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Le jour où on continue à développer une agence. Le retour d’expérience d’un entrepreneur entre Londres…et le reste

Publié le 21 décembre 2014 par Lilzeon

La suite de mon aventure entrepreneuriale à Londres !

La série, commencée en juillet 2012, dressait un premier rapport d'étonnement sur finalement beaucoup de sujets. L'entrepreneuriat, évidemment, l'expatriation...ou encore les façons dont on peut continuer à être individuellement " performant" dans un milieu des plus compétitifs avec autant de contraintes à gérer. Tout en réfléchissant à comment maintenir le feu sacré, cette énergie paranormale qui doit habiter un porteur de projet.

Ca fait donc 30 mois que je survis; et d'ailleurs, le "je" a laissé sa place à une bonne dizaine d'autres rêveurs qui ont rejoint l'agence. La structure, RE-UP, est toujours indépendante, co-appartenant à 50% à moi et 50 % à PH. Comme ça pas de jaloux!

C'est qu'il doit bien y avoir de bonnes ondes si nous sommes toujours en vie : et encore mieux; si l'entité semble exister de plus en plus !

Voici donc quelques idées, enseignements qui me viennent à l'esprit. Ca n'a aucune espèce de valeur scientifique, juste la volonté de laisser un petit historique. Après tout, n'est-ce pas comme ça que le blogging a commencé ? Mais ça, c'est une autre histoire.

Savoir dire non. Savoir refuser les vérités établies.

Il y a quelques mois, au tout début en fait, "on" m'avait dit à l'occasion d'une conférence qu'il fallait absolument que je réfléchisse à un "scénario de sortie" (j'avais alors 27 ans). Ou si vous portez une jolie chemise dans des conférences marketing et que vous souhaitez vous la taper, demander à votre interlocteur quel est son "exit scenario". C'est dangereux, un discours pareil : on ne monte pas une entreprise pour la revente mais d'abord pour le plaisir qu'elle procure. Et si à la fin, il y a plus-value, tant mieux. Mais je crois qu'à mon âge, on est encore dans l'investissement plutôt que dans la gestion d'actifs. Dites non à cette bande de blaireaux.

C'est inquiètant, ce mimétisme forcé avec San Francisco. C'est oublier l'essence même de l'entreprise, ce cadavre exquis fait de tant de diversité. Je vais être ultra trash. Pour moi, le modèle californien tel qu'il est promu dans les conférences et les médias est le summum de la gentrification. Des mâles plein de dollars font venir des jeunes pousses développer des idées; sur toutes ces idées, une infime minorité atteint un certain succès. Mais combien se vautrent ? Echouer n'est évidemment jamais dramatique quand vous avez un plan B. Celui-ci pouvant être :

- une bonne école

- 10 ans d'expérience à un niveau senior

- le réseau de papa et maman

Quand vous n'êtes ni Steve Jobs ni Mark, peut être que j'investirais plutôt d'abord 2 ou 3 ans à apprendre un métier, des compétences dures plutôt que de faire l'esclave dans un garage pour un VC. Même si le coca-light est à volonté. Faites donc très attention : 100K peuvent vous paraitre incroyables à 20 ans; pour des garçons qui ont 10 ou 15 millions par tête, c'est peu. Et votre cerveau peut être infiniment plus rentable.

Je trouve ça dramatique et inquiétant. Les business schools développent des programmes d' entrepreneurship comme si c'était packageable et réplicable via une méthode. C'est faux : les écoles et universités devraient apprendre surtout à travailler sa curiosité (une qualité en perdition), et à mettre en place des outils pour questionner le monde qui nous entoure. Powerpoint et un pitch s'apprennent en 6 mois. Penser clairement prend probablement toute une vie. Or une cuisine de haut vol est une pensée claire, tout comme lancer Über.

Un - nouveau - réseau de confiance

Rien n'est facile. Et si c'est trop facile, c'est qu'il y a probablement un loup. Un des enjeux, surtout dans les premiers mois, c'est le cash flow. Le problème de la recherche du cash flow, c'est qu'on a tendance à privilégier des gains faciles avec des réseaux faciles...alors qu'il faut sans doute dès ce moment là accepter de faire moins de cash pour aller porter la bonne parole vers de nouveaux groupes ou vecteurs. En d'autres termes, si je ne m'étais reposé que sur les réseaux déjà existants, RE-UP n'aurait jamais vu le jour : 3/4 des clients qu'on parvient à faire attérir ne sont pas issus de connexions directes (en gros les potes ou les anciens clients) mais des accès de second degré. En clair, des clients avec qui on est parvenus à créer une relation de confiance basée sur les faits plutôt que sur l'amité. L'avantage est que l'amitié qui peut ensuite naître ne biaise pas ce premier rapport.

