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Merci à Charlie Hebdo

Publié le 11 janvier 2015 par Yasida @rhissarhossey

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CHARLIE ET AREVA

Charlie Hebdo - Le lobbying d'Areva pour l'uranium du Niger

29 04 2009

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L’indépendance énergétique française repose sur le nucléaire, mais aussi sur des amitiés avec des pays pas toujours fréquentables. Par exemple, le Niger, principal fournisseur de l’uranium utilisé dans les centrales françaises. Charlie a obtenu des preuves sur les tueries commises par les autorités de ce pays.

Notre enquête révèle les détails des prochaines actions de lobbying que compte entreprendre l’industriel français du nucléaire, Areva, pour faire oublier les origines politiques de cet uranium.

Au cours de notre enquête. Nous avons appris que le groupe Areva prépare pour le 25 mai une conférence de presse commune avec l’ONG Sherpa, une organisation spécialisée dans la défense des droits de l’Homme, fondée par l’avocat William Bourdon. A cette occasion, les dirigeants de Sherpa et d’Areva rendront publique la signature d’une convention pour la mise en place d’observatoires sanitaires et sociaux, d’abord au Gabon, puis éventuellement au Niger. Une manière pour l’industriel de donner des gages de sa bonne volonté. L’ONG garantira l’indépendance du dispositif.

Selon nos informations, le 4 avril dernier, Sherpa et Areva sont parvenus à un texte qui les a satisfaits. Interrogé sur ce partenariat, Yann Queinnec, le directeur de Sherpa, a refusé de commenter cette information, tout en confirmant l’existence de ces discussions.

A l’intérieur des mines, le droit social règne.

La communication d’Areva autour de cette initiative s’intègre dans une campagne de lobbying plus large en faveur de son activité au Niger. Elle passe par l’organisation, le 4 mai prochain, d’un voyage de presse vers ses mines d’uranium dans ce pays. Une façon de rassurer les journalistes, en montrant que « les salariés nigériens bénéficient des mêmes normes que les salariés français », selon les propos que nous a confiés le directeur de la communication du groupe, Jacques-Emmanuel Saulnier.

Tandis qu’à l’Assemblée nationale l’industriel soigne ses réseaux d’influence. Au sein de la direction du groupe, un lobbyiste, Edouard Philippe, « chargé des relations avec les élus », suit les parlementaires chargés du Niger. Un entregent pas toujours assumé. Nous avons ainsi sollicité Marc Vampa, député de l’Eure et président du groupe d’amitié France-Niger à l’Assemblée. Nous souhaitions connaitre la nature de ses échanges avec Areva. Son assistante nous a rappelés pour nous expliquer qu’un « entretien ne leur semblait pas justifié ».

À l’entendre, Marc Vampa « ne rencontre pas les gens d’Areva. Il se contente d’animer des rencontres bilatérales avec les députés du Niger ». Des propos en contradiction avec ce que nous a déclaré le directeur de la communication d’Areva, qui nous a affirmé : « Edouard Philippe (le lobbyiste d’Areva) est en contact régulier avec Marc Vampa pour parler de la situation au Niger. »

On comprend mieux les efforts déployés par le directeur de la communication d’Areva, Jacques·Emmanuel Saulnier, qui a pour « obsession qu’il n’y ait pas de tabou » sur les activités nucléaires de son groupe. Un cap pas toujours facile à tenir. Parfois, à l’extérieur des mines d’Areva, la barbarie se banalise.

A l’extérieur des mines l’horreur règne

Au Niger, des inspecteurs de l’ONU attestent de nombreuses dérives sécuritaires, en marge des combats entre les autorités et un mouvement d’opposition armé touareg. le MNJ. Les forces gouvernementales pratiqueraient, de manière systématique, des exécutions sommaires de villageois suspectés de sympathie avec les rebelles. Dans une lettre du 13 août 2008, dont nous avons obtenu copie (voir fac-similé ci-contre), le rapporteur spécial des Nations unies, Philip Alston, estime que, depuis juin 2007, « au moins 78 personnes ...) appartenant à la communauté touarègue auraient été abattues de manière extrajudiciaire dans les régions du nord » du Niger. Selon lui, il s’agirait de « représailles » contre des populations civiles perpétrées par les forces gouvernementales. En annexe de ce courrier sont référencées quinze tueries, intervenues entre le 10 juin 2007 et le 29 juin 2008, avec les actes de torture qui les ont accompagnées et les noms des victimes. Ainsi, entre le 21 et le 25 mars 2008, à Tamazlakh, deux enfants auraient été exécutés par l’armée, pour l’exemple. Le 26 mars, à Dabaga, des militaires auraient pris à partie un commerçant ; ils lui auraient coupé les oreilles à vif et mis le feu à ses cheveux avant de le poignarder.

