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Du mépris, de la révolte et Charlie Hebdo

Publié le 13 janvier 2015 par Chezfab

société,politique,charlie hebdo,racisme,islamisme,terrorisme,laïcité,vie

La phase que l'on vient de passer, terrible, par l'horreur des attentats, mais aussi par l'horreur du déchirement dans les milieux dits "libertaires" ou "de gauche de gauche". Est-ce la fin d'un drôle de cycle, ou le début d'un nouveau, plus puant encore. Allez savoir.

Parce que depuis des années, on jette l'opprobre sur Charlie Hebdo dans une partie de ces milieux, au nom d'un antiracisme, d'un féminisme ou même d'un différentialisme un peu étrange. Je vais reprendre non pas point par point, mais de façon chaotique un peu, histoire de, et je terminerai ce texte par une citation d'un compagnon de route, Yannis Youlountas, que je trouve très juste.

Commençons par le racisme. Alors donc, tout cela part de deux choses un peu distinctes. La première est la réaction post-11 septembre d'une partie de l'équipe de Charlie Hebdo, sous la direction de Philippe Val. Personne n'a jamais contesté les excès de certains chroniqueurs et chroniqueuses de l'époque. Il y avait d'ailleurs au sein du journal des articles contradictoires (c'est toujours le cas), qui soulignaient le fait que l'ensemble de l'équipe n'était pas d'accord avec les dires d'un ou d'une. Qu'il n'y avait pas de ligne unanime. Val était là pour tenter de tordre ce qu'était Charlie. Le point d'orgue aura été le licenciement de Siné, plus un règlement de compte et marche pied pour le blaireau de Val qu'autre chose. Mais Val est parti (à la surprise de pas mal de monde), et le journal, sous Charb, est revenu à ce qu'il était avant l'ère Val post-11 septembre. 2009… Ca date non ? Et au lieu de lire le journal, de chercher à voir s'il avait évolué, dans le bon sens ou pas, non, certains restent sur une période révolue depuis des années.

Il y a eu ensuite les caricatures du prophète de la religion musulmane. Là, c'est un point intéressant. Nous avons la chance de vivre en France dans un pays presque laïc à 90% (reste l'Alsace, la Lorraine et Mayotte et serait temps de les faire basculer). Du coup, pour beaucoup, la religion n'est pas un souci. Elle n'est plus imposée par l'état, jamais mise devant les yeux de force sauf dans les familles, plus jamais posée comme obligatoire par les lois. Du coup, pour pas mal de monde, elle n'est pas un problème. Et qu'elle en soit un pour des populations, migrantes en France ou non, ne saute pas aux yeux.

Car, soyons clair : les libertaires, anarchistes, et la gauche de gauche sont sensés historiquement être universalistes. Tout le monde dans le même panier et avec les mêmes droits, mais en acceptant les libertés individuelles. Seulement, sous les coups de boutoir d'organisations différentialistes (surtout religieuses et souvent venues des USA, et ce n'est pas un hasard vu leur vision du vivre ensemble, qui n'est qu'un vivre côte à côté trop souvent), l'universalisme a été traduit par un uniformalisme, ce qu'il n'est pas. Et par cette lecture biaisée est née l'idée de devoir traiter les "autres, ceux qui croient" différemment des blancs athées (pour la faire courte et prendre les raccourcis pris par ceux prônant le différentialisme à coup de phrase du genre "c'est encore un mec blanc, cisgenre, etc…" ou "c'est une femme blanche, cisgenre…" non pour souligner le point de vue, mais pour quasiment l'interdire de s'exprimer). D'ailleurs, la grille de lecture qui en ressort fait que l'on efface la lutte des classes au profit de simples luttes individuelles. Quand je vous disais que la vision anglo-saxonne du "self made man" n'est pas loin.

A Charlie, ils avaient et ont encore l'idée que l'universalisme est important et incontournable. Comme la laïcité. Du coup, pour eux (comme pour moi au passage), se moquer de toutes les religions est important, car c'est ce qui fonde la sécularisation du religieux face à l'universalisme du vivre ensemble de façon laïque. Et on peut dire que dans l'anticléricalisme, Charlie Hebdo n'est pas en reste. Et ils n'ont pas traité la religion musulmane différemment des autres. Justement pour ne pas traiter les musulmans autrement que les autres citoyens de ce pays (les caricatures "des beaufs" tapent sur tout le monde par exemple, celles sur la politique aussi, etc…). Quand a éclaté la polémique sur les caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo a pris la décision de publier ces caricatures en 2006. Non sans indiquer à l'époque que "certaines n'étaient pas drôles". Mais surtout justement par choix de maintenir l'idée que l'universalisme peut triompher de la bêtise et de la haine.

Cela a suffi pour faire de Charlie Hebdo l'Alpha et l'Omega de la haine antimusulmans pour bien des gens à la courte vue. A croire que Zemmour et compagnie étaient moins dangereux et perfides que ce journal. On croit rêver, mais non c'est bien ce qu'il ressort de tout cela. Le Parti des Indigènes de la République (PIR) est un bel exemple de crachat à la gueule au passage (Lire : Charlie Hedbo : des combattants de la laïcité cible privilégiée des islamo-gauchistes )

Alors certains se sont défoulés, hurlant à l'islamophobie là où il n'y avait que blasphème et parfois humour un peu lourd, s'appuyant sur des Tariq Ramadan (un grand démocrate lol) ou les aigreurs d'un journaliste en mal de reconnaissance (salut Cyran ça va, tu te sens bien là ?). Écoutant plus l'aile conservatrice et parfois réactionnaire de la "communauté musulmane" plutôt que celles et ceux issu-e-s de cette "communauté" que vous traitiez d'occidentalisés quand ils vous expliquaient que seule une sécularisation de la religion et l'application d'un universalisme laïc permettrait que ça aille mieux. C'était si facile, cette cible de basse intensité qu'est un journal aux 30 000 lecteurs plutôt que d'affronter en face les millions de fachos et d'apprentis fachos qu'il y a en France. Facile de montrer du doigt un "fanzine à l'échelle de l'humanité" comme le dit Luz.

Même maintenant, même après le drame, certains continuent à s'entêter dans l'ignoble, continuant à cracher sur le journal, les gens qui sortent rendre hommage, etc… Ne comprenant pas la différence entre marche et manifestation, ne comprenant pas que notre place est dans ces cortèges pour parler, échanger, comprendre. 3,7 millions de personnes présentes, fortes de leurs différences et d'autres planqués derrières leurs claviers et puretés qui continuent de cracher. Mouais, c'est minable et vain, mais bon, c'est humain. Faut bien que sans dieu, certains se trouvent une raison d'être absout par la pureté supposée.

Parce que dans ces marches, l’immense majorité demandait à faire peuple. Pas au sens de Le Pen ou de l’extrême droite (qui a du mal pour l’instant à récupérer cela) mais bien au sens d’être "tous unis, dans un même espace de droit, avec nos différences". C’est là que le bât blesse : les grilles de lecture d’une certaine partie de l’extrême gauche, d’une certaine partie du milieu libertaire, ne collent ni avec les réalités des dominés (migrants, travailleurs, femmes, lgbtiq), ni avec leurs aspirations (être ensemble, non divisés) mais bien avec celles des dominants (diviser par classe, par âge, par couleur de peau, par race, etc....).

La leçon que l’on pourrait retenir du 11 janvier c’est que l’universalisme n’est pas mort, qu’il nous reste à en faire un universalisme anarchiste peut-être, mais qu’en tout cas les grilles de lectures sont largement à revoir.

Le sexisme maintenant. Oui les dessins de Wolinski ou Cabu ont évolué entre les années 70 et aujourd'hui. Je vous invite à regarder "J'étais un sale phallocrate", portrait de Wolinski, qui explique bien l'évolution et comment on peut changer au cours d'une vie. Mais au-delà de ça, vous crachez à la figure d'un des seuls journaux qui a ouvert ses colonnes à des caricaturistes femmes, à des journalistes femmes, à des éditorialistes femmes et ce sans se poser de questions. Coco, Zineb, etc… Autant d'exemples. Autant de dessins et de mots pour mettre des claques aux phallocrates justement. A moins que leurs dénonciations de l'aspect rétrograde des religions soit en fait le problème là aussi ?

