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[anthologie permanente] Claude Minière

Par Florence Trocmé

Claude Minière a publié récemment Grand Poème Prose aux éditions Tarabuste.  
 
 
La Terre tourne de plus en plus. Dans tous les sens. Les continents dérivent à nouveau. Les bibliothèques au bout du monde seront-elles sauvées ? Nous pensons l’éternité comme une possibilité, le sentier long ou court. Le grand poème se poursuit, au jour dit. Ce qui n’a pas été compris des arcanes le sera dans les archives.  
 
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La force spirituelle, la force matérielle, l’une passe en l’autre. Une longue ligne monte et descend entre les coupes claires et celles plus sombres. L’imagination doit saisir le tracé à la fois abrupt et sinueux, blanc sur les sommets, noir violet dans les dépressions. Les plants de Syrah aux perles d’eau et soleil décrivent des logiques secrètes. Il existe des vies parallèles que les classes ne croisent pas. Les systèmes économiques font et défont le paysage mais les rectangles réguliers des vignobles toujours émeuvent.  
 
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D’un seul coup, c’est là. Le ciel s’ouvre, la Terre se fend. Et tout reste stable. En place. En lieu et place de soi-même. Les allées, l’arche, les bancs. Un site sans référence, immédiat. N’avez-vous jamais dans la nature, sur le Campo Santo, au bord d’un ruisseau, murmuré c’est là. Quelque chose, tout, est là. Le murmure, intérieur et extérieur à la fois, ne veut pas dire “je suis ici” mais bien “c’est là”. C’est. Les mots les plus simples vous arrivent sur les lèvres, à travers le ventre, ils vous arrivent du fond des temps, et voici le début de l’éternité : il y a quelque chose plutôt que rien et c’est un rien à l’évidence de justice. Comme enfoncer une porte ouverte. 
 
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On entre par le milieu des choses : l’application à la lecture, les rayures bistre des champs, émeraude de la mer, blanches du ciel, elles font un tissu. Comme souvent des artistes hachurent une zone de la toile ou du papier et créent un espace dans l’espace. La première lettre d’une phrase est une rayure et un départ.  
 
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Les vieux saints dans les peintures ont les yeux clos. Ils méditent ver et fruit…Je suis le pèlerin qui marque une pause au bord de la rivière, là où elle fait un saut. Sous l’arche d’un pont de pierre passe l’eau – qui porte des feuilles rousses et grises. Elles ne vont pas au même rythme, certaines lentes comme une tortue chinoise, d’autres rapides comme un lièvre de printemps.  
 
Claude Minière, Grand Poème Prose, Tarabuste, 2014, pp. 10 & 11, 17 & 18 et 107. 
 
Claude Minière dans Poezibao :  
bio-bibliographie, fiche de lecture de Perfection (+ présentation de Traité du Scandale), Hymne (par P. Drogi), ext. 1, note sur la création : 1, 2, 3, ext. 2, feuilleton Cahier AA, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11 
 
On peut lire quelques notes prises en lisant ce livre ici


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