Magazine Culture

Henri Bosco : Le Sanglier

Publié le 08 décembre 2014 par Lebouquineur @LBouquineur

henri boscoFernand Marius Bosco, dit Henri Bosco (1888-1976) est un romancier français issu d'une famille Provençale dont les origines les mieux identifiées se trouvent près de Gènes. Pensionnaire au lycée d'Avignon, il poursuit en parallèle pendant huit ans des études de musique au Conservatoire de la ville. Bosco obtient, en 1909, sa licence de lettres et son diplôme d'études supérieures à l'université de Grenoble. Devenu musicien de talent, il occupe ses loisirs à jouer et même écrire de la musique. Pendant la Grande Guerre de 1914-18 il fait campagne en Macédoine et en Grèce, puis la paix revenue, il passera dix ans à Naples à l’Institut Français avant de partir en 1931 au Maroc comme professeur de lycée à Rabat. C’est d’ailleurs au Maroc qu’il écrira le plus gros de son œuvre. Publié en 1937, L’Âne culotte, lui vaut l’intérêt du public et Le Mas Théotime lui offrira le Prix Renaudot en 1948. Revenu en France en 1955, il partage sa vie entre Nice, où il décèdera et Lourmarin souvent cité dans ses romans. Le Sanglier, son premier vrai roman, date de 1932.

René, le narrateur et peintre amateur, vient régulièrement passer ses vacances depuis six ans dans un bastidon perdu au cœur du Lubéron, « … avec l’espoir inavoué qu’un jour des figures vivantes sortiraient de cette montagne immense et si douloureusement solitaire. » Il y retrouve la vieille Titoune qui lui sert de servante quelques heures par jour ou encore Firmin, un taiseux qui braconne dans le maquis. Pourtant cette année les choses ne se passent pas comme d’habitude, la Titoune épuisée et étrangement anxieuse doit laisser sa place à une gamine de quinze ans, Marie-Claire. Firmin lui aussi parait taire un secret et tous s’intéresse de près au fusil de René. Le mystère diffus qui pèse sur les lieux et les acteurs « Car j’avais peur. Je n’ignorais que j’avais peur » avoue le narrateur, s’épaissit quand poussé par Firmin, René va se retrouver embarqué dans une aventure énigmatique et risquée au cœur de la montagne où vivent secrètement un énorme sanglier accompagné d’un colosse, une bande de gitans de passage et une très inquiétante jeune femme en noir…

Un livre magique écrit par un écrivain qui me ravit au plus haut point à chaque fois que j’ouvre l’un de ses romans. Tout me plait là-dedans ! L’écriture, tout d’abord, simple dans les mots et parfaitement rythmée dans ses phrases longues en bouche, sans pour autant être pénalisée par un aspect daté qui serait bien naturel pour un bouquin datant des années trente. Les décors qu’on ne peut oublier, ce Lubéron superbe que nombre d’entre nous avons certainement fréquenté durant des vacances (contrairement aux lieux - similaires d’une certaine manière -, chers à nos écrivains américains de Nature Writing). Nature sauvage et vierge encore de présence humaine à cette époque, ce qui permet à l’écrivain d’y inclure un élément essentiel faisant tout le charme de son roman, la part de mystère émanant de la montagne proche, ses roches et ses taillis où tout peut s’y cacher, de l’orage qui frappe ; des « présences » non identifiées qui rôdent et même entrent dans la maison de René à son insu.

Tout le roman repose sur cette ambiance doucement mystérieuse, ces personnages et cette bête dont on ne saura finalement jamais rien (et c’est mieux ainsi). Scènes d’attente, le chasseur guettant sa proie ou bien l’inverse ; scènes d’action avec des courses éperdues à travers les chemins de caillasses, les ronces et la rocaille sous le sombre manteau de la nuit qui tombe et le souffle de la mort aux trousses.

« Le parfum se déplaça. De l’angle de la porte qu’il occupait d’abord, il marcha vers la table, puis s’éloigna vers la fenêtre et s’arrêta comme si l’on cherchait à tâtons. Il y eut un nouvel arrêt qui dura un siècle. Ensuite l’odeur s’avança vers moi le long du mur. A mesure qu’elle s’approchait, un effluve de chair sauvage se dégageait de cette colonne de senteurs en marche. Je le perçus qui tout à coup s’immobilisait, à la tête du lit. Il me dominait de toute sa hauteur, sans bouger. Je ne respirais plus, j’attendais. Rien. »

henri bosco
Henri Bosco  Le Sanglier   Folio  - 260 pages –


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • DAVID, Henri

    Biographie Pour cet auteur, encore une fois, peu d'éléments connus si ce n'est... Mais il paraît normal de citer ces auteurs sur Fiches Livres, auteurs peu... Lire la suite

    Par  Krri
    CULTURE, LIVRES
  • L’apothicaire – Henri LOEVENBRUCK

    L’apothicaire Henri LOEVENBRUCK

    Une LC avec Sandrine, qui a également beaucoup aimé. « Il vécut à Paris en l'an 1313 un homme qui allait du nom d'Andréas Saint-Loup, mais que d'aucuns... Lire la suite

    Par  Liliba
    CULTURE, LIVRES
  • Serum Saison 1 Episode 1 de Henri Loevenbruck

    Serum Saison Episode Henri Loevenbruck

    Résumé : 1773 : Mesmer invente l'hypnose1886 : Freud invente la psychanalyse2012 : Draken invente le sérumUne injection.Sept minutes pour accéder au subconscien... Lire la suite

    Par  Missreading
    CULTURE, LIVRES
  • Henri Thomas, Gide et Belles-Lettres

    Henri Thomas, Gide Belles-Lettres

    La Revue de Belles-Lettres consacre son numéro 2013,1 à Henri Thomas. En plus des contributions qui éclairent la figure de Thomas, on trouvera quelques-uns de... Lire la suite

    Par  Blogegide
    CULTURE, LIVRES
  • Meurtres en BLEU MARINE de C.J. Box lu par Marc-Henri Boisse

    Meurtres BLEU MARINE C.J. Marc-Henri Boisse

    24 octobre 2013Les personnages des enfants sont importants dans cette histoire car tout tourne autour de ce qu'ils ont vu et entendu et des personnages d'adulte... Lire la suite

    Par  Vive_les_betises
    CULTURE, LIVRES
  • Thomas, Froome : soupçon d’ambiguïté

    Thomas, Froome soupçon d’ambiguïté

    Magnus Cort Nielsen.Dans la quinzième étape, entre Millau et Carcassonne (181,5 km), victoire du Danois Magnus Cort Nielsen (Astana). Lire la suite

    Le 22 juillet 2018 par   Jean-Emmanuel Ducoin
    CULTURE, HUMEUR, MÉDIAS, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • L'Italie s'invite à l'entrée !

    L'Italie s'invite l'entrée

    Quand L'Italie s'invite à l'entrée regroupe plusieurs éléments rappelant l'Italie . La tomate ,la mozzarella , le basilic frais ( je fais même mes propres... Lire la suite

    Le 22 juillet 2018 par   Sandstyle
    CUISINE, RECETTES

A propos de l’auteur


Lebouquineur 1361 partages Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines