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Tired Type Machine – Not Here

Publié le 09 décembre 2014 par Hartzine

Il est des chroniques où les mots viennent facilement, d’autres où le rapport est plus émotionnel, où le mood s’impose tandis que s’efface le verbe, où le “je” cherche à investir chaque amorce de phrase, en pleine conscience de l’inconscient s’acharnant tant bien que mal à repousser le mur de l’objectivité. Not Here ou l’absence, celle de l’autre, celle de soi, la confusion et la perte, la nostalgie et le conflit intérieur. Petter Lindhagen, le one man band derrière Tired Type Machine, décrit son dernier ouvrage comme un album de la crise de la trentaine, composé en trois ans, débuté dans l’isolement le plus complet de l’arrière-pays suédois, avec pour toute présence celle de son piano, qui devait à l’origine être le soliste de sa pièce musicale.

Une pièce, c’est exactement cette intention que semblent porter les neuf morceaux de Not Here. Une pièce ou plutôt une tragédie nombriliste, dont les trois coups sont frappés par Leaving…, introduction grattée aux points de suspension suggérant autant le départ que l’abandon et flottant vers le titre suivant, Sisyphus, ou le perpétuel fardeau, le poids de l’éternelle culpabilité, un écrin de regrets au rythme hypothermique, engourdissant. Petter met une énergie incroyable à expédier l’auditoire dans une agonie psychologique duveteuse, une glissade apathique et douce vers ses (nos ?) abysses intérieurs. C’est l’abdication, on s’abandonne à la narrativité, au rythme des valses mesurées mettant en scène sa propre fille, Stella. C’est un enchaînement théâtral, un long monologue d’introspection, sans personne pour donner la réplique à cette mélancolie solitaire sauf Stella elle-même, qui prête sa voix fantomatique aux électroniques erratiques de Your Ghost.

La progression se distille, ne s’arrête jamais, c’est une scénographie de l’inconscient, un oratorio profane de sa propre mise en abîme, le Soi en soi. Hidden, en contrepoint de son propre titre, lève le voile sur un Lindhagen lui-même en progression : il cherche, fouille, lance ses instruments en chasse de quelque gibier indéterminé mais tapi au fond de sa personne. C’est une meute dense et obéissante qui apporte un élan, un souffle hardi alourdi par des sonorités sourdes s’effaçant devant les tirades aigües de quelques instruments à cordes et d’un thérémine. Mais la meute s’essouffle, et la quête prend fin en un triptyque final mélancolique, presque sépulcral tant les chœurs et cymbales deNot Here renvoient à quelque liturgie hermétique de la perte identitaire, et le rythme funèbre de Bury enterre une quête de soi qu’on sent éprouvante, mais qui a donné naissance à un album généreux, intimiste, qui ne cède à aucun moment à la facilité doucereuse du dramatique de répétition.

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