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Respire - Anne Sophie Brasme

Par Melusine1701

respireCharlène Boher, 19 ans, écrit depuis la prison où elle est incarcérée depuis deux ans. Entre le quotidien d'une prison où la peur et la mémoire sont ses pires ennemis, elle raconte l’amitié destructrice, toxique, qui l’a conduite à l’irréparable. Elle, la fille invisible, dépendante, mal dans sa peau depuis toujours, en quête d'une personne sur laquelle se reposer. Lorsque Sarah entre dans sa vie, elle pense l'avoir trouvé: elles s'aiment comme des soeurs, elles sont tout l'une pour l'autre. Sarah est belle, sûre d'elle, un véritable roc. Alors quand, et  comment, et pourquoi commence-t-elle à l’humilier, l’accabler de reproches, à lui faire sentir que sans elle, Charlène n'est rien? Et pourtant, toujours elle revient vers son bourreau.

C’est un de mes coups de cœur de jeunesse, que j'ai lu en 2001 et dont j'avais déjà publié une critique en 2007. Je l'ai relu pour la sortie du film. J'ai retrouvé la justesse de ce personnage torturé depuis toute petite, qui ne cesse de disparaître et qui cherche toujours à être deux, à se reposer sur quelqu'un de plus fort, quelqu'un pour qui elle serait tout et à qui elle serait toute dévouée. La banale admiration que ressent une ado un peu mal dans sa peau pour la fille populaire du lycée, là où elle pourrait être si clichée, est ici traitée avec beaucoup de subtilité. Tout se passe dans la tête de Charlène et l’on se laisse facilement entraîner dans les recoins sombres de cette âme torturée. J'ai eu l'impression de lire à la fois une histoire à laquelle tous peuvent s'identifier tant on y reconnaît l'amitié extrême typique de l'adolescence, où l'autre est tout au point que l'on en perd toute estime de soi, et à la fois tout à fait unique puisqu'elle nous entraine dans une véritable névrose où l'on admire l'autre au point de lui en vouloir d'être de ce monde.

D'une amitié réellement toxique, où Sarah s'engouffre sans peut-être le savoir dans les failles de Charlène, on passe à une histoire d'obsession, d'addiction dont on ne peut se libérer. Le livre porte bien son titre : il est celui de l’étouffement, soit par la passion, soit par la haine, dans les deux cas par une relation qui ne laisse jamais la narratrice respirer. Et dont elle est cruellement consciente, puisqu'elle exprime cette souffrance, ce manque d'air qui la saisit chaque fois que Sarah referme son emprise sur elle, mais aussi chaque fois qu'elle est loin d'elle. Inexplicablement, peut-être parce que c'est son bourreau qui lui donne une existence, Charlène revient vers Sarah. Là encore, on y retrouve le besoin de reconnaissance adolescent mais aussi quelque chose de plus profond, qui laisse sur un malaise différent d'une simple histoire d'école.

La note de Mélu:

Note 5

Un roman qui m'a prix aux tripes à l'époque et dont je salue aujourd'hui encore la virtuosité.

Un mot sur l'auteur: Anne-Sophie Brasme est née en 1984. Vous comprenez pourquoi j’ai eu envie de lire son roman : elle l’a écrit à 17 ans, et à sa sortie, j'avais 15 ans.


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