Magazine Culture

Autour de Sade : complaisance et omission

Par Sergeuleski

  

   « Célébration » du bicentenaire de la mort de Sade, exposition au Musée d’Orsay… manifestement, on n’en a jamais fini avec Sade ! Il va, il vient ; des universitaires,  des chercheurs, des auteurs  et autres « animateurs culturels médiatiques » nous le rappellent à notre bon souvenir régulièrement.

 
Conférence inaugurale "Sade. Attaquer le soleil"


   Mais au fait, qui est Sade ? Et qui sont ceux qui s’obstinent à le faire exister ?  Pour(-)quoi et contre qui ?

   C’est tout le sujet de ce billet de blog (80 pages/PDF inclus) dont toutes les citations (en italique) sont extraites de  « La philosophie dans le boudoir » qui a pour auteur Donatien Alphonse François de Sade, tantôt comte, tantôt marquis.

***

   Aujourd’hui, Noëlle Châtelet, Laurence des Cars… philosophes, auteures…

de Simone (la « de Beauvoir »), femme enrubannée, à Annie le Brun, commissaire générale de l’exposition 2014 « Sade. Attaquer le soleil » au musée d’Orsay, en passant par Catherine Millet de la revue Artpress, Sade a toujours exercé sur la femme lettrée de la bourgeoisie une fascination tantôt morbide tantôt  emprunte d’un intellectualisme mondain complaisant, bavard et le plus souvent creux.

Certes ! Nous ne sommes pas complètement dupes : célébrer  le Marquis de Sade quand on est une femme, n’est-ce pas le signe d’une tolérance à toute épreuve et d’une maturité accomplie ? N’est-ce pas affirmer que l’on a fait la paix avec le sexe opposé mais néanmoins ami ? Et puis, n’est ce pas finalement et tout simplement « fashion » - un snobisme « germanopratin »y jouant un rôle certain -, que de prendre sous son aile ce petit marquis victime  des sentences d’excommunication d’un monde moralisateur qui n’aurait rien compris à ce chérubin bouc-émissaire d’un siècle étriqué et liberticide ? 

   Les femmes de la bourgeoisie ont Sade ; les filles et les femmes de la classe ouvrière, le magazine « Détective » et les biographies des tueurs en série étasuniens de préférence, de gros pavés de 700 pages traduits de l’américain ; il est vrai que comparés à ces tueurs (jusqu’à 60 victimes sur toute une vie), nos tueurs en série à nous européens, ne sont que des artisans, voire des amateurs ; normal ! Ces tueurs étasuniens appartiennent à la première puissance au monde destructrice de l’environnement, de la culture et des nations.

   Qu’est-ce à dire ? Les femmes seraient-elles férocement attirées par les conduites sadiques ? Ces femmes lettrées de la bourgeoisie rejoindraient-elle Sade dans son opinion à propos de la cruauté des femmes ? Cruauté non assumée le plus souvent ; d’où leur repli vers des œuvres de charité pour conjurer un penchant auquel le siècle de Sade n’offrait plus d’exutoire, voire de bouc émissaire, depuis la fin des jeux de la Rome antique ?

Motus et bouche cousue de ces femmes sur ce sujet : pas un mot pour ou contre. Il est vrai qu’il y a des pages qui se tournent précipitamment pour en lire d’autres, sans doute moins dérangeantes.

   Les hommes, en revanche, n’ont que peu de temps à accorder à Sade - surtout s’ils sont éjaculateurs précoces -, et un peu plus de temps s’ils sont payés pour ça : universitaires et chercheurs. Mais très vite, ils s’y ennuient car, ce que Sade a en partie fantasmé, en partie exécuté,  ce avec quoi il s’est amusé, et ce à quoi il consacré son existence, les hommes l’ont mille fois approché et apprivoisé avant de s’en débarrasser d’un haussement d’épaule salutaire ; certains ricanent même à la lecture de Sade car ils n’en croient pas un mot : Justine - cette œuvre subversive car obscène et seulement pour cette raison -, peut bien souffrir à longueur de pages, non, elle ne souffre pas… pas vraiment du moins ! Il n’est question que d’un auteur, Sade, qui tente de nous épater - plus esbroufeur que Sade, vous ne trouverez pas ! -, tout en cherchant une issue à ce labyrinthe qu’est son existence principalement mentale - en effet, Sade c’est une expérience existentielle principalement fantasmatique, voire fantasmagorique -, et dans laquelle il se débat et se noie un peu plus chaque jour ; gigantesque cul-de-sac et prison tout à la fois.