Chez Areva, le directeur de la communication, Jacques-Emmanuel Saulnier, précise : « Nous n’intervenons pas sur ce qui se passe à l’extérieur de nos sites, nous sommes des industriels, nous ne faisons pas de politique. » Une appréciation que lui conteste un avocat français, Jérôme Be1kaIm, défenseur d’une association représentant des Touareg. Il accuse la direction d’Areva d’avoir déjà pris parti en faveur de l’armée nigérienne. À ce titre, Mr Belkaim a cité à comparaître Thierry d’Arbonneau, directeur de la sécurité au sein du groupe nucléaire, auquel il reproche d’avoir publiquement demandé à l’état français de donner des armes au Niger pour « mater la rébellion des Touareg », lors d’une réunion du Medef, en présence de la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie. L’affaire sera plaidée le 23 juin prochain devant le tribunal de grande instance de Paris. Quelle qu’en soit l’issue, pour l’avocat des Touareg il ne s’agit que de « la première étape d’une longue affaire judiciaire ». Selon lui, le véritable enjeu consiste, à terme, à « obtenir une reconnaissance du droit foncier des Touareg sur les tems dont ils ont été chassés et où sont exploitées des mines d’uranium »

Areva occulte la question de fond

Selon lui, au regard du droit des peuples autochtones, tel qu’il est reconnu par les Nations unies, les compagnies nucléaires occidentales, dont Areva, devraient verser « près de 200 millions d’euros » à ces peuples nomades autrefois expropriés (la Cogema, ancêtre d’Areva, opérait dans les mines du Niger dès 1969). D’autant que ces zones ont été rendues partiellement impropres à l’agriculture. Plusieurs nappes d’eau potable ont été contaminées par l’exploitation de l’uranium, quand elles n’ont pas été simplement asséchées, les installations minières d’Areva nécessitant, à elles seules, une consommation annuelle estimée à 8 millions de mètres cubes d’eau. De tels enjeux pourraient inciter les industriels à ne pas se préoccuper des civils touareg massacrés.

À travers ce dossier s’opposent ainsi deux analyses de la responsabilité sociale des grands opérateurs énergétiques. Pour les uns, au nom de l’indépendance énergétique de nos économies, le caractère stratégique de leurs implantations dans ces pays et les relations diplomatiques qui les sous-tendent les placent, bon gré mal gré, en position de partenaires, voire de complices, des dirigeants locaux qui leur permettent de prospérer. Pour les autres, leur responsabilité se limite aux événements qui se déroulent à l’intérieur de leurs sites. Point. C’est cette deuxième analyse que préfère retenir Areva. Et son lobbying se déploie pour nous convaincre du bienfondé de son choix.

Guillaume Dasqué avec Agathe André

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Mali/Azawad : interview de Mossa Ag Attaher à Charlie Hebdo

11/02/2013

PARIS (SIWEL) — "Les frontières nées de la colonisation française, particulièrement sur notre territoire, n'ont pas fait l'objet de consultation des peuples concernés. Les Touaregs se sont exprimés en 1958 à travers une correspondance officielle signée de l'ensemble des chefs de tribus et de villages de l'Azawad, remise au général de Gaulle, pour lui dire que nous n'étions pas d'accord pour être rattachés au nouvel État malien avec lequel nous ne partagions ni la même histoire, ni la même culture, ni la même identité, et encore moins la même ambition pour l'avenir. Ensuite, notre peuple s'est exprimé de manière encore plus claire à travers les différentes révoltes et révolutions qui se sont succédé depuis l'indépendance. Les frontières qui nous ont obligés à vivre avec le Mali ont été des frontières injustes. La France doit réparer cette injustice avant de quitter la région, sinon, dès qu'elle aura le dos tourné, nous allons chasser les soldats maliens, et ils rentreront à Bamako avant même que les soldats français ne soient rentrés chez eux." a déclarée le porte parole du MNLA à Charlie Hebdo 

