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Loney Dear report & interview

Publié le 16 décembre 2014 par Hartzine

SAM_0092Loney Dear, Luleå, Jeudi 20 Novembre 2014 par Melville Bouchard

Loney Dear est un artiste trop discret. Récemment pourtant, et après quatre ans d’absence, il donne quelques signes de vie en annonçant une tournée de villes et villages près du cercle polaire arctique, accompagné d’un orchestre classique. A l’époque, s’il reste énigmatique sur les lieux et les dates, il est suffisamment intrigant pour m’inciter à lui rendre visite sur ses terres.

Octobre 2014, alors que l’été n’en finissait pas en France, je prenais donc mes billets pour la première date de cette folle tournée, celle d’Emil Svanängen aka Loney Dear et le l’Orchestre de Chambre de Norrbotten, Norrbotten étant une province suédoise septentrionale traversée par le cercle polaire arctique. Par cette décision, je décidai sciemment de m’engouffrer dans la nuit précoce et le froid glacial. L’aventure commençait par une carte et une liste de lieux : Luleå, Haparanda, Jokkmokk, Kiruna, Arjeplog, Älvsbyn, Piteå et Boden. L’exotisme à l’état pur.

Le jour est déjà bien sombre lorsque l’avion touche le sol gelé de Luleå en ce début d’après midi du Jeudi 20 Novembre 2014. La température est douce selon le capitaine, d’évidence un peu blagueur. La neige recouvre le sol, la mer est gelée, tout comme les routes et les trottoirs. En ville, les pneus cloutés font crépiter l’asphalte et le verglas. C’est l’hiver, le vrai. A peine le temps de poser mes affaires à l’hôtel, je me rends au KulturensHus, où j’ai rendez-vous avec le groupe. Je traverse une partie de la ville à pied, elle semble vide, le thermomètre pointe sur -12°C. Il fait nuit noire, il est 15h et les répétitions vont commencer.

L’immense amphithéâtre est vide de spectateurs. Les musiciens sont en place. Emil Svanängen est là, effervescent, au milieu des câbles, des pédales, et des instrumentistes qui attendent son top départ. Il me salue, souriant, et nous convenons de nous voir après la répétition. Onze violonistes divisés en deux sections, de part et d’autre de la scène, une section de altos, une autre de violoncelles, de contrebasses, une flûte, une clarinette, des percussions dont un immense xylophone et une timbale harmonique. Vingt trois musiciens classiques chevronnés et Loney Dear. Derrière ce patronyme, il y a Emil mais aussi les multi-intrumentistes Josefin Runsteen à la voix haute et douce, installée selon les morceaux à la batterie, au clavier ou à l’accordéon, et Oscar Svenningsson discret compagnon, alternant guitare, basse, claviers et trombone à coulisse. L’exercice dure plus de deux heures. Chaque morceau est scrupuleusement interprété. Dans certains cas, la performance est disséquée ou discutée avec l’orchestre. Elle est parfois rejouée.

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L’idée de cette réécriture a été lancée en Août 2013. Il aura donc fallu près d’un an et demi entre le lancement et la réalisation du projet. Et nous y voilà, juste avant la première. La musique classique vit dans un temps long et planifié, ses codes sont stricts, ses postures rigides, c’est pourquoi l’intrusion de Loney Dear dans cet écosystème, rend ce projet intéressant. Emil est un saltimbanque, un improvisateur, un bidouilleur multi-instrumentiste qui s’amuse des imperfections, jongle avec elles, les empile pour en faire des cathédrales.

Il est à présent 19h, les spectateurs entrent dans la salle. Ce qui me frappe d’abord, c’est l’âge de l’auditoire. Un public d’auditorium en fin d’après midi, comme un cliché, beaucoup de retraités au style classique, mais à l’œil brillant et curieux. Je m’installe au deuxième rang entre deux dames septuagénaires, et le concert commence.

Le groupe et l’orchestre entrent sur scène, vêtus de noir, avec un masque sombre barré d’un bandeau jaune, un brassard du même type. Conçus par l’artiste Agnes Fries, les costumes confèrent à l’ensemble une uniformité rendant l’orchestre plus fantaisiste avec ce masque plaqué sur sur le front, et le groupe plus formel qu’à l’accoutumée.

Le set débute par une interlude acoustique suivi de I dreamed about you, puis de Violent dont l’introduction électronique évoque un radio réveil saturé, faisant sursauter le public du même coup. Emil parvient à faire chantonner cet auditoire qui pourtant ne semble pas prêt à la célébration en chœur. Puis viennent Young Heart et Humbug, l’orchestre décuple les vibrations jusqu’à la submersion, pendant qu’Emil, Josefin et Oscar jonglent avec accordéons, banjo, trombone et timbales. Je suis stupéfait. J’ai envie de crier ma joie et mon émotion à la fin de chaque morceau mais le lieu et le public ne s’y prêtent pas.

Il s’enchaîne tantôt en solo, tantôt à vingt-six. I see a Darkness, Pun, Harsh Words. L’émotion monte encore. L’enveloppement est total. Emil s’adresse parfois au public, en Suédois évidemment, dans un registre qui semble léger, voire comique, puisqu’il génère à nouveau quelques rires et sourires a priori non acquis. Il conclut avec Dark light et Time is the essence qui expriment une angoisse infinie, et les paroles s’en font le relais comme autant d’incantations (You were the bright, I was the Dark light répétés en boucle), les mélodies sont un anxiolytique libérateur, la voix d’Emil est un cri d’espoir.

