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Secret d'Etat

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] SECRET D’ÉTAT

Titre original : Kill The Messenger

Note:

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Origine : États-Unis
Réalisateur : Michael Cuesta
Distribution : Jeremy Renner, Rosemarie DeWitt, Ray Liotta, Tim Blake Nelson, Barry Pepper, Oliver Platt, Michael Sheen, Michael K. Williams, Mary Elizabeth Winstead, Andy Garcia…
Genre : Drame/Thriller/Adaptation
Date de sortie : 26 novembre 2014

Le Pitch :
Au cœur des années 90, le journaliste Gary Webb dévoile le rôle qu’à joué la CIA dans l’importation d’énormes quantités de cocaïne aux États-Unis, mettant à jour un trafic de drogue amené à financer l’armée rebelle des Contras au Nicaragua. Malgré une énorme pression de la part de ses rivaux mais aussi de ses collègues, Webb choisit de poursuivre l’enquête et publia ses preuves au grand jour avec la série de reportages intitulée « Funeste Alliance ». Résultat : il est soudainement victime d’une vicieuse campagne de diffamation orchestrée par la CIA, et se retrouve seul contre tous alors qu’il tente de défendre sa carrière, son intégrité, sa famille, et finalement, sa vie…

La Critique :
Regarder Secret d’état (à ne pas confondre avec Mensonges d’état, Raisons d’état, Ennemi d’état ou Halal police d’état parce qu’apparemment le titre Kill The Messenger est trop évocateur) est une expérience incroyablement frustrante, mais pas de la manière voulu par les auteurs. On tient ici une histoire vraie absolument sensationnelle, glaçante dans ses implications mais laborieuse dans son exécution. Le film lui-même, bordélique au possible, contient tous les éléments d’un superbe fouille-merde de première classe, déployés de façon erratique, au point où le jeu n’en vaut plus la chandelle.
La gueule burinée de Jeremy Renner (qui a également produit le film) est en tête d’affiche. Il se retrouve dans les baskets de Gary Webb, un reporter pour le San Jose Mercury News qui en 1996, tomba sur le scoop d’une vie. Grâce à la fuite accidentelle d’une transcription du grand jury fédéral que la femme sexy (Paz Vega) d’un baron de la drogue lui a remis en toute discrétion, Webb descend dans le terrier du lapin blanc et se retrouve finalement plongé dans un terrier de corruption, pour enfin découvrir le rôle de la CIA dans le financement des guérillas des Contras à travers un trafic de cocaïne à l’époque des mésaventures de Ronald Reagan au Nicaragua.

Son article est une véritable bombe, peut-être trop énorme pour un gentil petit journal quotidien de Californie (« On ne fait pas dans l’international », soupire son éditeur assiégé, joué par Oliver Platt). Pendant qu’une lignée génialissime d’acteurs seconds-couteaux apparaissent dans le film pour une ou deux scènes le temps de l’informer ou de l’avertir (ou les deux), Webb poursuit son enquête avec une détermination tellement obstinée que ça en devient carrément parodique. Souvent caché derrière des lunettes de soleil aviateur, fringué en jeans et toujours à deux doigts d’enfourcher sa moto, Renner est résolu à s’afficher comme le journaliste le plus cool de la planète. Il passe même Know Your Rights de The Clash à plein tube pendant qu’il écrit ses articles. En vinyle, en plus ! Faut l’avouer, c’est quand même un poil too much.

Travaillant à partir de sources multiples, le scénariste Peter Landsman (qui l’année dernière avait écrit et réalisé Parkland, une énième enquête inutile et feuilletonesque sur l’assassinat de Kennedy) a du mal à étaler la conspiration avec beaucoup de clarté. La plupart du temps, il faut se baser sur les réactions ébahies de Renner face aux infos qu’on lui donne. L’ampleur d’un récit comme celui-ci serait peut-être mieux adapté au cadre d’une mini-série. Une notion qui est concrétisée par l’ambition basique et le sens télévisuel de son réalisateur, Michael Cuesta.

