les compositions (Tago Mago), aboutit finalement à une musique apaisée, nimbée de lumière, comme en témoigna la « trilogie Gaïa » (Future Days, Soon over Badaluma, Landed). Loin d’une telle évolution et refusant le beat funk, Neu! fut le groupe le plus proche de Can, déployant sa motorik au rythme de pulsations métronomiques. A mille lieux de la cohérence de Neu!, Faust pratiquait l’hétérogénéité et le collage dadaïste, au sein d’albums qui fourmillaient de juxtapositions discordantes et de raccords cut saisissants. Selon Uwe Nettlebeck, alors interrogé par le NME, Les Faust ne sont pas des professionnels. Nous avons toujours aimé l’idée de sortir des disques qui n’avaient pas forcément une finition conventionnelle… La musique devait évoquer un enregistrement pirate, comme si quelqu’un avait saisi le groupe pendant des répétitions ou un bœuf, puis monté sauvagement différents passages. Entre crasse et esthétisme, entre méthode intuitive et volonté de transcription de la rumeur cosmique, entre sens mélodique absolu tel que révélé par l’inoxydable Jennifer, et bordel bruististe inénarrable par les mots, entre hurlements, chuintements, tressaillements et incorporations de non-instruments préfigurant la musique industrielle telle qu’instiguée par Einstürzende Neubauten au début des années quatre-vingt, Faust a toujours tracé sa voie propre, dans le halo du secret, influençant, aussi bien dans sa démarche que dans sa tonalité, Cabaret Voltaire que Throbbing Gristle.

Le son krautrock, qu’il soit kosmische, motorik ou dadaïste, traduisait une même préoccupation inconsciente : le double dépassement de la guitare comme instrument, du rock comme mouvement. Jouant de pédales d’effets qu’ils fabriquaient eux même, puis poussant les limites de celles-ci via leur table de mixage bidouillées, l’utilisation de leurs guitares présageait l’avènement du synthétiseur, voir de l’ordinateur. Le groove, l’espace et les textures du rock se trouvaient alors transfigurés par la répétition et l’hallucination, garantissant ainsi l’immersion totale de l’auditeur.

Entretien avec JHP.art-Errorist pour faUSt

Faust Zappi (Credit Ian Land)

Photos © Ian Land

Vous avez été à l’origine de la création de Faust en 1971. Il a souvent été écrit que Faust était une sorte de super-groupe instigué par Polydor pour s’engouffrer dans la brèche béante ouverte par Can et consorts. Avec le recul, est-ce la réalité ou est-ce un postulat historiciste visant à romancer la naissance du krautrock ?

Celui qui est vraiment le créateur de Faust, c’est notre producteur Uwe Nettelbeck, décédé hélas, sacré nom de dieu, que son âme repose en paix. C’est lui qui aura su faire converger les énergies intenses mais disparates et souvent contraires de chacun de nous, membres de Faust. Sans lui, les membres n’auraient jamais fait connaissance, sans lui, son formidable aplomb et sa perspicacité jamais nous n’aurions pu berner Polydor et les convaincre de s’embarquer dans cette folle aventure qu’est Faust. Sa femme Petra Nettelbeck a joué aussi un rôle discret mais essentiel, sur le plan humain. Polydor ne fut que le vecteur portant, la machine à disques qui ne veut, mais c’est dans l’ordre des choses, que faire du fric.

Comment avez-vous rencontré les autres protagonistes de Faust et quel a été votre cheminement artistique pour aboutir au monumental et avant-gardiste album Faust ? 

Histoire banale : on fréquentait tous les mêmes bistrots, donc sans se connaître vraiment, on savait tous qui faisait quoi, où, quand. Donc quand Uwe, après avoir écouté une cassette (eh oui, cassette !) démo de Rudolf, Gunther et moi, a trouvé ça bien mais il nous a dit qu’il serait mieux d’avoir un batteur en plus. On a demandé à Zappi qui a accepté à condition que  l’organiste, Irmler, et le deuxième batteur, Meifert, soient pris avec lui. Voilà l’histoire vraie du boy-group faUSt. Faust a exigé de Polydor, par le biais d’Uwe, qu’ils nous mettent à disposition un studio où l’on pourrait vivre en commun, qu’ils financent le matos, la bouffe et qu’ils nous foutent la paix pendant un an ! Uwe a su leur faire accepter ça !! Le reste tu connais : Faust sort Clear, le vinyle transparent avec le poing rayons-X, puis Faust fait paraître l’album So Far tout noir, puis foutu dehors, puis Virgin avec les faUSt Tapes et faUSt IV puis re-foutu dehors  etc.. etc.. etc…

Le Faust de Goethe pactise avec Méphistophélès. Pourquoi avoir choisi ce nom et avec qui avez-vous pactisé à l’époque ?

Pourquoi ? Parce que c’est court, percutant, et ça se prononce facilement dans toutes les langues… et puis il y a un double symbole. Faust veut dire poing en allemand, symbole de la révolte. Et Faust qui vend son âme pour aboutir à ses aspirations. Dans notre cas, Gretchen s’était un studio, du matos, et assez de fric pour pouvoir vivre. Le Mephisto, c’était l’industrie du disque. Assez clair et pas de remords. Je pense que finalement c’est Méphisto qui s’est fait… errr… avoir !

Avez-vous eu le sentiment à l’époque de faire partie d’un triumvirat sacré – avec Can et Neu!…

Non , je savais même pas qu’ils existaient !

… à l’avant-garde d’un mouvement musical prépondérant pour encore de longues années ?

Non, on faisait notre truc, on suivait nos impulsions, on pensait à rien, RIEN d’autre que de faire la musique qui était en nous, crée par la situation politique, sociale. Nous, comme tous les artistes de tous les temps, n’étions et ne somment que les média d’une rumeur cosmique sous-jacente mais omniprésente.

Quel été le lien entre toutes ces formations à qui l’ont a apposé les étiquettes de Krautrock ou kosmiche music ?

Pour nous, aucun ! nous avons vécu dans notre studio, en retrait de tout. Pas de télé, pas de journaux, pas de radio… rien. Cloîtrés volontairement avec nos chiens

A votre égard, on lance souvent les mots de collage et dadaïsme. Votre démarche a-t-elle toujours voulu être expérimentale ?

C’est vachement difficile de répondre à ta question, parce que, vois-tu, on n’a jamais fait  notre musique avec préméditation. Il n’y a pas de plan, de théorie, de préparation, de concept. Mais bon, oui, nous avons toujours préféré l’approche dilettante – c’est à dire dans la joie – plutôt que systématique ou intellectuelle.

Quelle place était accordée à l’improvisation et à l’incorporation de nouveau son / technologie dans votre processus créatif ?

100 %. Point final !

Faust Jean Herve (Credit Ian Land)

Photos © Ian Land

A la fois radicale et anticonformiste votre musique a dès le départ été distribuée à grand tirage…

Bof, t’es  sur de ce que tu dis ? Grand tirage, c’est quoi ?

… et ce, jusqu’à ce que Virgin refuse votre cinquième album.

Dommage, parce qu’il aurait pu être super chouette… d’ailleurs il est sorti plus tard avec Recommended Records et aussi sous d’autres formes en bootleg.

Quel a été votre ressenti s’agissant de “l’industrie musicale” ? 

Tu sais, quand on a vingt et quelques ans, on s’en fout royalement… Nous n’avons jamais accepté de faire de compromis avec qui que ce soit… Ils – les industries musicales – font leur boulot et suivent leurs règles de jeu… nous on fait kifkif, on suit nos règles de jeu à nous… Ça a souvent fait boum-crac-on-s-casse.

Mais quel est actuellement votre opinion par rapport à son évolution ?

Aucune idée. Il me semble que, en gros, il n’y a pas grand changement. En ce moment, Zappi et moi, nous sommes avec Bureau B d’Hambourg et travaillons avec Gunther Buskies qui semble être un idéaliste comme on en voit pas beaucoup. Ça fonctionne facile, c’est agréable.

Rétrospectivement, quel disque de Faust est plus à même d’en définir l’essence ? L’inaugural Faust ? Outside the Dream Syndicate réalisé en collaboration avec Tony Conrad ? Ou Faust IV qui par le morceau Krautrock auto-référence le genre du même nom ? 