CHARLIE HEBDO : Depuis que le MNLA a fait sécession, le Mali vous a pris votre passeport...
Mossa Ag Attaher : Vous savez, on ne peut pas empêcher un nomade de voyager... Quand il ne peut pas prendre l'avion, il utilise son chameau... Même privé de passeport, j'ai trouvé une formule pour pouvoir continuer à voyager et défendre la cause de l'Azawad.
Que signifie le mot «Azawad»?
L'étymologie de ce mot en tamashek, la langue des Touaregs, vient d'azawa, qui veut dire « cuvette » ou « assiette ». Ce mot désigne aujourd'hui le territoire situé entre le Mali, la Mauritanie, l'Algérie, le Niger et le Burkina Faso, et dont nous réclamons l'indépendance.
Cet objectif ne vous semble-t-il pas éloigné aujourd'hui, alors que vous avez déclaré l'indépendance de l'Azawad le 6 avril 2012 ?
Pas du tout. L'ambition de voir notre territoire libéré de l'occupation malienne est intacte. Notre détermination à recouvrir la liberté et l'unité de notre population et à prendre notre destin en main ne peut échouer. Le projet politique du MNLA ne va jamais retourner dans les tiroirs. La proclamation de l'indépendance a été un grand moment de fierté pour l'ensemble de notre peuple, mais elle a tout de suite été suivie de l'arrivée de forces obscurantistes comme Aqmi, qui a volontairement été installée dans le nord du Mali. Il y a aussi le Mujao et Ansar Dine, qui sont créés de toutes pièces pour créer la confusion et en profiter pour réprimer les populations de l'Azawad. L'État malien a évidemment une main invisible dans ces organisations.


Disposez-vous de preuves appuyant ces accusations ?
D'une part, nous avons des témoignages d'anciens militaires maliens qui ont rejoint les rangs du MNLA et qui font état de consignes de la part de l'État malien ordonnant de « laisser les camps d'Aqmi tranquilles » dans le nord du pays. Nous pouvons aussi faire la comparaison avec d'autres pays de la région, comme la Mauritanie, qui a combattu militairement Aqmi, y compris sur le sol malien, et le Niger, qui a engagé des efforts réels de lutte contre le terrorisme. L'État malien, lui, perçoit une importante manne d'aides financières pour combattre le terrorisme, mais ne bouge pas le petit doigt dans ce sens. Le Mali était cité en exemple pendant des années comme un modèle de démocratie. Le culte d'Amadou Toumani Touré (ATT) a vaillamment été entretenu. Il passait pour un officier qui a fait un coup d'État en 1991 contre le dictateur Moussa Traoré, puis qui est parti du pouvoir volontairement pour y être ramené par les urnes et qui a réussi à garder la confiance des Maliens durant deux mandats...