Le souci est bien là : 17 morts, dont des journalistes et caricaturistes de talent, qui défendaient une certaine idée du monde, un monde libre, où l'on peut rire de tout, où la religion n'est pas centrale, ou la laïcité est la clef du vivre ensemble, où l'égalité ne signifie pas l'uniformité, où l'universel est plus important que le différentialisme, où la vie est rire et joie plutôt que tristesse et fausse prise de tête. C'est ça qu'était Charlie, c'est ce que sera Charlie Hebdo on l'espère.

Je ne vais pas ici remettre la liste des décédés, ce serait inutile et étrange, mais ils sont dans nos mémoires.

Non ce que je vais interroger, ce sont les postures. Allons-nous encore longtemps continuer à nous imprégner de postures différentialistes qui ne mènent qu'a la division là où nous cherchons l'unité ? Allons-nous enfin reprendre le combat anticlérical indispensable et incontournable ? Allons-nous faire en sorte de laisser des espaces de parole aux non-croyants, athées, de tous les pays ? Allons-nous comprendre que la défense de la liberté de la presse, de la liberté, est un combat incontournable ? Comme de la laïcité ? Allons-nous chercher à retrouver un anarchisme direct et clair et pas à la carte ?

Car pour être honnête : les postures de certains queer, vegan, black anarchist (oui façon black panthers), me font bien plus penser à des positions libertariennes (donc bien à droite) qu'anarchistes.

C'était une réflexion en vrac en sortant de l'émotion totalement, en entrant dans le politique pleinement.

Le texte de Yannis Youlountas que je partage pleinement :

DÉSOBÉIR, C’EST VIVRE

La fusillade qui a fait plusieurs morts à la rédaction de Charlie Hebdo confirme l’atmosphère liberticide qui, sous de multiples formes, menace actuellement la désobéissance, notamment sacrilège et satirique.

Dans l’hexagone, jour après jour, l’espace se réduit entre, d’une part, des intégristes religieux de tous bords qui descendent dans la rue, les uns après les autres, et menacent diversement nos libertés chèrement conquises et, d’autre part, une extrême-droite qui gagne du terrain et se prétend le rempart contre ce fléau, alors qu’elle est toute aussi nauséabonde et dangereuse.

La confusion ambiante atteint des sommets et chaque nouvelle étape suggère de choisir entre la peste et le choléra, dans la mise en scène d’une guerre de civilisation complètement imaginaire qui contribue à fabriquer la peur, les préjugés et le repli sur soi.

Malgré les circonstances, certains prétendent, en France, que l’anticléricalisme et l’antifascisme sont désuets et passés de mode. C’est faire peu de cas de l’Histoire qui nous a montré que les fantômes meurtriers des intégrismes religieux et de la nébuleuse fasciste tentent régulièrement de faire leur retour.

La laïcité n’est pas un combat d’arrière-garde, ni l’humanisme et l’antiracisme des vieilles lunes au service de quelque pouvoir.
Ce sont des luttes plus que jamais actuelles, qui sont absolument indissociables de celles qui nous opposent à un gouvernement violent et parfois criminel à l’égard de celles et ceux qui désobéissent sur les ZAD et partout ailleurs à des politiques autoritaires, inégalitaires et destructrices.

Ces luttes sont plus importantes et complémentaires que jamais. Et la désobéissance ne se négocie pas. Même si elle n’est pas du goût de tout le monde. Car désobéir, c’est vivre. Désobéir, c’est défendre le droit de choisir nos vies par-delà les idéologies mortifères qui nous menacent. Désobéir, c’est défendre la vie, parfois jusqu’à en mourir.

Même si je ne partageais pas toujours l’humour et les positions de mes confrères de Charlie Hebdo, notamment dans les conflits qui ont opposé certains d’entre eux à mon ami Siné, j’ai une pensée pour toutes les victimes et leurs proches, notamment mon ami Tignous.

Même décédées, ces personnes restent néanmoins plus vivantes, à travers les décennies de créations qu’elles nous laissent, que les partisans d’idéologies mortifères qui les ont assassinées.

