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Live report transmusicales │nos plaisirs de décembre 

Publié le 12 décembre 2014 par Acrossthedays @AcrossTheDays

Cette année encore, on a eu le plaisir de se rendre aux 36e Rencontres TransMusicales de Rennes. Si vous ne l’avez pas encore compris, ce festival est l’un de nos favoris, alors après lui avoir déclaré notre amitié, notre amour, puis notre passion… cette année on a décidé de rendre hommage aux moments clés de sa saison. Ces moments qui nous ont marqués, déçus, surpris. Ces artistes que l’on a découverts avec plaisir, les autres que l’on a retrouvés avec envie. Et ceux qui nous ont surpris, dans le bon ou le mauvais sens, mais qui méritent toujours que l’on parle d’eux. Bref, tout ce qui consiste à former un festival complet, réussi, vivant et entreprenant. Tout ce qui définit un festival comme les Transmusicales. Du plaisir, des rencontres, quelques bières et beaucoup de fête. Cette trente-sixième édition n’a pas failli à sa réputation.

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Jeudi : la découverte.

La découverte de l’après-midi : Nos Transmusicales démarrent par le concert des Eagles Gift à l’Etage, en plein après-midi. Un groupe entre rock tantôt blues tantôt psyché intéressant et enjoué, ça fait plaisir à voir dans la salle. Le festival commence bien.

L’artiste qui monte, qui monte : Clarens (retrouvez notre interview ici). Accompagné de ses deux copains musiciens en fond de scène derrière leurs comptoirs de bar (c’est du moins à ça que ça ressemble), ils nous livrent tous les trois les premiers titres de l’artiste, signé chez PartyFine, le label de Yuksek. La scénographie est travaillée, le visuel très soigné et toujours en noir & blanc rend hommage à son petit frère que l’on aperçoit au premier rang d’un public venu nombreux pour applaudir le Malouin, installé à Rennes et déjà réputé pour sa place dans la formation Juveniles. On écoute et on profite de la sensualité de sa musique, entre r’n’b classieux et musique électronique aérienne. Notre première occasion de découvrir les titres de Clarens en live nous séduit : on a hâte d’écouter l’album et de retourner le voir sur scène, très vite.

L’artiste qui fait plaisir à voir : Curtins Harding et son band funk-rock, qui réchauffent en quelques minutes les murs froids de l’immense hall 8. La voix est puissante, le show totalement maîtrisé. On se retrouve alors en face d’un vrai soul man et le public semble unanime pour saluer la performance sans effort de celui qu’on compte bien revoir très vite.

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Marco « Ce gros ballon me sert de batterie » Barrotti

Le concept du festival : Partenaire incontournable du festival depuis plusieurs années, Green Room innove chaque saison pour créer un espace de plus en plus adapté à la musique électronique. Si l’année dernière le résultat n’était pas convaincant, notamment à cause des problèmes de son et d’un manque de créativité, cette année est toute autre. Une véritable arène a été créée dans laquelle les DJs prennent place en tant que maîtres, gravitant autour d’un public enfermé dans le noir. Pour Marco Barotti c’est l’occasion de mettre réellement son étrange concept musical en avant. Faisant et défaisant sa musique à l’image de son tube, The Flames, c’est avec ardeur qu’il frappe sur sa batterie pneumatique géante bourrée de capteur. Impressionnante pour sa forme, devant laquelle on reste un petit moment captivé et étonné, la musique ne suit cependant pas, et l’ennui prend peu à peu le dessus.

Le coup de fouet : Kate Tempest et sa petite (grande ?) leçon de rap dans le hall 3. La jeune femme est impressionnante et réussit à créer un véritable échange avec son public. Elle se permet de couper les instrus quelques minutes pour passer ses messages, telle une slameuse énergique et politique – qu’elle est – et ça fonctionne bien : la tempête Tempest est acclamée à la hauteur de son talent.