Aujourd'hui, la communauté internationale, et notamment la France, a compris qu'elle a été bernée par le Mali. Le prétendu exemple démocratique n'était qu'une mascarade, un simulacre qui sert à avoir la mainmise sur l'aide étrangère. Sinon, comment expliquez-vous qu'une démocratie s'effondre en si peu de temps? En moins de trois mois, l'État s'est décomposé, les institutions ont été dissoutes, l'armée s'est désagrégée au point de s'affronter à Bamako entre bérets rouges et bérets verts, la justice s'est écroulée, les partis politiques ont disparu, la société civile a avalé sa langue, et l'économie s'est évaporée... Les collusions entre ATT et le monde du narcotrafic sont avérées, des rapports des Nations unies incriminent directement le palais présidentiel de Koulouba. Ce trafic de drogue est géré par la communauté arabe du Nord, qui entretient des amitiés avec le couple présidentiel. En outre, le pouvoir d'ATT a directement profité des rançons payées par les États pour libérer leurs ressortissants kidnappés au Mali. Des valises étaient directement versées à l'entourage du président. Donc la question ne se pose plus aujourd'hui. L'État central du Mali est mêlé à toutes les activités condamnables à tous égards : le terrorisme, le narcotrafic, la corruption... Il est aujourd'hui évident pour la communauté internationale que nos accusations étaient fondées.
Pourtant, certains de vos détracteurs ont prétendu que les milices arabes armées par le gouvernement pour gérer le narcotrafic dans le Nord avaient rejoint le MNLA.
Les barons du narcotrafic sont connus du Mali et des Nations unies. Ils ont soit rejoint le Mujao, soit ils sont restés fidèles à ATT jusqu'à sa chute le 22 mars 2012, avant de rejoindre le Mujao pour continuer à exercer leur commerce. Dans les rangs du MNLA, il y a des Arabes qui n'ont jamais baigné dans le trafic de drogue, et encore moins dans le terrorisme. Ce sont des communautés nomades comme les Touaregs, avec lesquelles nous avons toujours vécu en harmonie depuis des siècles et qui continuent à subir la même marginalisation de la part de l'État malien.
Justement, en Azawad, il n'y a pas que des Touaregs, mais aussi des Arabes, des Peuls et des Songhaïs. Quelle place ont-ils dans le projet politique du MNLA ?
Que ce soit au sein du bureau politique ou de l'état-major, l'ensemble des composantes du peuple de l'Azawad est représenté. Notre projet n'est pas ethnique, il est territorial, culturel et identitaire. Nous revendiquons un territoire qui nous appartient depuis des siècles, dans lequel ont vécu nos ancêtres, où nos cultures ont toujours été marginalisées et où l'identité touarègue et celle de ces communautés ont toujours été bafouées par les différents pouvoirs qui se sont succédé à la tête du Mali.
Mais, face à votre ambition sécessionniste, on vous oppose le sacro-saint principe d'intangibilité des frontières sur lequel s'est construite l'Organisation de l'union africaine...
Ce principe s'est transformé en mythe : celui de l'intégrité territoriale du Mali. Je rappelle qu'il ne s'agit que d'un concept créé de toutes pièces par les hommes, il leur revient de le revoir si c'est nécessaire pour que des êtres humains vivent en paix. Les frontières nées de la colonisation française, particulièrement sur notre territoire, n'ont pas fait l'objet de consultation des peuples concernés. Les Touaregs se sont exprimés en 1958 à travers une correspondance officielle signée de l'ensemble des chefs de tribus et de villages de l'Azawad, remise au général de Gaulle, pour lui dire que nous n'étions pas d'accord pour être rattachés au nouvel État malien avec lequel nous ne partagions ni la même histoire, ni la même culture, ni la même identité, et encore moins la même ambition pour l'avenir. Ensuite, notre peuple s'est exprimé de manière encore plus claire à travers les différentes révoltes et révolutions qui se sont succédé depuis l'indépendance. Les frontières qui nous ont obligés à vivre avec le Mali ont été des frontières injustes. La France doit réparer cette injustice avant de quitter la région, sinon, dès qu'elle aura le dos tourné, nous allons chasser les soldats maliens, et ils rentreront à Bamako avant même que les soldats français ne soient rentrés chez eux.
Soutenez-vous l'intervention de la France ?
Lutter contre l'islamo-narcotrafic est une bonne chose. Mais la France doit se placer d'abord auprès du peuple touareg, qui se positionne aujourd'hui comme l'unique rempart contre le salafisme et le terrorisme. La lutte contre le terrorisme ne doit en aucun cas être un prétexte pour oublier le problème de fond, qui est le statut juridique et politique du territoire de l'Azawad.
Vous collaborez avec la France?
Lorsque les troupes françaises sont arrivées à Kidal, elles ont été accueillies par une foule de personnes brandissant les drapeaux de l'Azawad et de la France, avec des slogans comme « vive le MNLA ! », « vive l'Azawad! », « vive la France! », ou encore « Jamais l'armée malienne sur notre territoire ! ». Ensuite, la France a été reçue par l'état-major militaire du MNLA. Nos officiers ont clairement dit à leurs homologues français que nous réaffirmions notre disposition à mettre en place des coordinations d'action dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Toutefois, à chaque fois que la France remettait une ville à l'armée malienne, celle-ci s'adonnait à des exactions sur les civils. Nous avons dit que nous ne laisserions pas faire. L'armée malienne n'a pas sa place sur les territoires que nous contrôlons.
Mais quel est votre pire ennemi ? Aqmi ou le Mali ?
Nous sommes victimes des deux. Les deux occupent illégalement notre territoire. Aqmi a fait du tort à notre peuple, car, depuis qu'elle a commencé à faire des rapts de touristes étrangers, notre région n'a plus bénéficié du soutien et des aides de la communauté internationale. Toutefois, l'unique responsable de ce qui est arrivé en Azawad, c'est le Mali, c'est lui qui a fait du Nord la partie déshéritée du pays, qui a militarisé nos régions et les a transformées en de sinistres casernes militaires. Les organisations islamo-narcoterroristes ne sont que des ingrédients que le Mali a volontairement installés sur notre territoire.

