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TripleGo, le tur-fu en eau calme

Publié le 08 décembre 2014 par Unionstreet

TRIPLEGO

On était tombé sur « Monnaie » il y a quelques mois à la rédac’ d’Union Street et on sentait déjà qu’il y avait une vraie volonté d’innovation et une structure musicale bien propre à ce groupe tout droit venu du haut Montreuil, là où c’est galère d’accès, comme ils s’amusaient  à nous le rappeler lors de cet entretien. TripleGo, c’est Sanguee et MoMo Spazz, le premier aux paroles plutôt crues mais empreintes d’un réalisme assez poétique et le second à la composition des prods planantes et décalées. Le tout crée un contraste assez original qui méritait largement que l’on en sache plus alors que les deux bonhommes sortaient, vendredi 5 décembre, leur 3e mixtape gratuite intitulée « Putana »

Union Street : Présentez-vous pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore.

MoMo Spazz : Nous on est TripleGo, on vient de Montreuil, on fait du rap un peu « alternatif ». On a commencé à faire du son ensemble depuis 7-8 ans, c’est devenu sérieux il y a 4-5 ans. On a toujours été dans l’optique de ne pas rester dans les « codes », d’innovation et faire de la musique pas seulement du rap…

US : Vous sortez le EP « Putana » vendredi 5/12 après avoir « Eau Calme » et « Overdose » dans la même année. Parlez-nous un peu de ce projet.

Sanguee : Putana c’est un projet qu’on a voulu rendre plus personnel. Eau Calme était vraiment plus « chill », on voulait quelque chose de plus profond sur l’écrit, au niveau des prods on essaye de pousser l’atmosphère pour que les gens rentrent plus dans notre délire. Beaucoup plus sombre je pense…

US : J’ai écouté le projet et il en ressort quelque chose de très planant, un peu comme une défonce qui n’en fini plus. Expliquez-nous ce choix. 

 Sanguee : C’est notre mode de vie qui est comme ça, on aime bien quand un son nous transporte justement. On aime bien les bangers aussi mais je trouve qu’il y a plus de valeur sur un son qui te fait voyager ou cogiter tout simplement.

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« …Le contraste entre la prod « sweet » et le rappeur un peu sale ça fait vraiment un bon accord, comme quand l’eau est trop froide ou trop chaude, bah là elle est tiède et c’est agréable… »

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US : Sur ce genre de prods on pourrait s’attendre à entendre des paroles très douces, alors que même si la voix de Sanguee est très douce parfois même plutôt chantée les paroles sont assez hardcores. Pourquoi ce contraste ?

 Sanguee : J’ai toujours écouté du rap assez hardcore en fait. Au collège j’écoutais 2 Pac, j’aimais bien le côté « clash » du rap aussi

MoMo Spazz : Le contraste entre la prod « sweet » et le rappeur un peu sale ça fait vraiment un bon accord comme quand l’eau est trop froide ou l’eau est trop chaude bah là elle est tiède et c’est agréable.

Sanguee : C’est pas « too much » au final il y a beaucoup de rappeurs qui disent des trucs posés sur des prods posées et au final j’ai l’impression que tu ne raconte rien comme ça. La vérité est souvent crue est c’est la retranscription qu’on en fait.

US : Beaucoup de métaphores noires, un humour assez sombre mais que je trouve assez représentatif de notre génération. Est ce que vous avez l’impression de portez un message à travers votre musique ?

Sanguee : Nos paroles sont hardcores mais je sais que les personnes qui ne s’arrêtent pas à un titre et qui écoutent le projet en entier trouveront toujours un message ou un truc qui viendra nuancé le message précédent. Dans « Eau calme » on parlait de la foi et dans «Rédemption » de la vie après la mort… Dans chaque projet il y a toujours un son qui est là pour véhiculé un message.

US : J’avais bien aimé l’intro de votre précédent projet « Overdose » qui annonçait direct la couleur  et j’ai l’impression que vous appréciez les interludes dans vos projets. Vous pensez que c’est un plus de mettre autant les productions en avant aujourd’hui (sans forcément du rap dessus)  ?

MoMo Spazz : Bien sûr, on est un groupe où il y a un rappeur ET un beatmaker et y’a autant de places pour les 2. Donc si on trouve une prod où le son parle en lui-même et qu’il n’y pas besoin de rap dessus, on le met tel quel.

Sanguee :On se prend pas la tête si une prod se suffit à elle-même et s’inscrit bien dans le projet on la met et puis voilà.

US : Vous utilisez l’autotune, le vocoder de manière récurrente. Qu’est ce que ça apporte à votre musique ?

MoMo Spazz : ça apporte plus de profondeur, on l’utilise essentiellement sur le chant et quand le beat est déjà bien aérien ça amplifie l’effet de profondeur. C’est pas non plus du vocoder à la T-Pain ou Kanye…On sent vraiment les notes c’est un plus pour la musique quoi.

Sanguee : C’est un effet en fait, on s’en sert comme un effet en plus pour le morceau.