Notre star de la soirée : Raury. Si chez Across The Days on l’adore (on en parlait ici en juillet), les critiques à la suite de son concert n’ont pas toutes été très tendres…il est pourtant difficile de ne pas aimer Raury. Il est jeune, il est beau et il a tout plein de talent. Copain avec Kid Cudi, travaillant avec Joey Bada$$ et Gucci Mane et (peut-être ?) avec Kanye West, sa mixtape Indigo Child est une véritable réussite. Sur scène, c’est un personnage que l’on découvre. Une présence, une gestuelle, des pas de danses endiablés accompagnés d’un regard destructeur. Quant à la voix… elle n’est pas en place, mais elle est puissante, il s’amuse, et ses musiciens aussi. Alors nous on s’éclate. La reprise un peu kermesse de Smells like a spirit de Nirvana ? Au top, ou presque. Son Cigarette Song furieusement sonore ? Pourquoi pas. Nous on l’aime, Raury, même quand il nous quitte dix minutes avant la fin prévue de son live et qu’il fait tomber maladroitement son micro au milieu d’un morceau. En espérant le revoir encore plus en forme.

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La découverte de la soirée : A-Wa, trois jeunes femmes originaires du Yémen et installées en Israël dont les voix concordent parfaitement, dans une bonne humeur et une électricité impressionnante. On danse et on se surprend à chanter après elles. Une découverte savoureuse d’une folk électronic-orientale inspirante et dansante. Le petite plaisir surprise de notre soirée.

La déception de la soirée : Sekuioa. La formation ne nous emporte pas très loin en cette fin de soirée. L’hypnotique-ambiant de nous emballe pas et on reste même un peu stoïque. Du coup on préfère rentrer, tant pis.

Vendredi : la fête.

Notre découverte de la journée : Verveine remplit L’Ubu l’après-midi et surprend les quelques retardataires, coincés à l’extérieur de la salle. Dans une atmosphère obscure, la pianiste offre un live folk-expérimental intense. Si la verveine est une plante aromatique souvent utilisée pour dormir, ici nous sommes face à une femme piquante et profonde, à consommer sans modération.

La bonne surprise de la soirée : Jungle By Night. On ne sait pas pourquoi, mais les artistes programmés ici et qui ont Jungle dans leur nom (relire notre report de l’année dernière) arrivent à chaque fois à nous faire danser avec leurs rythmes chauds. Cette fois-ci, ils ne sont pas anglais, mais néerlandais, et ils sont neufs sur scène, à nous réchauffer à peine le soleil tombé : beaucoup de cuivres, beaucoup de bonne humeur, beaucoup de talent.

Le one-man-band de la soiréeCosmo Sheldrake. Seul face à ses machines et ses instruments, le jeune Anglais (24 hivers au compteur) fait ce qu’il veut de ses compositions, de sa voix, et du public fasciné. On se repasse The Moss en boucle depuis.

Notre bémol de la soirée : The Avener. Le hall est plein à craquer. L’artiste nous balance son tube une fois, deux fois, trois fois… à croire qu’il n’a que ça à présenter (et peut-être que c’est bien ça le problème). Alors à l’ennui s’ajoute un petit agacement, on ne nous y reprendra plus.

La star de la soirée : Rone (retrouvez notre interview ici). Pour présenter son nouveau live et donc son nouvel album Creatures (à sortir en février chez InFiné), c’est aux Transmusicales que l’artiste a décidé de se rendre. Nous, on est content, et on se sent presque privilégié. Bien entendu, les trois quarts des festivaliers sont présents pour ce moment dont on est censé se souvenir quelques temps… Et bien non. On ne s’en souvient pas, ou du moins, ça ne nous a pas marqué. C’est chouette, on danse et il y a des confettis. C’est la fête sur les anciens tubes du producteur, le public est enjoué. Mais le nouvel album passe à la trappe, on peine à se souvenir de chacun des morceaux tant ils ont été avalé par les anciens, et par le brouillon de ce live franchement décevant. De l’autre côté de la rédac’, c’est la même déception qui l’emporte, mais on trouve au contraire que Rone a été contraint de passer trois de ses tubes au milieu de Creatures pour ne pas que le public lâche l’affaire. Alors qu’on aurait préféré que le live soit consacré uniquement au nouvel album, sans forcément entendre So so so, Bye Bye Macadam ou Parade pour se faire une idée plus précise du nouvel album, qui semble prendre un tournant assez inattendu. En tout cas, une chose est sûre : difficile de présenter au public un live dont il ne connaît pas les trois quarts de la composition.

