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[Critique] OSLO, 31 AOÛT

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] OSLO, 31 AOÛT

[Critique] OSLO, 31 AOÛT

Titre original : Oslo, 31.August

Note:

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Origine : Norvège
Réalisateur : Joachim Trier
Distribution : Anders Danielsen Lie, Hans Olav Brenner, Ingrid Olava, Tone Mostraum…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 29 février 2012

Le Pitch :
Anders a 30 ans. Des années auparavant, il a foutu sa vie en l’air avec la drogue, et réside maintenant en centre de désintox. Le 30 août, il a droit à une journée de sortie à Oslo pour un entretien d’embauche, mais en profite pour vagabonder à travers sa ville natale et rendre visite à de vieux amis. La journée devient de plus en plus difficile alors qu’il se voit confronté à ses démons personnels et aux fantômes du passé, avec l’espoir – ou la résignation – de peut-être avoir une nouvelle chance de trouver l’amour et une nouvelle vie…

La Critique :
Un jour à la fois. On dit que c’est le meilleur remède pour la désintox. Certains jours sont plus longs que les autres. Le Oslo, 31 août, de Joachim Trier est un film amené à hanter le spectateur, car il nous immerge 24 heures durant dans l’existence d’Anders (Anders Danielsen Lie), un drogué de 34 ans, patient d’un programme de réhabilitation, qui vient juste d’obtenir une autorisation de sortie. Il retourne ainsi dans sa ville natale pour la première fois en presque un an. Ostensiblement, il est là pour passer un entretien, mais il est surtout revenu pour contempler les dégâts et les échecs d’une vie gâchée.

Le premier film de Trier (à ne pas confondre avec Lars Von), Reprise (qui avait également Danielsen Lie en tête d’affiche), reste l’une des perles rares de cette dernière décennie. Ce souffle exubérant de cinéma mettait en scène deux amis, écrivains en herbe, dressés l’un contre l’autre dans une compétition constante où la grandeur mène à la folie, et où la médiocrité est une récompense en soi. Étalement bordélique lourdement endetté envers la Nouvelle Vague, Reprise filmait ses jeunes fêtards hyper-intellectuels comme des rock stars. Le film rendait l’érudition sexy, voire carrément envoûtante, et pas qu’un peu.

On pourrait donc considérer Oslo, 31 août comme la gueule de bois de ce premier métrage. L’énergie impertinente, « youpi-on-a-tous-20-ans » de Reprise a été ici remplacée par le désespoir glacial de la trentaine. La caméra ne bouge plus dans tous les sens. Maintenant, elle est enfermée dans des compositions d’image prudemment ordonnées et des cadrages hermétiques, éblouie par la lumière hostile du soleil scandinave. Le rythme est lent, délibéré, assujetti à de longs silences résonnants et à des murmures de conversation entendues par hasard. Un peu comme son protagoniste, Oslo n’est pas vraiment pressé.

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Librement inspiré du roman Le Feu Follet de Pierre Drieu La Rochelle (1931), le film suit patiemment Anders alors qu’il erre sans but à travers sa ville natale, essayant de reprendre contact avec de vieux amis et évaluer un monde qui a continué sans lui alors qu’il était perdu dans un bad trip d’héroïne. Ses rencontres sont souvent brèves et chargées de sentiments qui s’expriment surtout par des non-dits.

Anders retrouve premièrement son meilleur ami (Hans Olav Brenner) qui a dérivé vers l’inconfort de la paternité banlieusarde. La manière dont ce mec engloutit les bières à midi suggère qu’il n’est pas aussi bien installé qu’il ne le prétend, et les regards méfiants de sa femme plombent l’ambiance de leur conversation cordiale, reliant l’échange à un passé qu’on nous laisse imaginer.

C’est ça, le problème avec Anders. Tout le monde l’a laissé tombé des années auparavant, présageant que tôt ou tard, il finirait par crever tout seul. Ses parents doivent vendre la baraque pour couvrir ses dettes effroyables, et sa propre sœur ne peut même pas supporter de le retrouver au resto pour manger un morceau. À la place, elle fait semblant d’être occupée au travail et envoie sa copine et son air brusque lui faire des excuses. Ça fait tellement longtemps qu’on ne compte plus sur Anders, que l’on a oublié que sa soudaine réapparition s’apparente plus à un désagrément qu’à d’heureuses retrouvailles. Personne ne veut vraiment faire un effort parce qu’il va sûrement tous les décevoir à nouveau.

Donc pourquoi même prendre la peine ? À quoi bon ? Quel est l’intérêt ? C’est la question affreusement existentielle posée par Oslo, 31 août. Anders traverse le long-métrage comme un spectre, et le jeu de Danielsen Lie devient de plus en plus renfermé et énigmatique. Mec intelligent qui vient d’une bonne famille et qui pourtant ne peut pas s’empêcher de s’auto-détruire, Anders fait exprès de bousiller l’entretien et commence à se mettre dans des situations dangereuses, peut-être plus par habitude qu’autre chose. Trier garde la caméra devant Anders avec un téléobjectif resserré, le laissant divaguer à l’écran entre le net et le flou.

Il y a une ex-copine à New York qui ne répond pas à ses appels, et on a droit à un moment gênant avec un de ses anciens prétendants, qu’Anders essaye de pardonner (ça ne se passe pas comme prévu). Traînant avec des vieux potes, il découvre que le rythme des fêtes à changé. Tout le monde s’éloigne lentement et tristement vers la quarantaine, et une de ses amies regrette toutes ses copines qui se sont volatilisées avec le mariage et les gosses. Anders est seul. Il ne reste plus de place pour lui, désormais.

Oslo, 31 août est un film déchirant, tellement brutal et impardonnable, et pourtant discret et sincère jusqu’au bout. Il y a des moments d’une beauté presque lyrique, comme une balade nocturne à vélo à travers les nuages improvisés d’un extincteur, ou l’écho matinal des bruits de pas sur la pierre. Et quand Anders espionne des conversations dans un café du coin, on peut peut-être penser aux anges des Ailes du Désir du grand Wim Wenders. Comme Anders, ils attendent désespérément de faire partie d’une communauté qui reste légèrement, et cruellement hors d’atteinte.

@ Daniel Rawnsley

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Crédits photos : Memento Films Distribution

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