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Reine des quatre parties du monde

Publié le 20 décembre 2014 par Montagnessavoie
Alexandra Lapierre, Je te vois reine des quatre parties du monde, 2013.
Reine des quatre parties du monde
Alors là je dis : respect. Plusieurs années de travail, des mois d'investigation à travers le monde, des centaines d'heures enfermée dans des bibliothèques, penchée sur les archives à s'abîmer les yeux pour mener à bien un projet jamais réalisé auparavant : retracer la vie de "Doña Isabel Barreto, Conquistadora des Mers du Sud, Première et seule femme amirale de l'armada espagnole". Rien que le sous-titre du roman nous met l'eau à la bouche. Le risque de faire boire la tasse au lecteur est grand, dans ce genre d'entreprise. On peut sacrifier les faits au profit de l'imagination. On peut être tenté de fantasmer la réalité. Au contraire, il est possible que les détails écrasent la qualité de l'écriture et finissent par former un enchevêtrement rasoir de dates et de biographies. Bravo, madame Lapierre : vous avez évité les deux écueils (tout comme Rufin et son Grand Coeur, d'ailleurs). Le lecteur est pris par le récit, entraîné dans le sillage de cette madone qui se veut le digne successeur des grands découvreurs. Christophe Colomb n'a qu'à bien se tenir.  Tout commence quand elle épouse le célèbre Alvaro de Mendaña, navigateur obstiné dans la recherche du Cinquième Continent. Ensemble, ils s'embarquent depuis Lima pour un voyage terrifiant à travers l'océan Pacifique. Leur but ? Retrouver les fameuses îles Salomon que Mendaña a découvertes vingt ans plus tôt. Nous saurons tout de la navigation, des relations entre les protagonistes. Le contexte des grandes expéditions nous est parfaitement dépeint et sous un jour réaliste. Pas de complaisance, on ne nous épargne aucune maladie, aucune mort, aucune famine sur la caravelle. Le passage qui explique l'arrivée à terre, la rencontre avec les "naturels" et la tentative de prise de possession des terres est un portrait sans retouches de l'état d'esprit du siècle d'or. Dominer, écraser, soumettre, convertir. Quel qu'en soit le prix. La fin justifie les moyens.  A la mort de son premier mari dans des circonstances abominables, Isabel ne s'avoue pourtant pas vaincue. Elle épouse le jeune Hernando de Castro et, ensemble, ils ambitionnent de poursuivre la quête de Mendaña. Les îles Salomon, leur obsession. C'est sans compter sur la rivalité qui les oppose à Quiros, le pilote de la première expédition. La concurrence est rude, pour s'attribuer la découverte du Cinquième Continent, et tous les coups sont permis.  Une histoire sur terre et sur mer qui nous mène du Pérou colonial au Pacifique, puis à Manille (où l'on apprend des choses passionnantes sur les comptoirs et le rôle des Chinois, notamment le fait qu'une grande partir de l'or des Amériques arrive en fait par cargaisons entières en Asie) et Acapulco. Une épopée faite d'amour et de haine, de courage et de cruauté, de rêves de gloire et de terribles chutes. Doña Isabel de Barreto, celle qui aurait pu devenir la reine de Saba, héroïne aux multiples facettes, détestée ou admirée, elle ne laissera aucun lecteur indifférent.  Bravo, madame Lapierre, pour ce travail qui n'a rien à envier aux thèses poussiéreuses et sans âme des chercheurs d'université. Un boulot titanesque qui me rends bien envieuse. Comme une furieuse envie de me lancer dans le roman historique... ! A relire, dans le même contexte : Séville et l'Amérique Même la pluie

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