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Hérétiques

Publié le 15 décembre 2014 par Lecteur34000

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« Hérétiques »

PADURA Leonardo

(Métaillié)

Retrouvailles avec Mario Conde, ancien flic cubain, qui vit désormais du négoce de livres rares recherchés par des clients fortunés. Contacté par Ellias Kaminsky, artiste peintre américain plutôt bien installé, il se lance dans une enquête compliquée : tenter de savoir ce qu’il est advenu d’une œuvre de Rembrandt disparue à la Havane en 1939. Cette œuvre voyageait alors avec les aïeux du peintre, des juifs qui fuyaient le nazisme. Embarqués dans un navire censés les conduire jusqu’à Cuba, terre d’accueil promise par des gens qui renièrent leurs engagements. Le navire dut rebrousser chemin vers l’Europe, avec toutes les conséquences prévisibles pour celles et ceux qui avaient espéré échapper à la barbarie mais qui furent trahis par ceux qui leur laissèrent entrevoir l’espoir d’une autre vie.

Le roman juxtapose plusieurs récits : l’enquête de l’ancien flic dans un pays en proie au désenchantement, l’histoire de l’installation d’une population juive à Cuba et une magistrale évocation non seulement de l’œuvre disparue de Rembrandt mais également de la vie des juifs à Amsterdam et des pogroms d’alors. Lors de son lent et tortueux cheminement, Mario Conde découvre et s’initie à une autre culture et se prend de passion pour elle. Et cela dans le contexte contemporain d’un pays ayant peu ou prou raté son rendez-vous avec le socialisme, dans une ville où misère et corruption constituent les ingrédients du quotidien blafard de la grande majorité des gens. Le Lecteur insiste : le roman juxtapose plus qu’il n’entremêle les récits, ce qui le prémunit contre des formes simplistes de la banale description des phases successives de l’enquête. Un roman ambitieux, étranger aux formes traditionnelles du polar (dans lesquelles le Lecteur inclut le polar scandinave). De passionnantes et foisonnantes retrouvailles.

« Depuis cette époque, le pays où ils vivaient avait changé lui aussi et même beaucoup. L’espoir d’un avenir stable s’envola après la chute des murs  et même d’Etats amis et frères, puis vinrent aussitôt ces années sombres et sordides, au début des années 1990, lorsque les ambitions se limitèrent à assurer la plus vulgaire subsistance. Le dénuement collectif, la dèche nationale… Avec le scabreux rétablissement ultérieur, le pays ne put jamais redevenir celui qu’il avait prétendu être. Il en fut de même pour eux. Le pays se fit plus réel et plus dur, eux, plus désenchantés et cyniques. Ils vieillirent aussi et se sentirent plus fatigués. Mais surtout, deux perceptions s’étaient altérées : celle que le pays avait d’eux, et celle qu’ils avaient de leur pays. Ils comprirent de bien des façons que le ciel protecteur auquel on leur avait fait croire, pour lequel ils avaient travaillé et supporté carences et interdictions au nom d’un avenir meilleur, s’était tellement effondré qu’il ne pouvait même plus les protéger comme on le leur avait promis : ils prirent alors leurs distances avec un territoire disloqué et impropre pour prendre soin (façon de parler) de leurs sorts, de leurs propres vies et de celles de leurs êtres les plus chers… »


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