   Oui ! Les femmes soutiennent  Sade ; elles le portent à bout de bras quand tous l’abandonnent ; elles y reviennent toujours, génération après génération, la mère, la fille… elles le ressuscitent quand l’oubli menace,  tout en le redoutant quand même un peu, lui et ses turpitudes, hallucinées car Sade c’est le serpent pourtant aveugle qui vous fixe du regard et vous cloue sur place ; sa langue frénétique qui ne connaît aucun repos - son dard, son sexe ? -, vous jauge, puis,  à la vitesse de la lumière, vif comme l’éclair, plus rapide encore que le sabre d’un Samouraï qui tranche une gorge, une tête, un membre, il frappe. Et c’est alors qu’elles l’ont « dans le cul » ! Oui, dans le cul toutes ces femmes ! Dans le sens de « se faire avoir » ; ce qui signifie : ne pas goûter à ce à quoi elles pouvaient raisonnablement craindre de devoir se soumettre ; car Sade et « sa philosophie-lupanar » qui frappe toujours par derrière, fourbe, c’est aussi un grand bluff, un gigantesque bluff.

   Oui ! Les femmes instruites - de la bourgeoisie en priorité -, courent après Sade comme on court après ce qui ne vous rattrapera jamais, dans une vie sans surprise, hyper-sécurisée matériellement mais pas seulement, alors… histoire sans doute de côtoyer, sur le papier, ce à quoi ces dames n’auront jamais la malchance d’être confrontées : à l’arbitraire et à l’humiliation des dominés, pour ne rien dire d’une cruauté sans regrets et sans remords non plus puisqu’elle n’aura très certainement oublié aucun des sévices de son catalogue et aucun des instruments de sa panoplie.

Voyez l’auteure Christine Angot venue à la littérature par l’inceste et qui n’a, dans les faits, rien compris à Sade et ses lectrices très très majoritaires non plus. Rien de surprenant à cela, Angot n’a pas les bons diplômes – Agrégation, doctorat -, et ne fréquente pas les réseaux appropriés ; plus navrant encore : elle n’est pas issue de la bourgeoisie mais de la petite classe moyenne, très moyenne, de la province ; car seule la bourgeoise lettrée - et la bourgeoisie d’affaires aussi dans une autre mesure -, porte Sade en elle ; sans jamais vraiment se décider à l’accoucher, elle le garde au chaud, elle le trimballe dans ses valises depuis deux siècles, des mouroirs de la première Révolution industrielle à la Grande guerre ; patrons et Généraux pour décider de qui montera au front, sous le feu et qui en sera exemptés, disposant d’un quasi droit de vie et de mort sur toute une population de pauvres bougres et autres hères à la merci : des classes dures au labeur qui, chaque matin, assument le principe de « réalité », celle des exigences d’un monde de production et d’optimisation de la ressource humaine – bras, jambes, sueur et sang -, en concurrence avec elle-même.

L’auteure Angot et ses lectrices croient comprendre que Sade c’est une histoire de vocabulaire : soyez crus, appelez un chat un chat et vous ferez du Sade ! « Bite » et « con » ; dans la cour d’une école primaire  « pipi et caca » ! Un peu comme ces auteurs qui croient qu’il suffit d’être antisémites pour faire du Céline, alors que la folie de ce marquis de Sade désœuvré prend racine dans le fait qu’il ait pu penser un instant qu’il soit possible, souhaitable et hautement louable même d’être « Sade »  et de le clamer haut et fort, tout en revendiquant une impunité  totale ; folie qui ne trouvera jamais sa cure de son vivant, même si, depuis, ses lecteurs et tous les travaux à son sujet, lui ont sans doute permis de trouver un peu de repos, là-haut, de là où il nous observe tous. Et l’on peut raisonnablement craindre qu’il ne soit hilare en lisant une partie de la production qui lui est consacrée.