Yannis Youlountas

Un peu d'humour avec Alévèque :


Christophe Alévêque - Sketch en hommage aux... par culturebox

Un peu d'interrogation par Cyrulnik :

société,politique,charlie hebdo,racisme,islamisme,terrorisme,laïcité,vie

La phase que l'on vient de passer, terrible, par l'horreur des attentats, mais aussi par l'horreur du déchirement dans les milieux dits "libertaires" ou "de gauche de gauche". Est-ce la fin d'un drôle de cycle, ou le début d'un nouveau, plus puant encore. Allez savoir.

Parce que depuis des années, on jette l'opprobre sur Charlie Hebdo dans une partie de ces milieux, au nom d'un antiracisme, d'un féminisme ou même d'un différentialisme un peu étrange. Je vais reprendre non pas point par point, mais de façon chaotique un peu, histoire de, et je terminerai ce texte par une citation d'un compagnon de route, Yannis Youlountas, que je trouve très juste.

Commençons par le racisme. Alors donc, tout cela part de deux choses un peu distinctes. La première est la réaction post-11 septembre d'une partie de l'équipe de Charlie Hebdo, sous la direction de Philippe Val. Personne n'a jamais contesté les excès de certains chroniqueurs et chroniqueuses de l'époque. Il y avait d'ailleurs au sein du journal des articles contradictoires (c'est toujours le cas), qui soulignaient le fait que l'ensemble de l'équipe n'était pas d'accord avec les dires d'un ou d'une. Qu'il n'y avait pas de ligne unanime. Val était là pour tenter de tordre ce qu'était Charlie. Le point d'orgue aura été le licenciement de Siné, plus un règlement de compte et marche pied pour le blaireau de Val qu'autre chose. Mais Val est parti (à la surprise de pas mal de monde), et le journal, sous Charb, est revenu à ce qu'il était avant l'ère Val post-11 septembre. 2009… Ca date non ? Et au lieu de lire le journal, de chercher à voir s'il avait évolué, dans le bon sens ou pas, non, certains restent sur une période révolue depuis des années.

Il y a eu ensuite les caricatures du prophète de la religion musulmane. Là, c'est un point intéressant. Nous avons la chance de vivre en France dans un pays presque laïc à 90% (reste l'Alsace, la Lorraine et Mayotte et serait temps de les faire basculer). Du coup, pour beaucoup, la religion n'est pas un souci. Elle n'est plus imposée par l'état, jamais mise devant les yeux de force sauf dans les familles, plus jamais posée comme obligatoire par les lois. Du coup, pour pas mal de monde, elle n'est pas un problème. Et qu'elle en soit un pour des populations, migrantes en France ou non, ne saute pas aux yeux.

Car, soyons clair : les libertaires, anarchistes, et la gauche de gauche sont sensés historiquement être universalistes. Tout le monde dans le même panier et avec les mêmes droits, mais en acceptant les libertés individuelles. Seulement, sous les coups de boutoir d'organisations différentialistes (surtout religieuses et souvent venues des USA, et ce n'est pas un hasard vu leur vision du vivre ensemble, qui n'est qu'un vivre côte à côté trop souvent), l'universalisme a été traduit par un uniformalisme, ce qu'il n'est pas. Et par cette lecture biaisée est née l'idée de devoir traiter les "autres, ceux qui croient" différemment des blancs athées (pour la faire courte et prendre les raccourcis pris par ceux prônant le différentialisme à coup de phrase du genre "c'est encore un mec blanc, cisgenre, etc…" ou "c'est une femme blanche, cisgenre…" non pour souligner le point de vue, mais pour quasiment l'interdire de s'exprimer). D'ailleurs, la grille de lecture qui en ressort fait que l'on efface la lutte des classes au profit de simples luttes individuelles. Quand je vous disais que la vision anglo-saxonne du "self made man" n'est pas loin.