La déception : DBFC. On avait à peine écouté les productions du nouveau projet (plus électro-rock) de Dombrance et David Shaw, mais on en attendait beaucoup : pour un groupe dont le but quasi-assumé est de faire une grosse tournée l’été prochain, le live semblait assez peu calé (seulement trois dates à leur actif), sans oublier la caisse claire qui lâche au milieu du concert… Ça arrive, mais l’ensemble avait l’air un peu trop brouillon pour vraiment satisfaire qui que ce soit.

Le moment de fête : Ten Walls et Thylacine. Le premier assombrit le hall 9 d’un beat profond et dark dans un moment attendu où les (dix ?) murs entre house et techno se sont effondrés. Le second clôture cette seconde nuit du Parc des Expositions dans une mood plus synthétique et ultra dansant. La fête, quoi.

Samedi : Encore !

Les découvertes de l’après-midi : The Slow Sliders, certainement l’une de nos plus belles surprises. Le groupe brestois est carrément en place et c’est un bon moment d’écoute, mature et intelligent : une franche réussite, donc. Même réussite côté rennais avec le live de Fragments – le dernier qu’on verra à L’Étage – dont on se remémore encore les moments intenses, entre post-rock et dream pop.

La claque de la soirée : Il nous en fallait une. Cette gifle dans la figure, lorsque l’on se dit « Mais putain, qu’est-ce que c’est bien ! ». Ce concert dont on parlera en premier lieu à la suite du festival, dont on regarde les vidéos encore et encore. Cette année, la claque est danoise et porte le nom de Den Sorte Skole. Les deux as du sampling osent tout, de la tribal music à la transe, de la funk au classique. Tout y passe, et surtout, tout est réussi. Assis sur nos gradins, on se laisse envahir non seulement par la musique mais aussi par certainement l’un des plus beaux visuels rarement vu en live aux Transmusicales. Les bandes de tissus tombant sur le sol, cette lune accrochée en hauteur et ces projections toujours plus magnifiques créent une ambiance étonnante à chacune des tracks. On se souviendra longtemps de ces modélisations 3D, de cet espace, de ces notes de musique. Le moment le plus fort de notre festival est là.

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La découverte de la soirée : Vaudou Game. Le Togolais et son groupe revisitent une musique africaine plutôt traditionnelle avec des sonorités électroniques, et ça fonctionne super bien. On est surpris par la facilité avec laquelle il emporte le public avec lui, au fil de ses chansons et de ses discours, pendant lesquels il porte sa bonne parole que l’on pourrait penser caricaturale si elle n’était pas reprise par tous les festivaliers. Nous on a envie d’y croire.

L’association que l’on attendait : Barnt & Aguayo, et ce n’est peut-être pas la peine de vous expliquer pourquoi. La techno du premier n’est plus à présenter (on se souvient encore de son passage en 2011), quant au second, il a su contraster la rigidité de l’Allemand en venant apporter systématiquement une petite touche plus douce à un DJ set qui réunit la fête autour de deux des têtes pensantes de l’excellent label Cómeme. La classe.