Un - ancien - réseau de confiance

Beaucoup de jeunes (ou moins jeunes) entrepreneurs ont tendance à vouloir "taper les copains". En fait, c'est loin d'être sain. Le réseau historique ne sert pas suppléer votre déficit de cash. Il a plein d'autres utilités. A titre personnel, je chat en permanence avec une dizaine de personnes par jour. Pas toujours les mêmes, d'ailleurs. En vrac, quelques idées:

  • se tenir informés du marché, des rumeurs : dans cette industrie, c'est vital de "prendre le pouls". On vend de l'idée et de l'exécution, donc savoir ce qui compte ou ce qui ne compte plus est vital
  • se détendre : on est sur un métier où les gens peuvent parfois mal se comporter, où les échanges peuvent être violents, où les zones de friction sont permanentes. Partager est une façon de se délester d'un poids. C'est probablement ce que je n'ai pas assez fait en année 1 alors qu'il est vital de dire : "JE PETE LES PLOMBS"
  • donner : non, un réseau n'est pas QUE là pour vous rendre service. C'est au contraire plutôt du 80-20 : vous donnez énormément, et les 20% vont sans doute revenir vous voir. Mais en réfléchissant 5 minutes : si vous êtes capable de donner autant et que vous ne le faites pas, c'est que vous détruisez la valeur de votre réseau
  • se retrouver "dans la vie réelle" : je crois que c'est un des plus grands kifs quand le temps le permet. Prendre le temps d'un dîner ou d'un déjuener au milieu de l'après-midi avec ce premier cercle. Bavarder pour le plaisir, faire le point. Ce n'est pas forcément de l'amitié à en aller à Miami ensemble; mais c'est très, très bon
Voir du pays

Depuis le dernier post, je me suis promené sur 3 continents et rencontré une centaine de personnes (c'est vertigineux en l'écrivant). Il n'y a qu'en voyageant qu'on se met en situation de réception aussi développée, qu'on absorbe autant de signaux, qu'on arrive à se "choquer" voire à se violenter. C'est indispensable pour là aussi toucher de nouveaux cercles, mais surtout pour apprendre.

Rentrer tôt

Passer du moment avec votre douce ou votre doudou est clé. C'est probablement un des gros enseignements : ce n'est pas parce que vous finissez à point d'heure que vous bossez bien. Au contraire. Un bon business doit être délivré dans un temps humain. Personnellement, j'essaie de rentrer au maximum vers 20h30 (ce qui fait quand même des journées de 11 ou 12h :p ). En revanche, je suis quasi tout le temps accessible par email (je déteste le téléphone). Surtout, rentrer tôt vous permet de mettre de la perspective sur ce que vous faites : le plat de spaghettis avec cette sauce si particulière vous fait oublier beaucoup de ce qui était jusque là votre tension ( the Italian in me).

Etre le meilleur dans son coeur de métier

C'est évidemment très arrogant mais si vous lancez un business, c'est bien que vous vous dites que vous avez une touche (ou même dans mon cas une French Touch, vu que c'est à la mode) meilleure que les autres. Attention : le mot meilleur ne veut pas dire que vous êtes meilleurs sur un ranking absolu (aka: dire de quelqu'un qu'il est le meilleur marketeur du monde est une blague, tout comme il n'y a pas un peintre sur un ranking...).

C'est en revanche vous mettre dans une posture où votre façon de travailler, de délivrer, est non seulement particulière mais toujours en progression. La première année, j'ai pu faire un gros reboot en allant travailler entre WPP ou Havas. C'est une façon de se mettre à jour. Par ailleurs, on se met dans une attitude où on teste tous les 6 mois quasiment tous les providers de social listening ou de social media management existants (des US à la Chine). Aussi, on essaie de repenser chaque outil, de le challenger, de l'optimiser.

Dans mon cas de figure, mon énorme lacune est de ne pas parler une langue asiatique pour comprendre ce qui se passe "hands on" sur Sina-Weibo. Dans quelques années, peut-être !

Etre parfois moins bon et le reconnaitre

Parfois, une agence n'est pas bonne. Ca arrive pour énormément de raisons : une équipe client en recomposition, un calendrier qui glisse, un recrutement moins concluant. Ca fait partie du business. Je pense qu'il est sain de reconnaitre quand on a été mauvais, et quand on a été très, très bons. Dans notre cas de figure, on a un taux de rétention plutôt très haut. Ce qui est rassurant

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Etoffer sa chaine de valeur

Pour être bien bien bien, il vaut mieux avoir toute la chaine de valeurs. Je ne vais rien dire sur ce blog, mais enfin avoir son studio de production aide énormément à être crédible pour une agence

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Parler avec son business partner

PH et moi, nous discutons énormément "IRL" et par chat toute la journée. Je pense que c'est la seule façon d'être alignés et surtout de créer cette culture partagée. Finalement, un business n'est pas une affaire de "partenaires" mais plutôt de binomes ou trinomes. Et c'est probablement la différence entre un projet d'équipes et une agrégation de sous.

Voilà, je crois qu'on en a fait le tour. Pour les plus courageux qui ont tout lu : très belles fêtes!

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