A Charlie, ils avaient et ont encore l'idée que l'universalisme est important et incontournable. Comme la laïcité. Du coup, pour eux (comme pour moi au passage), se moquer de toutes les religions est important, car c'est ce qui fonde la sécularisation du religieux face à l'universalisme du vivre ensemble de façon laïque. Et on peut dire que dans l'anticléricalisme, Charlie Hebdo n'est pas en reste. Et ils n'ont pas traité la religion musulmane différemment des autres. Justement pour ne pas traiter les musulmans autrement que les autres citoyens de ce pays (les caricatures "des beaufs" tapent sur tout le monde par exemple, celles sur la politique aussi, etc…). Quand a éclaté la polémique sur les caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo a pris la décision de publier ces caricatures en 2006. Non sans indiquer à l'époque que "certaines n'étaient pas drôles". Mais surtout justement par choix de maintenir l'idée que l'universalisme peut triompher de la bêtise et de la haine.

Cela a suffi pour faire de Charlie Hebdo l'Alpha et l'Omega de la haine antimusulmans pour bien des gens à la courte vue. A croire que Zemmour et compagnie étaient moins dangereux et perfides que ce journal. On croit rêver, mais non c'est bien ce qu'il ressort de tout cela. Le Parti des Indigènes de la République (PIR) est un bel exemple de crachat à la gueule au passage (Lire : Charlie Hedbo : des combattants de la laïcité cible privilégiée des islamo-gauchistes )

Alors certains se sont défoulés, hurlant à l'islamophobie là où il n'y avait que blasphème et parfois humour un peu lourd, s'appuyant sur des Tariq Ramadan (un grand démocrate lol) ou les aigreurs d'un journaliste en mal de reconnaissance (salut Cyran ça va, tu te sens bien là ?). Écoutant plus l'aile conservatrice et parfois réactionnaire de la "communauté musulmane" plutôt que celles et ceux issu-e-s de cette "communauté" que vous traitiez d'occidentalisés quand ils vous expliquaient que seule une sécularisation de la religion et l'application d'un universalisme laïc permettrait que ça aille mieux. C'était si facile, cette cible de basse intensité qu'est un journal aux 30 000 lecteurs plutôt que d'affronter en face les millions de fachos et d'apprentis fachos qu'il y a en France. Facile de montrer du doigt un "fanzine à l'échelle de l'humanité" comme le dit Luz.

Même maintenant, même après le drame, certains continuent à s'entêter dans l'ignoble, continuant à cracher sur le journal, les gens qui sortent rendre hommage, etc… Ne comprenant pas la différence entre marche et manifestation, ne comprenant pas que notre place est dans ces cortèges pour parler, échanger, comprendre. 3,7 millions de personnes présentes, fortes de leurs différences et d'autres planqués derrières leurs claviers et puretés qui continuent de cracher. Mouais, c'est minable et vain, mais bon, c'est humain. Faut bien que sans dieu, certains se trouvent une raison d'être absout par la pureté supposée.

Parce que dans ces marches, l’immense majorité demandait à faire peuple. Pas au sens de Le Pen ou de l’extrême droite (qui a du mal pour l’instant à récupérer cela) mais bien au sens d’être "tous unis, dans un même espace de droit, avec nos différences". C’est là que le bât blesse : les grilles de lecture d’une certaine partie de l’extrême gauche, d’une certaine partie du milieu libertaire, ne collent ni avec les réalités des dominés (migrants, travailleurs, femmes, lgbtiq), ni avec leurs aspirations (être ensemble, non divisés) mais bien avec celles des dominants (diviser par classe, par âge, par couleur de peau, par race, etc....).

La leçon que l’on pourrait retenir du 11 janvier c’est que l’universalisme n’est pas mort, qu’il nous reste à en faire un universalisme anarchiste peut-être, mais qu’en tout cas les grilles de lectures sont largement à revoir.

Le sexisme maintenant. Oui les dessins de Wolinski ou Cabu ont évolué entre les années 70 et aujourd'hui. Je vous invite à regarder "J'étais un sale phallocrate", portrait de Wolinski, qui explique bien l'évolution et comment on peut changer au cours d'une vie. Mais au-delà de ça, vous crachez à la figure d'un des seuls journaux qui a ouvert ses colonnes à des caricaturistes femmes, à des journalistes femmes, à des éditorialistes femmes et ce sans se poser de questions. Coco, Zineb, etc… Autant d'exemples. Autant de dessins et de mots pour mettre des claques aux phallocrates justement. A moins que leurs dénonciations de l'aspect rétrograde des religions soit en fait le problème là aussi ?