Notre moment de flou: Islam Chispy, Alphaat, Boris Brejcha. C’est l’instant vagabond, ces quelques heures où l’on arrive pas à se décider, on va voir un peu de tout, on se déplace, on hésite. Tout commence par l’Égyptien Islam Chispy et son électro-châabi (du nom d’un docu de Hind Meddeb) dans une lointaine lignée du célèbre Omar Souleyman. C’est super festif et sur scène les membres du groupe ont l’air contents d’être là et font le show, alors ça fait plaisir à voir et on reste un peu faire la fête avec eux. Ce n’est pas très réussi mais pas désagréable non plus. Un peu plus tard on part direction la Green Room pour voir (et surtout revoir) l’acid-techno du nantais Alphaat. On le connaît déjà pour les nombreuses scènes qu’il fait en ce moment dans la région Ouest, et peu inspiré, on s’en va voir Boris Brejcha. Le hall est plein, il est difficile de se frayer un chemin dans cette foule sur-motivée et déjà en transe. Sans aucune surprise, l’électro est suffisamment lourde pour faire danser le hall tout entier, sans pour autant transcender les oreilles. Simple et efficace, certes, mais pas non plus à la hauteur de nos attentes.

Le petit plaisir non-assumé : Clap! Clap!, c’est cool tout en étant n’importe quoi. Au premier rang dans le hall 8, on vit un grand moment d’extase. La musique quant à elle s’écoute davantage dans le ventre que dans les oreilles. Une bass music ultra puissante et parfois carrément vulgaire, que l’artiste joue avec un plaisir non dissimulé et envoyant du gros, du très gros, à l’aide d’une énergie rare. Clap! Clap! fait plaisir à voir, peut-être un peu moins à entendre.

Le bémol de la soirée : Costello, la facilité. Le public est nombreux et répond plutôt bien à l’électro légèrement aérienne de l’artiste. Sauf que les tracks s’enchaînent une à une sans qu’il ne se passe grand chose. À vrai dire, on se fait un peu chier. Voilà.

L’avis mitigé de la soirée : La clôture du festival. L’année dernière, c’était Acid Arab qui s’y collait pour notre plus grand plaisir, dans un moment de fête dont on se souvient encore le sourire aux lèvres. Alors cette année oui, on l’attendait. Surtout que Awesome Tapes From Africa n’est pas n’importe qui : un anthropologue musical, rien que ça – allez voir son site. Un chercheur en musique traditionnelle, un trouveur de sons, qui mixe et remixe tout sur cassette. L’idée est là, et l’idée est assez bonne pour nous donner envie d’y rester jusqu’à la fin, à danser tous ensemble sur les dernières notes de cette saison au parc des expositions. On l’attendait et on a été déçu. Awesome Tapes from Africa, c’était cool, mais c’était pas l’heure. Mou, en quelque sorte, ou du moins pas assez dansant, voire un peu ennuyant comparé à nos attentes de ce dimanche matin. Les transitions sont inexistantes, on passe d’un son à l’autre d’un coup de play. Elle est bien là, la difficulté du mix du cassette. Alors Brian Shimkovitz, on ne peut pas t’en vouloir parce que c’était quand même bien chouette, juste un peu trop tard pour nous.

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Complètes, joyeuses, musicalement éclectiques et intéressantes. Les 36e Rencontres Transmusicales de Rennes nous ont une nouvelle fois inspirées. Une nouvelle fois, on va attendre l’année prochaine avec impatience. Alors on les remercie. Une nouvelle fois. Car au delà de ces découvertes musicales, de ces rencontres artistiques, de cette transculturalité passionnante que l’on peut vivre durant ces quelques jours, ce sont les Rencontres Transmusicales, en elles-mêmes, qui sont clés.

Difficile de clore ce report sans accorder une énième pensée de décembre à l’immense Jean-Louis Brossard dont le travail de programmateur nous surprend et nous impressionne chaque année. On sait que sa présence et son talent ne seront pas éternels, alors on savoure chacune de ces éditions comme si c’était la dernière. Merci Jean-Louis, on se voit l’année prochaine.

Pour que les absents puissent s’y imaginer, ou pour que les présents puissent se remémorer leurs Transmusicales, on a une compilation des Transmusicales 2014 à vous faire gagner. Il suffit de poster un commentaire ci-dessous en répondant à cette question : Lequel des artistes suivants n’a jamais annulé sa venue aux Transmusicales ? Jeff Mills – Hole – Daft Punk – Beastie Boys – Derrick May – Andrew Weatherall – Diplo – Noir Désir.


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