Le public se lève, enchanté d’avoir au final découvert cet artiste chaleureux dans un pays froid, cette âme sensible et volubile dans monde sombre et silencieux. Loney Dear et l’orchestre nous ont livré une catharsis boréale de 70 minutes. Loney Dear, you are the bright side.

Voir le concert complet (jusqu’au 02/01/15)

Loney Dear l’interview

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Notre premier échange commence dans les coulisses par un « exotique, non ? » qu’Emil me lance à la volée en me tendant une guitare afin que j’aide à porter le matériel jusqu’à l’hôtel. Il est 21h et la nuit sera longue d’échanges dans la chambre 156, où défileront le groupe et la moitié de l’orchestre dans un joyeux brouhaha jusqu’à 2 heures du matin. Voici donc quelques questions courtes, que je lui ai posées sur ce projet et son avenir.

Quand a commencé ce projet ?

Il a été initié en Août 2013. J’ai été contacté via un ami, et le Norrbottens Kammarorkester m’a proposé ce projet de réécriture et d’interprétation orchestrée de ma musique.

Avais tu envisagé un projet pareil ?

Non ! Même si ça m’avait traversé l’esprit évidemment. Mais tu ne peux pas sérieusement penser à un projet avec 23 musiciens classiques qui jouent tes propres compositions !

As-tu travaillé seul à la réécriture?

Le Norrbottens Kammarorkester m’a proposé de collaborer avec Andreas Hedlund. Il est compositeur et arrangeur. Il fait un travail important sur le projet, puisqu’il a permis de transcrire ma musique dans le langage d’un orchestre. Nous avons collaboré et constamment écouté, soupesé, modelé les idées, les notes pour que cela prenne forme sur scène.

Combien de temps a t-il fallu pour réécrire les morceaux ?

Il aura fallu un mois et demi d’un travail acharné. Mais tu vois, le résultat est là, les musiciens ont leurs partitions.

Comment se sont passées les répétitions avec l’Orchestre ?

Nous avons disposé de trois jours de répétitions ensemble.

3 jours, mais c’est très court !

Oui, mais c’est un temps assez normal pour les musiciens classiques. Ce sont des professionnels, les partitions sont finalement assez simples à interpréter pour eux. Ils savent exactement ce qu’ils ont à jouer.

Cela donne l’impression que le projet a été facile à faire aboutir. Avez vous rencontré des difficultés « culturelles » entre ta musique, ton style et une formation classique ?

Je ne crois pas que les difficultés soient de cette nature même si je me considère plus comme un artiste de jazz, dans le sens où j’aime l’improvisation, j’aime l’imprévu. Avec l’orchestre cela est plus difficile. Ils ont un cadre, des modes de fonctionnement. Je les ai découverts. Mis à part cela, je pense que le plus difficile est de trouver un mode de fonctionnement et de communication sur scène, entre l’orchestre et nous, c’est à dire Josefin, Oscar et moi. Nous avons pensé à plusieurs configurations scéniques, mais nous avons besoin d’être au centre. Cela présente l’inconvénient de bloquer une partie de la communication visuelle entre les violonistes qui sont de part et d’autre de la scène. Cela nous permet en revanche d’être plus proche de tous les musiciens.

Je n’ai pas vu de chef d’Orchestre d’ailleurs.

Oui, il n’y a pas de chef d’orchestre et c’est assez déstabilisant pour certains musiciens. Le chef d’orchestre fonctionne sur une base visuelle, et le visuel va à la vitesse de la lumière, alors que nous devons donner le tempo via la musique, qui va à la vitesse du son. Cela pose des problèmes de coordination parfois. Mais nous évoquons tout cela pour pouvoir nous améliorer et mieux jouer.

Franchement, au niveau du public, cela ne s’est pas ressenti. Es-tu satisfait du résultat du concert de ce soir ?

Tant mieux, et oui, je suis très content ! La salle était pleine, même si évidemment dans ce type de salle de nombreuses personnes viennent car notre spectacle fait partie de leur abonnement. Mais c’est tout de même gratifiant, c’est presque plus engageant car les gens ce soir ne connaissaient pas ou peu mon travail. C’est une nouvelle configuration pour moi.

J’étais assis entre deux dames d’un certain âge, elle étaient ravies et moi aussi.

(Rires) Tu sais, c’était la première ce soir.  Et évidemment c’est un processus continu. Le concert va évoluer au cours de la tournée. Tu devrais venir demain ! Nous jouons à Haparanda, c’est la ville du pécher apparemment ! Nous jouons aussi à Kiruna. Savais-tu que la ville est en cours de déménagement ? C’est incroyable, ils déménagent la ville car le sous sol est devenu un véritable gruyère à cause de l’activité minière. Et du coup, ça commence à craindre un peu.

Il y avait quelques nouveaux morceaux ce soir. Tu n’échapperas pas à la question, quand sors-tu un nouvel album ?

(il se marre) Dans le courant de l’année 2015. Cela dépendra aussi du calendrier de Josephine et Oscar.

(Il se tourne vers Josefin) Hein Josefin ! Peut-être au deuxième trimestre, peut-être à l’automne.

Ne traine pas trop, tu sais que le public t’attend en France ! Quand viens-tu nous voir?

Mais c’est quand vous voulez ! Quand vous voulez ! Je ferai n’importe quoi pour venir jouer en France !

A bon entendeur, salut !

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