Le souci est bien là : 17 morts, dont des journalistes et caricaturistes de talent, qui défendaient une certaine idée du monde, un monde libre, où l'on peut rire de tout, où la religion n'est pas centrale, ou la laïcité est la clef du vivre ensemble, où l'égalité ne signifie pas l'uniformité, où l'universel est plus important que le différentialisme, où la vie est rire et joie plutôt que tristesse et fausse prise de tête. C'est ça qu'était Charlie, c'est ce que sera Charlie Hebdo on l'espère.

Je ne vais pas ici remettre la liste des décédés, ce serait inutile et étrange, mais ils sont dans nos mémoires.

Non ce que je vais interroger, ce sont les postures. Allons-nous encore longtemps continuer à nous imprégner de postures différentialistes qui ne mènent qu'a la division là où nous cherchons l'unité ? Allons-nous enfin reprendre le combat anticlérical indispensable et incontournable ? Allons-nous faire en sorte de laisser des espaces de parole aux non-croyants, athées, de tous les pays ? Allons-nous comprendre que la défense de la liberté de la presse, de la liberté, est un combat incontournable ? Comme de la laïcité ? Allons-nous chercher à retrouver un anarchisme direct et clair et pas à la carte ?

Car pour être honnête : les postures de certains queer, vegan, black anarchist (oui façon black panthers), me font bien plus penser à des positions libertariennes (donc bien à droite) qu'anarchistes.

C'était une réflexion en vrac en sortant de l'émotion totalement, en entrant dans le politique pleinement.

Le texte de Yannis Youlountas que je partage pleinement :

DÉSOBÉIR, C’EST VIVRE

La fusillade qui a fait plusieurs morts à la rédaction de Charlie Hebdo confirme l’atmosphère liberticide qui, sous de multiples formes, menace actuellement la désobéissance, notamment sacrilège et satirique.

Dans l’hexagone, jour après jour, l’espace se réduit entre, d’une part, des intégristes religieux de tous bords qui descendent dans la rue, les uns après les autres, et menacent diversement nos libertés chèrement conquises et, d’autre part, une extrême-droite qui gagne du terrain et se prétend le rempart contre ce fléau, alors qu’elle est toute aussi nauséabonde et dangereuse.

La confusion ambiante atteint des sommets et chaque nouvelle étape suggère de choisir entre la peste et le choléra, dans la mise en scène d’une guerre de civilisation complètement imaginaire qui contribue à fabriquer la peur, les préjugés et le repli sur soi.

Malgré les circonstances, certains prétendent, en France, que l’anticléricalisme et l’antifascisme sont désuets et passés de mode. C’est faire peu de cas de l’Histoire qui nous a montré que les fantômes meurtriers des intégrismes religieux et de la nébuleuse fasciste tentent régulièrement de faire leur retour.

La laïcité n’est pas un combat d’arrière-garde, ni l’humanisme et l’antiracisme des vieilles lunes au service de quelque pouvoir.
Ce sont des luttes plus que jamais actuelles, qui sont absolument indissociables de celles qui nous opposent à un gouvernement violent et parfois criminel à l’égard de celles et ceux qui désobéissent sur les ZAD et partout ailleurs à des politiques autoritaires, inégalitaires et destructrices.

Ces luttes sont plus importantes et complémentaires que jamais. Et la désobéissance ne se négocie pas. Même si elle n’est pas du goût de tout le monde. Car désobéir, c’est vivre. Désobéir, c’est défendre le droit de choisir nos vies par-delà les idéologies mortifères qui nous menacent. Désobéir, c’est défendre la vie, parfois jusqu’à en mourir.

Même si je ne partageais pas toujours l’humour et les positions de mes confrères de Charlie Hebdo, notamment dans les conflits qui ont opposé certains d’entre eux à mon ami Siné, j’ai une pensée pour toutes les victimes et leurs proches, notamment mon ami Tignous.

Même décédées, ces personnes restent néanmoins plus vivantes, à travers les décennies de créations qu’elles nous laissent, que les partisans d’idéologies mortifères qui les ont assassinées.

Yannis Youlountas

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