Depuis ses débuts à l’écran avec son film indépendant L.I.E. (qui après Zodiac est le deuxième film combiner les présences absolument terrifiantes de Brian Cox et le Hurdy Gurdy Man de Donovan), Cuesta a bossé principalement à l’antenne, servant de producteur en chef sur les pilotes de séries comme Blue Bloods, Elementary et Homeland. Davantage consciencieux que scandalisé, Secret d’état semble avoir peur de son propre budget et possède une fonctionnalité plate qui donne l’impression d’avoir été conçue pour les petits écrans.

Mais bon, n’empêche qu’il est impossible de ne pas avoir les nerfs à vif quand on apprend ce qui s’est passé ensuite. Il semblerait que les méthodes d’intimidation de la CIA comptent pour que dalle à côté de la mesquinerie professionnelle de nos médias modernes : embarrassés par le fait qu’ils ont été devancés par un petit journal du coin, les gros bras puissants de la presse américaine ont confié une mission de vengeance à des dizaines de journalistes, leur assignant la tâche de démonter l’article de Webb par la critique.

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Un homme politique de Washington, interprété par Michael Sheen, crie à la controverse, et en effet, toutes les découvertes du reporter sont largement ignorées au profit d’une campagne pinailleuse de diffamation, qui est encore lamentablement d’actualité dans le cercle vicieux qu’est notre cycle médiatique d’aujourd’hui, où les infos sont diffusées en continu, 24 heures sur 24. Peu importe que le Mercury News ait corroboré ses propos avec une vaste réserve de documents sur ce qui était à l’époque les débuts d’Internet – y’a que la perception qui compte dans cette culture d’extraits concis et de slogans d’accroche, et Gary Webb fut marginalisé et dépeint dans les journaux comme un menteur qui avait pété les plombs.

C’est du lourd, en terme de sujet, mais un cas similaire fut représenté sous un portait largement plus frappant dans le Révélations de Michael Mann, un film que Cuesta et compagnie ont évidemment regardé plus d’une fois. Déjà presque inerte, le rythme de Secret d’état ralenti encore plus au fur et à mesure, et son centre d’intérêt devient de plus en plus dispersé, pile au moment où la paranoïa et le côté nerveux devraient prendre le dessus (d’ailleurs, un autre « Ollie », du nom de famille de Stone, aurait sans doute écrasé la compétition sur ce coup-là).

Le film finit par s’embourber dans un mélodrame domestique concernant Webb, sa femme (Rosemarie DeWitt, qui fait de son mieux avec un personnage dont la motivation change de scène en scène) et leur fils adolescent (Lucas Hedges). Au fond, Renner est lui aussi un second couteau, un acteur secondaire bizarroïde dont la prestation électrique dans Démineurs encouragea Hollywood à le bousculer par erreur vers des rôles de star pour lesquels il est assez mal équipé.

Qu’il balance des flèches en incarnant l’Avenger le plus bidon de l’équipe ou qu’il se glisse dans la peau d’un personnage dont on se souviendra probablement comme le George Lazenby de la saga Jason Bourne, cet acteur qui jadis habita la personnalité de Jeffrey Dahmer et surpassa tout le monde dans The Town, a toujours l’impression d’être enfermé dans une cage quand il joue des rôles conventionnels. Ici, plus il devient un martyre, moins il est intéressant ; et pour toutes ses ambitions admirables, Secret d’état se résume finalement à un de ces films où l’outsider héroïque qu’on a laissé pour compte, s’accorde le privilège de se caler devant un podium à la fin pour nous faire un speech bateau qui expose La Vérité.

En réalité, la CIA confirma deux ans plus tard que les reportages de Webb étaient bel et bien véridiques, mais à ce moment-là tout le monde s’en fichait parce qu’ils étaient tous plongés dans le scandale de Monica Lewinsky. Gary Webb se suicida en 2004. Secret d’état nous garde ces révélations essentielles pour le générique de fin. J’ai oublié le terme journalistique, mais en règle générale on appelle ça « noyer le poisson ».

@ Daniel Rawnsley

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Crédits photos : Metropolitan FilmExport


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