Ah la la ! C’est féroce une question comme ça ! Tu t’imagines bien que pour moi chaque album est essentiel… Comment veux-tu que je choisisse l’un ou l’autre… Demande à une mère quel enfant est essentiel pour elle et tu te ramasses au moins un sale coup d’œil ou une bonne baffe !

Entre 1975 et 1990, Faust était en hiatus. Qu’avez-vous initié personnellement durant cette période ?

C’est un secret et jamais je ne le révélerai. En tout cas, je peux te dire que nous avons pris notre pied en faisant de la musique en underground…

Et pourquoi avoir reformé Faust avec Irmler et Diermaier ?

J’en sais rien. Parfois je me dis que ça a été la plus grosse connerie de ma vie… parfois je pense que notre album à trois You Know faUSt est super. Je ne sais pas. C’était viscéral.

Vous venez de sortir Just en octobre dernier qui emprunte de nouveau chemin, entre instruments à cordes et divagations au piano, bien loin de la musique bruitiste. Qu’avez-vous voulu transmettre par son biais ? 

J’aime beaucoup le mot divagation et ce serait même la réponse à ta question. En effet, nous, Zappi et moi, ne souhaitons transmettre quoi que ce soit précisément mais plutôt nous aimons nous balader musicalement sans but conscient, divaguer. Nous espérons que si vous nous accompagnez dans notre balade, ça saura vous titiller les vertébrales et exciter les cérébrales. C’est tout. Et surtout, n’oubliez pas de nous envoyer le résultat.

Vous jouez très bientôt dans le cadre du festival BBmix. Quelle est votre appréhension de la performance scénique et que cherchez-vous a (re)créer sur scène ?

Un monde inhabituel, voir même déstabilisant. Inciter notre public à larguer les amarres et prendre le large vis-à-vis de soi-même, de ses a priori, de se dilater le cœur et les oreilles, de regarder une bétonnière avec intérêt, d’écouter une machine à coudre avec amour et de sentir la chlorophylle… Tout ça dans la joie… Il n’y a rien de sérieux dans notre musique.

Vous considérez-vous comme un précurseur ?

Définitivement : non ! tout a été déjà dit et fait, nous apportons seulement une nouvelle facette à une grosse balle qui tourne depuis toujours.

Et considérez-vous toujours votre démarche, à l’image du festival que vous organisez depuis maintenant plus de dix ans, comme artiste avant-gardiste ?

Merci d’aborder le thème du avantgardefestival. Je l’organise en effet avec ma femme, ma fille , mon fils, mon chien… et une grosse poignée d’amis idéalistes – bon dieu, merci à tout ceux-là – depuis dix-huit ans et j’en suis épuisé mais fier comme tout !

L’avant-garde est-t-elle un concept validé par le temps ou une réalité en musique ?

En temps que mouvement académique figé, historiquement bien précis, c’est un concept qui a su s’établir internationalement et traverser quatre ou cinq générations. Pris au sens propre du terme, l’avant-garde est un élément sain, vital, créatif du pire et du meilleur. Heureusement qu’il y a des hurluberlus, des possédés, des naïfs, des génies qui transcendent toutes les valeurs établies pour aller, sans gêne, sans  scrupule, impitoyablement et sans souci de la casse, pour regarder ailleurs ce qu’il s’y se passe.

Quels sont les champs d’investigations dans la musique qui vous paraissent désormais les plus excitants ? 

Les recherches dans le silence continu et dans l’ordre dans le désordre…. non attends !  Le désordre dans l’ordre et… Non, non, attends !  Ça y est ! Je sais : c’est… euh… c’est… merde, j’ai oublié.

Tracklisting

Faust – j US t [Just Us] (Bureau B, 28 novembre 2014)

01. Gerubelt
02. 80hz
03. Sur Le Ventre
04. Cavaquiñho
05. Gammes
06. Náhmaschine
07. Nur Nous
08. Palpitations
09. Der Kaffee Kocht
10. Eeeeeeh…
11. Ich Bin Ein Pavian
12. Ich Sitze Immer Noch


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