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Vous accusez également le Mali d'avoir commis un génocide sur le peuple touareg?
Bien sûr qu'il y a eu un génocide. Que les organisations judiciaires internationales le classent comme tel ou pas, le peuple de l'Azawad, particulièrement les Touaregs, a été visé par un génocide qui a duré de 1963 à nos jours. Chaque fois qu'il y a eu une révolte, l'armée malienne s'est vengée sur les civils. Je le confirme, il y a eu d'innombrables Touaregs qui ont été sauvagement exécutés, parfois en groupe, parfois de manière isolée. Mais en 1990, des milliers de personnes ont été rassemblées au nord de Gao, au nord de Tombouctou, et au nord de Léré pour être brûlées vives. À l'époque, les officiers maliens disaient que plutôt que de gaspiller une balle pour tuer un Touareg, mieux vaut acheter un litre d'essence et balancer un brin d'allumette. À 5 km au nord de Gao, Kel Essouk, un village de marabouts, a été complètement rasé en 1992. Si le génocide est l'extermination d'un groupe de personnes à cause de leur appartenance ethnique, oui, il y a eu un génocide à plusieurs séquences contre les Touaregs : en 1963, en 1990 et en 2012. Il existe un dossier auprès du Tribunal pénal international que nous enrichissons régulièrement avec des preuves matérielles, photos ou vidéos que nous obtenons parfois même auprès de militaires maliens qui filmaient les crimes.
Vous vous êtes indignés contre le traitement réservé aux femmes dans ce combat?
Vous touchez à un point auquel je suis particulièrement sensible. Les obscurantistes religieux qui ont voulu assujettir les femmes touarègues ignorent tout de notre histoire. Je rappelle que nous sommes l'un des rares peuples qui ont eu des reines et jamais de rois. Dans notre culture, la femme décide et ne subit pas. Aujourd'hui encore, dans notre société, ce sont les femmes qui prennent les décisions politiques et sociales les plus importantes. La femme touarègue devrait être classée patrimoine culturel mondial. Tombouctou, ville où l'on a enseigné les mathématiques et les sciences modernes au Moyen Âge, porte le nom d'une femme. Dans le projet politique du MNLA, il n'y aura pas de marginalisation des femmes dans les postes politiques.
Comment rêvez-vous l'Azawad?
Nous voulons un État démocratique, laïque et égalitaire, dans lequel les femmes et les hommes auront une égalité d'expression et d'accès à l'éducation et à la santé. Nous voulons une société décomplexée par rapport à la religion, où sera instaurée une stricte séparation de la religion et de l'État. La société pour laquelle nous nous battons et pour laquelle nous avons engagé la vie de nos hommes et de nos femmes, nous la voulons exemplaire, il n'y aura de place ni pour la ségrégation religieuse, ni pour la marginalisation ethnique et politique. Nous voulons que tous les Azawadiens exercent la religion ou la spiritualité de leur choix. Chrétiens, musulmans, animistes ou athées sont d'abord des Azawadiens avant d'être quoi que ce soit.
Vous êtes la seule formation politique laïque et démocratique de la région, et pourtant vous n'êtes pas soutenus par la France, n'est-ce pas un peu injuste?
Les valeurs et les principes sont ce qu'ils sont, la realpolitik est ce qu'elle est, et les intérêts des États sont ce qu'ils sont. Entre ces trois aspects, vous trouverez la réponse à votre question.
Propos recueillis par Zineb El Rhazoui
Interview publiée dans Charlie Hebdo le 6 février 2013

Lire aussi : " Mais qui est Mossa Ag Attaher ? "

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Areva, une malédiction nigérienne


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