   Si Sade a beaucoup écrit, c’est qu’il ne pouvait pas s’en empêcher. Graphomagniaque Sade ?  On serait vraiment tentés de le penser : des milliers de pages… répétitives car, avec Sade comme avec Wagner et Nietzsche, il est toujours question d’un éternel retour : le retour éternel de Sade qui ne lâche pas l’affaire… la grande affaire… l’affaire de sa vie ! Et c’est alors que Tristan et Iseult cèdent la place au couple « domination-humiliation », ou pour le dire plus crûment : « foutre et merde ». De plus, accordons à Sade le fait qu’il aura été sans doute le seul auteur dont la folie  - une folie irrémissible -, a eu comme première manifestation la plume car il n’a rien gardé pour lui le marquis ! Il a tout écrit ; il nous a tout livré en pâture et en vrac. Alors que le problème d’une Catherine Angot, pour en revenir à cette dernière, n’est pas la folie car n’est pas fou qui veut, mais son seul souci, c’est de vendre des livres ou d’écrire des livres qui se vendent.

Sade n’avait pas ce problème : il était rentier jusqu’à ce qu’on lui coupe les vivres, c’est vrai.

     Dévotion, fascination/répulsion, les femmes, encore les femmes ! Les femmes et Sade ! Les femmes de la bourgeoisie aux côtés de Sade ! Mais les femmes plus près de la soixantaine  alors ! Gros fessiers ménopausés auxquels on refusera une seconde chance, voire une seconde vie. Faut dire que les autres, plus jeunes et plus malléables, plus élastiques dirait Sade, plus souples de corps et d’esprit dirons-nous, ont mieux à faire ; et puis, gardons à l’esprit que le temps passé à lire et à commenter Sade c’est du temps en moins passé à baiser. Sade ne nous contredira pas ; lui pour lequel il ne saurait y avoir de plaisir là où il y a de la retenue, dès l’âge de 10 ans (même moins encore !), mais certainement pas au-delà de 35 ans. Aussi… désolé Mesdames !

   La bourgeoisie lettrée certes ! Mais n’oublions pas pour autant la bourgeoisie des écoles de commerce qui ne lit pas Sade mais garde quelque part dans un coin une pensée pour lui, sorte d’inconscient de classe, car Sade dans une contemporanéité de jouisseurs à la petite semaine, c’est la baby-sitter que l’on saute sur le canapé sans trop lui demander son avis, une liasse de billets dans la main, et c’est la domestique que l’on finit par prostituer… tout un petit personnel à la merci : troussage de bonnes et droit de cuissage des beaux arrondissements de Paris et des centres villes de province.

   La classe ouvrière, elle, en revanche, s’en tape comme de l’an 40 de ce marquis qui portait si bien le patronyme de Sad(e), marquis « triste » après réflexion, car si la chair est faible, celle de notre marquis, et impuissante face à la force du plus fort qui vous destine au pire, celle de ses victimes, Sade n’a jamais su s’empêcher, c’est sûr ! Entièrement livré à lui-même, à cette force dévastatrice et sourde à toute forme de retenue et de compassion, personne n’a et n’aurait pu lui faire prendre un autre cap ; vents et marées, Sade a tenu bon sous tous les régimes : « Rester en vie le plus longtemps possible ! »  Rester en vie jusqu’à la dernière goutte de foutre  et de sang, jusqu’à la dernière crotte expulsé d’un pet vengeur et iconoclaste comme c’est pas permis.

   Diable d’homme ! Diable d’animal ; celui qui se repaît de ses propres excréments et de sa propre progéniture : le porc.

   La suite... cliquez : Sade suite.pdf


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Sergeuleski 6225 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines