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Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

Publié le 24 novembre 2014 par Charlotte @ulostcontrol_

Hello,

Le livre que je vais vous présenter aujourd'hui est un « classique » de cette rentrée littéraire puisqu'il s'agit du dernier livre de Patrick Modiano, et vous n'êtes pas sans savoir qu'il a reçu cette année le Prix Nobel de littérature ! Je connaissais déjà un peu cet auteur puisque j'avais eu l'occasion de lire Un pedigree, Dora Bruder et Dans le café de la jeunesse perdue il y a quelques années. Lorsque j'ai appris qu'il sortait un nouveau livre, je me suis dit que c'était l'occasion de compléter un peu ma connaissance de cet auteur, et c'est vrai que le Prix Nobel m'a encore plus motivée... Je vous présente donc Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier.

Rentrée littéraire 2014 : Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier [Patrick Modiano] « - Et l'enfant ? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l'enfant ?
- Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu'il était devenu... Quel drôle de départ dans la vie...
- Ils l'avaient certainement inscrit à une école...
- Oui. A l'école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d'une grippe.
- Et à l'école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage...
- Non, malheureusement. Ils ont détruit l'école de la Forêt il y a deux ans. C'était une toute petite école, vous savez... »


L’histoire commence par un coup de téléphone. Jean Daragane est écrivain. Il vit seul et plus personne ne l’appelle depuis dès années alors forcément, lorsque la sonnerie retentit, le héros s’interroge, s’inquiète presque. A l’autre bout du fil, un certain Gilles Ottolini qui le contacte après avoir trouvé son carnet d’adresse dans une gare. Le rendez-vous est pris, ils se retrouveront au 42, rue de l’Arcade pour que Guy lui remette son carnet.Les ennuis commencent alors : Gilles Ottolini a repéré dans ce carnet le nom de Guy Torstel, un nom du passé dont Jean Daragane ne semble pas se souvenir – comme s’il ne l’avait jamais connu. A partir de ce nom, Jean Daragane va remonter le temps et faire un effort de mémoire pour essayer de recomposer son passé.

Ce qui est surprenant dans ce récit, c’est qu’il a presque la forme d’un roman policier. Selon moi, deux éléments de cette histoire viennent recréer l’atmosphère d’un roman policier.Déjà, la recherche du passé de Daragane se présente presque sous la forme d’une enquête : le héros essaie de remonter dans ses souvenirs, se plonge dans des dossiers, va interroger des témoins éventuels et repars sur les lieux de son enfance, à Saint-Leu-la-forêt, un peu comme un détective.Ensuite, l’atmosphère de ce roman est assez inquiétante et j’ai parfois eu l’impression qu’une sorte de menace planait sur le héros. L’attitude pressante de Gilles Ottolini, les mises en garde de Chantal contre celui-ci et le comportement énigmatique de cette dernière contribuent à créer une sorte d’angoisse, et même un certain suspens. Quelques mots laissés au hasard (tels que « la maladrerie » ou « le combinatie ») ont achevé de m’intriguer et m’ont donné l’impression d’être moi aussi enquêtrice.
Là où ça peut cependant devenir frustrant, c’est qu’à l’inverse d’un roman policier, aucune réponse ferme n’est apportée dans ce roman. Avec Modiano, le mystère reste irrésolu car en adoptant une focalisation interne (celle de Jean Daragane), l’auteur impose au lecteur un seul point de vue et restreint par conséquent ses connaissances, qui sont limitées à celle du héros.Et c’est d’autant plus frustrant que les connaissances du héros sont limitées. En effet, Jean Daragane peine à se rappeler son passé. Comme la plupart des personnages de Modiano, Jean Daragane a une relation particulière avec son passé. Il est à sa recherche mais nous donne l’impression de ne pas vouloir s’en souvenir, comme s’il faisait un déni.
Le rôle de l’écriture devient alors prépondérant, car celle-ci va permettre à l’auteur de venir en aide à son personnage et au lecteur : il va les aider à comprendre le fond de l’histoire et va éclaircir le passé. D'ailleurs, Daragane étant lui-même écrivain, on comprend que le récit peut être un moyen de reconstituer le passé par l'intermédiaire de l'écriture.
Modiano juxtapose ainsi dans ce livre des épisodes du passé à ceux du présent et passe de l’un à l’autre sans prévenir le lecteur. D’un chapitre au suivant, on peut ainsi faire un saut de dix ans dans le passé ! Attention donc à ne pas se perdre dans la narration et à ne pas confondre les époques ;-)
En ce qui concerne mon avis général, j’ai passé un très bon moment pendant cette lecture, et j’ai bien aimé découvrir cette nouvelle histoire. Je me suis vite prise au jeu et à l’intrigue, surement à cause de la forme de roman policier !
Après, mon impression concernant Modiano en général est assez particulière. Quand j’ai découvert ses livres, je me disais après la lecture : « oui, et ? », car les histoires qu’il nous raconte ne sont pas les plus palpitantes et les plus rocambolesques, alors j’avais l’impression que ces romans ne me marqueraient pas et ne me faisaient rien. J’avais presque l’impression de ne rien ressentir.Pourtant, des années après, je me souviens très bien de Dora Bruder et je me rends compte que ses romans font partie de ceux qui me laissent pas une impression excessive mais durable et indélébile ; car les livres de Modiano abordent le sujet poignant de la quête de l’identité, et mettent souvent en scène des personnages à la recherche de leur histoire – de leur pedigree. On s'attache donc facilement à eux, et on est souvent amenés à se reconnaître dans leur parcours, ou à être ému par leur histoire.
Au final, c’est un auteur que j’apprécie de plus en plus de découvrir, et cette nouvelle lecture me donne envie de me lancer dans un autre de ses livres. Je pense donc que je vais essayer de continuer sur ma lancée et de découvrir d’autres de ses œuvres en 2015 !
Rentrée littéraire 2014 : Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier [Patrick Modiano]

« Le Tremblay. Chantal. Le square du Graisivaudan. Ces mots avaient fait leur chemin. Une piqûre d’insecte, d’abord très légère, et elle vous cause une douleur de plus en plus vive, et bientôt une sensation de déchirure. Le présent et le passé se confondent, et cela semble naturel puisqu’ils n’étaient séparés que par une paroi de cellophane. Il suffisait d’un piqûre d’insecte pour crever la cellophane. » p.33

Avez-vous lu ce livre ou un autre de Modiano ? Est-ce que les prix littéraires (et notamment le Nobel) ont un effet sur vos achats et vos lectures ?


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