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« …Il faut qu’il y ait des artistes qui assument le fait de vouloir renouveler le rap parce qu’en vérité il n’y a personne qui accepte de le faire … »

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US : Vous parlez souvent de filles dans vos sons, de manière assez cru d’ailleurs. Dans « danse  » par exemple y’a une phrase que j’ai bien aimé « ne touche pas ma main ton avenir est dans la tienne / pour l’instant enferme la et caresse ma haine ». C’est hard mais assez poétique. C’est un vrai sujet pour vous les rapports fille/garçons ?

Sanguee : Tout le monde a un passé avec une ou même plusieurs femmes donc ouais c’est un vrai sujet… Dans la vie d’un homme ça change beaucoup de choses.

US : MoMo Spazz tu es le beatmaker de Triplego. Quelques samples très jazzy mélancoliques (surtout dans « eau calme ») mélangés à des sons très synthétiques. Comment est ce que tu travailles tes prods avec les textes de Sanguee ?

MoMo Spazz : J’ai pas vraiment de mode d’emploi, une fois que je trouve mon produit assez bon je lui envoi la prod, il me renvoi ce qu’il a fait dessus… En général, je sais si une prod va plaire à Sanguee, il y a un alchimie qui est forte.

Sanguee: Depuis qu’on est petits on parle de son ensemble donc forcément…

US : Vous venez de Montreuil où il y a pas mal de groupes qui sortent leur épingle du jeu. Je pense à Big Buddha Cheez par exemple qu’on a pas mal suivi sur US. Vous avez des liens particuliers avec les rappeur de Montreuil ? Des projets en cours ?

MoMo Spazz : Avec Big Buddha Cheez on a vraiment commencé au même moment, on enregistrait dans le même studio.

Sanguee : Les mecs de Exepoq on les connaît bien, on a tous commencé au même endroit, au Café La Pêche, c’es là-bas qu’on apprenait à rapper.

US : Qu’est ce que vous pensez du rap français aujourd’hui ? Est ce que vous croyez au « renouveau » dont tout le monde parle ?

Sanguee : Je pense qu’il peut y avoir un renouveau après tout dépend des acteurs quoi ! Si quelqu’un vient déterminer avec un vrai travail il y a aucune raison pour que ça ne marche pas. Il faut venir avec quelque chose de carré mais c’est possible, je penses que les gens se lassent vite…

MoMo Spazz : Après pour ce « renouveau » il faut qu’il y ait des artistes qui assument le fait de vouloir renouveler le rap parce qu’en vérité il n’y a personne qui accepte de faire un rap différent et de le faire à fond

Sanguee : Je pense qu’il faut tout le temps se renouveler soi-même, apprendre à progresser soi-même. Il faut toujours se demander jusqu’où on peut aller et là justement t’es pas forcément dans la mode ou le son du moment…

MoMo Spazz : Faut venir avec ce que t’es et faire la musique que t’aime. Même si c’est bizarre ou différent tu sais que c’est fait avec le ventre. Faut être vrai (acquiescement général).

US : Est ce que aujourd’hui pour vous le rap se cantonne à être une musique populaire et présente partout ou est ce qu’il porte encore un message ?

Sanguee : Dans le rap qu’on appelle « mainstream », dans les singles il n’y a plus de messages non… C’est tout le temps « qu’est ce que je m’enjaille, je baise des tchoins… » ou alors c’est complètement moralisateur… Mais bon en même temps il faut faire attention parce que quand un message devient un fond de commerce c’est plus vraiment un message. Je préfère un mec qui a un message avec une réalité dure plutôt qu’un gars qui a un faux message du genre « la drogue c’est pas bien, tu vends des armes c’est pas bien… ». Un gars qui vit ce qu’il écrit au final il est plus crédible et il fait pas forcément la morale aux gens.

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« …Un album c’est sérieux, les gens mettent de l’argent donc tu ne peux pas te permettre de faire n’importe quoi… »

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US : Après 3 projets gratuits est ce que vous allez passer à l’étape payante pour votre prochain opus ?

Sanguee : Il faut vraiment que ce soit un truc de fou quoi ! On s’investit déjà sur les EP’s gratuits comme sur des albums donc il faut vraiment que l’on pousse le truc encore plus loin.

MoMo Spazz : On va voir comment ça va évoluer, comment nous on va évoluer sur le plan artistique, comment le projet va être reçu et ensuite on fera un gros bilan. On continuera dans tous les cas à faire de la musique.

US : En seulement 3 projets vous avez déjà pas mal de personnes qui vous suivent sur les réseaux d’ailleurs.

Sanguee : C’est vraiment le clip « Monnaie » qui a bien marché et on s’est rendu compte qu’il y avait un certain nombre de personnes prêtent à nous suivre dans notre délire. On est passé de 2000 followers sur facebook à 12000 en très peu de temps.

US : Le but maintenant c’est donc de faire des scènes et de défendre l’opus « Putana » ?

 MoMo Spazz : En effet, on va continuer à défendre le projet et faire des lives mais vraiment prendre notre temps, ne pas se précipiter ni se brûler les ailes.

 Sanguee : Un album c’est sérieux, les gens mettent de l’argent donc tu ne peux pas te permettre de faire n’importe quoi.

Propos recueillis par David Dupoirieux

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